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Des milliers de personnes ont demandé justice et rendu hommage hier à La Valette à Daphne Caruana Galizia, la blogueuse anti-corruption tuée lundi dernier à 53 ans dans un attentat à la bombe.

La colère à Malte après l’assassinat de la journaliste et blogueuse Daphne Caruana Galizia, au moment où l'Europe est secouée par des velléités sécessionnistes

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A Malte, spectaculaire démonstration d'unité hier dans cet archipel méditerranéen qui compte tout juste 430.000 habitants. Moins d’une semaine après l’assassinat de la journaliste et blogueuse Daphne Caruana Galizia. Alors que l'Europe vit une crise politique profonde.

Des milliers de personnes ont demandé justice et rendu hommage hier à La Valette à Daphne Caruana Galizia, la blogueuse anti-corruption tuée lundi dernier à 53 ans dans un attentat à la bombe.
Des milliers de personnes ont demandé justice et rendu hommage hier à La Valette à Daphne Caruana Galizia, la blogueuse anti-corruption tuée lundi dernier à 53 ans dans un attentat à la bombe. Crédits : Matthew Mirabelli - AFP

Plusieurs milliers de Maltais ont défilé ce dimanche dans les rues de leur capitale La Valette, demandant à la fois la vérité sur la mort de la journaliste, et la démission du chef de la police Lawrence Cutajar. L’appel au rassemblement, lancé par la société civile, avait été relayé le matin même par l’ensemble des journaux de l'île, derrière une même Une. Quelques mots en blanc, sur un fond noir uni : "The pen conquiers fear", la plume triomphe de la peur.

L’expression affichée d’un besoin d’unité, pour lutter contre les maux qui rongent en profondeur la société maltaise. Pour The Malta Independant, ce crime, et la semaine qui s’est écoulée depuis, restent sans équivalent. Car même si on en est déjà à la sixième voiture piégée depuis l'an dernier, dans ce petit territoire de 430.000 habitants, cet assassinat, poursuit le quotidien, par l’émoi qu’il a suscité, par les soupçons qu’il fait peser sur la classe politique, et par l’incapacité de la police et de la justice maltaises à faire la lumière sur ses circonstances, marquera bien, si ce n'est un précédent, au moins un tournant.

Même si, comme le relevait The Chicago Tribune hier soir, ni le Premier ministre maltais, du parti travailliste, ni le chef de l'opposition, nationaliste, n'étaient présents dans le cortège hier.

L'ombre de la corruption, et du crime organisé plane sur cette affaire, et sur l'île de Malte, toute entière. Ce matin, sur son site internet, l'hebdomadaire Malta Today donne la parole à l'un des manifestants d'hier, bien conscient des enjeux du moment, avec ce cri du coeur : "On ne veut pas vivre dans un état mafieux. On ne veut pas être les blanchisseurs de l'argent sale des dictateurs et des criminels". "Malheureusement, ajoute ce manifestant, ces dernières années, nos institutions nous ont trahi, en cachant sous le tapis les révélations des Panama papers.

Les Panama papers dont s'était servi Daphne Caruana Galizia pour démontrer la corruption généralisée qui règne à Malte. En effet, "la liste est longue, des ennemis de la journaliste assassinée", rappelle aujourd'hui The New York Times. Le premier ministre et son principal opposant, le président de l'Azerbaïdjan et sa famille, les patrons d'un groupe électrique chinois, d'anciens barons de la drogue, un banquier iranien, et tout un tas d'intermédiaires dans les paradis fiscaux des îles vierges britanniques, ou à Panama.

Mais qu'on ne fasse pas mine de découvrir un problème "connu depuis longtemps", confie un des fils de la journaliste assassinée au Financial Times. Ici, sur cette île, entre la Sicile et la Libye, explique Matthew Caruana Galizia les protestations venues de la classe politique résonnent bien étrangement depuis lundi dernier, un peu "comme si on lançait des condamnations contre un acte anti-démocratique en pleine zone de guerre". Alors finalement, la question est de savoir si, comme l'affirme l'envoyé spécial du Financial Times l’explosion déclenchée par la bombe placée sous la voiture de Daphne Caruana Galizia lundi dernier, enverra bel et bien des ondes de choc à travers toute l’Europe.

Alors même que Malte, écrit The New York Times, fort de ses succès économiques, a longtemps été vu comme un exemple par une Union Européenne, en mal de vision d'avenir.

L'Europe, qui pour l'instant, est surtout secouée par des velléités sécessionnistes, "le rêve européen", étant bel et bien menacé, d'après The Observer. A quelque endroit que porte le regard, dans l'Union, en ce moment, le spectacle, même s'il a des causes diverses, présente aussi quelques constantes. En Catalogne, les voiles sécessionnistes ont en parties été gonflées, explique l'hebdomadaire, par les affaiblissements successifs des partis politiques traditionnels. Une mécanique, qui en de nombreux points de l'Union, fait monter, ou remonter, à la surface de nouvelles forces. C'est l'anti-système fait système. Et cette fragmentation des paysages politiques s'observe ces jours-ci en République Tchèque ou en Autriche, où les partis traditionnels doivent composer avec une extrême droite en plein renouveau.

Cette crise politique profonde, cette crise de légitimité, se ressent aussi au coeur des grandes puissances européennes, et jusqu'en Vénétie et Lombardie. Ce qui n'est pas très rassurant, pour le président du parlement européen, qui s'exprime dans une interview donnée au quotidien italien Il Messaggero.

Certes, explique Antonio Tajani, les consultations d'hier, dans les deux provinces du nord de l'Italie, et la victoire qu'elles représentent pour la ligue du nord, ne visent qu'à demander plus d'autonomie, et pas forcément l'indépendance, comme c'était le cas en Catalogne, et il ne faut certes pas voir ce qui se passe en ce moment, comme l'amorce d'une saison indépendantiste. Mais tout de même, attention, poursuit-il. Les citoyens européens doivent craindre cette tentation de "la multiplication des petites patries"...

Enfin, direction la Chine à présent. Où les révélations d'un ancien médecin du sport pourraient bien avoir du mal à parvenir jusqu'au grand public. Xue Yinxian a pourtant entrepris, ces jours-ci, de révéler l'immense et délirante entreprise de dopage qui avait cours dans son pays dans les années 80 et 90, à l'époque où elle officiait. L'interview que Xue Yinxian a donné à la radio publique allemande ARD est reprise ce matin par The Guardian, pour qui jamais les révélations sur le dopage d'état en Chine n'avaient été faites à une telle échelle.

Plus de 10.000 athlètes, de ce que sait Xue Yinxian, ont été systématiquement dopés, dans toutes les catégories et dans tous les sports. Le football, l'athlétisme, la natation, le volleyball, le basketball, la plongée, la gymnastique, l'haltérophilie, et jusqu'au tennis de table sont concernés. Et d'après elle, la plupart des médailles olympiques, conquises par les sportifs chinois dans ces années là, ont quelque chose à voir avec ce "programme méthodique" de dopage.

Un programme qui voyait des jeunes de 11 ans exposés à différents types de substance, pour le bien du pays, leur disait-on.

Tous ceux qui ont voulu s'élever contre ce système, en Chine, sont maintenant en prison explique Xue Yinxian, qui a aujourd'hui 79 ans. Et qui a demandé l'asile politique en Allemagne.

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