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Martin Schulz, patron des sociaux-démocrates allemands

Au petit jeu des élections ...

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Quatre mois après les élections législatives en Allemagne, les sociaux-démocrates ont approuvé l'ouverture de négociations avec les conservateurs, en vue de former un nouveau gouvernement.

Martin Schulz, patron des sociaux-démocrates allemands
Martin Schulz, patron des sociaux-démocrates allemands Crédits : SASCHA SCHUERMANN - AFP

Soulagée mais pas convaincue. Voilà, en substance, la tonalité de la presse outre-Rhin, ce matin, après que les sociaux-démocrates ont approuvé hier l'ouverture de négociations formelles avec les conservateurs, en vue de constituer une grande coalition. Si la raison l'a certes emporté, se félicite DER TAGESPIEGEL, comprenez si ce vote permet pour l'instant d’éloigner le spectre de nouvelles élections, en revanche, rien ne dit que l'imbroglio politique actuel sera résolu. Pourquoi ? Tout d'abord, parce qu'il s'en est fallu de peu, note la DEUTSCHE WELLE, pour que le SPD refuse carrément le principe d'un gouvernement commun. Et ensuite, parce que le résultat des négociations à venir devra, encore, être soumis aux militants. Or ces négociations n'ont pas commencé que, déjà, les conservateurs ont exclu toute nouvelle concession aux sociaux-démocrates s'agissant de la fiscalité, de la santé et de l'immigration, remarque la FRANKFURTER ALLGEMEINE ZEITUNG. En ce sens, analyse son confrère SÜDDEUTSCHE ZEITUNG, hier Martin Schulz semble donc avoir gagné et perdu en même temps. Mais, après tout, son parti avait-il seulement le choix ?, interroge DER TAGESPIEGEL. Difficile, en effet, de soutenir l'idée qu'un parti serait plus utile à son pays en se contentant de rester dans l'opposition. C'est là tout le dilemme, en réalité, auquel se retrouve confronté aujourd'hui les sociaux-démocrates. La vérité, conclue la TAZ, c'est que le SPD se retrouve dans une situation quasi inextricable. Soit il continue à gouverner avec Angela Merkel, mais ce sera pour lui la chute assurée aux prochaines élections dans quatre ans. Soit il s’y refuse, mais les élections anticipées qui en découleraient ne lui rapporteront rien dans l'immédiat puisque tous les sondages prédisent qu'un retour aux urnes profiterait, essentiellement, au parti d'extrême droite AfD. En ce sens, le SPD fait donc surtout l’effet, ce matin, d’une barque ballottée par les flots. Et toute navigation à vue de Martin Schulz risque de lui être fatale.

Autres tractations délicates, aux Etats-Unis cette fois-ci.Le pays se prépare, ce matin, à subir de plein fouet les effets du «shutdown», à l'issue d'un weekend de négociations infructueuses entre républicains et démocrates. Initialement prévu vendredi soir, le vote du Sénat qui devait empêcher la fermeture partielle de l'administration fédérale a été reporté à aujourd'hui. Ce qui signifie que, ce matin, nombre de services fédéraux seront fermés et que près de 850 000 fonctionnaires se retrouveront au chômage technique, sans être payés. D'où ce commentaire cinglant, repéré par LE TEMPS, d'un sénateur républicain de Louisiane (John Kennedy) pour dépeindre la situation ubuesque dans laquelle se retrouve plongée les Etats-Unis : «Notre pays a été fondé par des génies, mais il est dirigé par des idiots.» Pour l'heure, chacun des deux camps s’attribue la responsabilité de cet échec, tout en gardant en tête les élections de mi-mandat en novembre prochain. Quand les démocrates estiment que les républicains (qui détiennent tous les leviers du pouvoir) seront tenus pour responsables de cette paralysie et en paieront le prix fort dans les urnes, à l'inverse, les républicains espèrent, eux, se servir du «shutdown» pour punir les sénateurs démocrates qui brigueront un nouveau mandat. C'est d'ailleurs tout l'objet du sondage publié conjointement par THE WASHINGTON POST et ABC, duquel il ressort que  48% des Américains interrogés estiment que les républicains seraient responsables d’un éventuel blocage, contre 28% pour les démocrates. Quoi qu’il en soit, que ce blocage de l’administration survienne un an, jour pour jour, après l’arrivée de Trump au pouvoir, c’est politiquement un puissant symbole, note THE WASHINGTON POST, pour qui cet échec est, avant tout, à mettre sur le compte du chef de l'Etat. Enfin, ce weekend aura aussi été marqué par le retour des «bonnets roses» : la Marche des femmes, qui avait défié Donald Trump il y a un an, a fait un retour en force samedi. Un événement qui n'a pas manqué d'interpeller le magazine TIME, qui en couverture de son dernier numéro titre : The Avengers (les Vengeresses). Si en 2016 elles étaient de simples électrices, en 2017 elles sont devenues militantes et désormais, en 2018, ces femmes (cadres, médecins, enseignantes ou au foyer) se lancent carrément dans l’arène politique. Et l'hebdomadaire américain d’égrener ainsi les chiffres de cette véritable vague rose, à l’approche des élections de mi-mandat. 79 femmes, au total, briguent ou envisagent de briguer des postes de gouverneures en novembre prochain. De quoi faire voler en éclats, dit-il, le précédent record du nombre de femmes candidates qui date de 1994.

Enfin direction la Syrie, à présent, où l’enclave kurde d’Afrine fait l’objet d'intenses bombardements turcs depuis plusieurs jours. Cité par des médias turcs, le Premier ministre a indiqué, hier, que des chars étaient bien entrés dans le nord de la Syrie, pour en déloger une milice kurde. L'armée turque affirme avoir détruit «45 cibles». Ankara affirme, par ailleurs, n'avoir touché que des «terroristes». En revanche, l'Observatoire syrien des droits de l'homme fait, lui, état de la mort d'au moins onze civils, dont cinq enfants. Pourquoi cet emballement turc ? Les raisons viennent, notamment, de la décision américaine la semaine dernière d’entraîner et d’équiper une force de 30 000 hommes en Syrie, dont les membres seraient majoritairement affiliés aux forces kurdes, le principal partenaire de la coalition internationale dans la lutte contre Daech mais que la Turquie considère comme des terroristes. Evidemment, cet assaut risque aussi de provoquer la révolte des Kurdes de Turquie, solidaires dans leur grande majorité des Kurdes syriens : vous pensez ne faire qu’une bouchée d’Afrin, mais vous vous y casserez les dents. La population locale ne se soumettra jamais à votre force, elle résistera et elle finira par vaincre, prédit notamment le journal pro-kurde ÖZGÜRLÜKCÜ POLITIKA, cité par le Courrier International. Et puis là encore, derrière la géopolitique, la question strictement nationale des enjeux électoraux ne doit pas être négligée, analyse le journal en ligne de l'opposition T24. La cote de popularité d’Erdogan est aujourd’hui en baisse dans les enquêtes d’opinion. Et dans la perspective des élections l’an prochain, il entend à présent jouer la carte de la guerre pour redorer son blason. Pousser la Turquie vers une aventure militaire à l’étranger lui permettrait, en effet, d’apparaître comme un recours pour les électeurs. Une stratégie payante électoralement, mais un jeu dangereux qui risque de plonger la Turquie dans l’enfer.

Par Thomas CLUZEL

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