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Au Zimbabwe, un homme regarde l'allocution du président Robert Mugabe à la télévision

Plongée dans le noir

6 min
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Robert Mugabe a stupéfié le Zimbabwe, hier, en ignorant d'innombrables appels à sa démission. Le parti du président le somme de quitter le pouvoir, lundi, faute de quoi il déclenchera contre lui une procédure de destitution.

Au Zimbabwe, un homme regarde l'allocution du président Robert Mugabe à la télévision
Au Zimbabwe, un homme regarde l'allocution du président Robert Mugabe à la télévision Crédits : ZINYANGE AUNTONY - AFP

Même si toute la presse, à l'instar du DAILY NEWS d'Harare, en est convaincue, «c'est fini pour Mugabe», en réalité, l'heure du départ n'a pas encore tout à fait sonné pour le président zimbabwéen. Hier soir, «Papy Bob», ainsi que le surnomme L'OBSERVATEUR PAALGA, a en effet stupéfié tout le monde. Alors qu'il s'apprêtait à s'exprimer à la télévision nationale, chacun s'attendait à ce qu'il annonce, en direct, sa démission. Une source proche de son entourage avait même rapporté, sous couvert d'anonymat, qu'il avait accepté de quitter ses fonctions. Et puis non. Surprise. Au contraire, Robert Mugabe a déclaré que l’opération à laquelle il avait échappé ne «remettait pas en cause son autorité en tant que chef de l’Etat». Il est même allé jusqu'à affirmer qu'il présiderait, le mois prochain, le congrès de son parti, après en avoir été pourtant évincé quelques heures plus tôt à peine, précise la BBC. De quoi plonger le pays, un peu plus encore, dans la confusion. Sous le choc de cette allocution, les membres de son parti ont immédiatement riposté en le menaçant d'enclencher une procédure d'«impeachment» s'il ne démissionnait pas avant, midi (heure locale), aujourd'hui. Quoi qu'il en soit, résume à nouveau le quotidien de Ouagadougou L'OBSERVATEUR PAALGA, là où le vieux dinosaure aurait pu rendre son tablier et, ce faisant, sauver un minimum de dignité, il semble désormais acquis qu'il préfère boire le calice du coup de force jusqu’à la lie, comprenez sa destitution par voie parlementaire, avec de possibles poursuites judiciaires à la clé. Ou quand l'invincible Mugabe, nuance THE ZIMBABWEAN, est seulement sur le point de tomber.

Et la confusion semble tout aussi palpable en Allemagne, ce matin, où Angela Merkel a reconnu avoir échoué à former une coalition gouvernementale. Un échec qui pourrait plonger le pays dans sa pire crise politique depuis des décennies. Pas franchement de quoi sourire, même si la TAZ ose ce matin le jeu de mots : «Ja-maika, Nein-maika !» Et toute la presse outre-Rhin, ce matin, surtout de détailler les différentes options désormais sur la table. Tout d'abord, la constitution ne fixant pas de limite pour la formation d'un gouvernement, Angela Merkel pourrait, en théorie, relancer un round de négociations. Mais compte tenu des divisions, la tâche s'annonce rude. La quadrature du cercle resterait inchangée : comment faire cohabiter les conservateurs, les libéraux et les écologistes, aux positions aussi antinomiques, notamment sur l'immigration et l'environnement ? Sans compter que la chancelière ne prendra certainement pas le risque de paralyser durablement la première puissance européenne. Deuxième option, Angela Merkel peut essayer de convaincre les sociaux-démocrates d'accepter de poursuivre le gouvernement de grande coalition qu'ils dirigent ensemble depuis 2013. Arithmétiquement, il serait aussi majoritaire à la chambre des députés. Sans compter que, le cas échéant, la chancelière pourrait sans doute compter sur le soutien du président allemand, un social-démocrate. Problème : le SPD, laminé lors du dernier scrutin, refuse catégoriquement. Troisième option : un gouvernement minoritaire. Pour cela, la chancelière doit être élue par les députés. Sauf qu'Angela Merkel, elle-même, a rejeté jusqu'ici cette option à haut risques, conduisant à gouverner en s'appuyant sur des majorités changeantes. Une situation qui ne s'est, d'ailleurs, jamais produite depuis la guerre. Reste, donc, l'option la plus probable : retourner aux urnes. De nouvelles élections sont-elles imminentes ?, s’interroge ce matin la FRANKFÜRTER ALLGEMEINE ZEITUNG. Seulement voilà, là encore, il y a un hic : personne ne veut de nouvelles élections, précise le SPIEGEL. Et pourquoi ? Parce qu'il y a un os, écrit l'hebdomadaire : des élections anticipées risqueraient de profiter avant tout au parti d’extrême droite AfD, qui a fait une entrée fracassante au Bundestag. Seule certitude, conclue DIE ZEIT : Merkel conforte aujourd'hui l’impression largement répandue que la politique est une boîte noire, difficile à cerner et plus difficile encore à comprendre.

Et quand tous les pronostics échouent, c'est encore une fois la confusion qui l'emporte. Exemple, à nouveau ce matin, avec le Chili.Des élections inédites, titre notamment EL MERCURIO. Même si, comme attendu, l'ex chef d'Etat de droite Sebastian Piñera est bien sorti en tête, hier, du premier tour de l'élection présidentielle, il n'a recueilli que 36% des voix. En revanche, son adversaire socialiste Alejandro Guillier, lui, a réussi à se hisser à la deuxième place avec un peu plus de 22 % des suffrages. Autre score inattendu, le candidat d'extrême droite (qui n'hésite pas à revendiquer l'héritage de la dictature d'Augusto Pinochet) a recueilli près de 8% des voix. Enfin, la vraie surprise de ce premier tour vient de la candidate de la gauche antilibérale, Beatriz Sanchez, créditée de 20% des voix. Un résultat qui pourrait permettre à son mouvement d'entrer au Congrès et qui lui confère, surtout, un vrai pouvoir de négociation pour le second tour. Reste qu'après ce résultat inattendu, Beatriz Sanchez, a immédiatement exigé des explications publiques des instituts de sondage, qui l'avaient créditée de moins de 10% des voix. «Je veux une explication. Si ces sondages avaient dit la vérité, nous serions au second tour», a-t-elle proclamé, assurant que ces résultats rebattaient les cartes. Et de fait, ils reconfigurent complètement le paysage politique chilien. D'où le titre, ce matin, du journal en ligne THE CLINIC : L'échec de Piñera, l'inimaginable opportunité de Guillier et l'effondrement des instituts de sondages.

Enfin en Espagne, le parti conservateur du Premier ministre est toujours au cœur de l’enquête portant sur la plus grande affaire de corruption dans l’histoire du pays.C'est l'autre affaire, passée sous silence, depuis les événements récents en Catalogne. Le parti de Mariano Rajoy est soupçonné d’avoir mis en place une comptabilité parallèle, encaissé des donations illégales d'entreprises du bâtiment et accepté des pots-de-vin. Mais on lui reproche, aussi, d’avoir entravé le travail de la justice en ayant détruit des preuves. Et la presse espagnole se montre indignée de la réaction affichée par le parti face à l'enquête. C'est le cas, en particulier, du journal conservateur ABC, lequel précise que les informaticiens du Parti Populaire (PP) ont reformaté les disques durs pas moins de 35 fois, avant de les rendre illisibles et de les mettre au rebut. Bien entendu, d'un point de vue juridique, cet acte peut ou non être qualifié de délit, il appartient aux juges de trancher. Mais sur le plan politique et esthétique, la démarche du parti conservateur est scandaleuse, s'insurge le journal. On est là en présence d'un acte délibéré de destruction de preuves, afin d'éviter qu'elles ne tombent dans les mains des juges. Or même en cas d'acquittement, l'affaire sera une page sombre de l'histoire du parti qui, se targuait pourtant de vouloir collaborer avec la justice pour faire toute la lumière sur les soupçons de l'existence d'une caisse noire.

Par Thomas CLUZEL

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