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Carcasse d'une voiture après un attentat en Afghanistan

La tragédie comme marchandise politique

6 min
À retrouver dans l'émission

Le groupe Etat islamique a revendiqué, lundi, une attaque contre le complexe de l'Académie militaire d'Afghanistan à Kaboul. Cette attaque est la troisième en dix jours à peine dans la capitale afghane.

Carcasse d'une voiture après un attentat en Afghanistan
Carcasse d'une voiture après un attentat en Afghanistan Crédits : SAIFURAHMAN SAFI / NURPHOTO

Avec ce titre, «La prochaine guerre» à la Une de son dernier numéro, l'hebdomadaire britannique THE ECONOMIST entend se demander, cette semaine, à quoi ressembleront les guerres du futur : les nouvelles armes conventionnelles, les cyberattaques, les avancées dans le domaine de l’intelligence artificielle et l’avènement aujourd'hui de robots tueurs. Bref, tout ce qui risque de bouleverser la façon dont les guerres seront conduites à l'avenir. C'est également, peu ou prou, ce que nous laissait déjà entendre le ministre britannique de la Défense, la semaine dernière, dans un entretien au DAILY TELEGRAPH, lorsqu’il accusait la Russie d'espionner les réseaux d’approvisionnement électriques qui relient la Grande-Bretagne et l’Europe, en vue de créer un «chaos total». Pour autant, ce matin encore, c'est bien l'art de la guerre dans tout ce qu'il a de plus tristement banal qui transparaît à la Une des journaux. 

En Afghanistan, tout d'abord, moins de 48heures après l'explosion à la voiture piégée à Kaboul, samedi, qui a fait au moins 103 morts et 235 blessés, une nouvelle attaque a eu lieu dès l'aube contre l'Académie militaire, rapporte la BBC. Attaque revendiquée par l'organisation Etat Islamique. Coups de feu, explosions. Un premier bilan fait état de deux morts et une dizaine de blessés parmi les soldats. Quoi qu'il en soit, plus de trois ans après que le président Barack Obama a officiellement déclaré la fin de la guerre américaine en Afghanistan, rappelle THE GUARDIAN, cette attaque (la quatrième en une semaine) témoigne de ce que la capacité d'action des insurgés islamistes demeure, aujourd'hui, intacte. La plus longue guerre de l'Amérique ne disparaîtra pas, tranche de son côté le journal des Emirats THE NATIONAL. Il n'y a actuellement aucune perspective réaliste, dit-il, de mettre fin à cette guerre. D'autant qu'avec cette nouvelle revendication, Daech apporte là un sérieux démenti à tous ceux qui voudraient nous faire croire, qu'en Syrie comme en Irak, les insurgés ont été vaincus. Au contraire, rien ne semble pouvoir dissuader ceux qui sont prêts à mourir pour leur cause (quel que soit le lieu) de rejoindre l'organisation Etat Islamique. Dans son éditorial, THE AFGHANISTAN TIMES pointe, pour sa part, la responsabilité de Washington, après que le gouvernement américain a critiqué son voisin pakistanais pour son rôle de protecteur des talibans. Une hypothèse également avancée par THE NEW YORK TIMES : depuis que Donald Trump a décidé, début janvier, de faire pression sur le Pakistan en suspendant l’aide sécuritaire fournie à Islamabad, beaucoup redoutaient une flambée de violence en représailles. C'est chose faite.

L'art de la guerre, toujours et encore, mais cette fois-ci sans le fracas des armes automatiques.En bon stratège politique, Nicolas Maduro a-t-il lu "L'art de la Guerre" ? C'est du moins ce que laisse entendre sa décision d'organiser une élection présidentielle d’ici au mois d’avril. Les Vénézuéliens se rendront, donc, aux urnes dans moins de cent jours. Sauf que désormais les partis opposés au régime se retrouvent, du même coup, totalement désarmés, note le media en ligne ALNAVIO, repéré par le Courrier International. Non seulement ils doivent en toute hâte s’enregistrer pour le scrutin, tout en élaborant leurs stratégies de campagne, étant entendu qu'ils n’ont pas de candidat à la présidence et que le chef de l’État leur a interdit, qui plus est, de présenter un candidat unique. Sans compter que Maduro, lui, ne se privera pas de recourir à l’un des outils qui ont le mieux réussi au chavisme pendant ses presque vingt ans d’existence : le nationalisme. 

Chez le voisin colombien, la campagne pour les élections législatives et présidentielle, elle, a ressuscité les pires fantômes de l'histoire sanglante du pays, s’inquiète EL ESPECTADOR. Tandis que samedi le parti de l’ancienne guérilla des FARC lançait sa première campagne électorale après 53 ans de guerre civile, une série d'attaques à l'explosif contre des policiers, revendiquées par les dissidents guérilleros de l'ELN, allaient faire sept morts et des dizaines de blessés durant le weekend. De sorte qu’à la lumière des faits, les hypothèses qui laissent désormais entrevoir un déploiement massif des forces armées dans le pays ne semblent pas totalement insensées. Tout porte à croire que l'ELN chercherait, en effet, à amener le gouvernement à déclarer l'état d'urgence, manière d'affecter profondément le processus électorale. Ou de l'utilisation de la tragédie comme marchandise politique. Bien évidemment, ce n'est pas nouveau, rappelle toujours le journal. Partant de ce postulat que toute peur est politique, parce que son intérêt réside dans la domination, elle s'impose malheureusement et inévitablement comme un facteur déterminant de la vie à la fois sociale et politique.

Direction l'Egypte, à présent, où à deux mois des élections la preuve est faite que personne n'est en mesure de s’opposer au maréchal-président al-Sissi.Et pourtant, la campagne aurait pu être intéressante avec une demi-douzaine de candidats susceptibles de remettre en question la dérive autoritaire du président et sa mainmise sur le pays. Sauf que l’un après l’autre, les rivaux potentiels ont tous été contraints de renoncer, à mesure que s’approchait le délai pour déposer leur dossier de candidature, nous apprend LE TEMPS. Parmi la liste des candidats incapables de se présenter on trouve, notamment, un avocat célèbre défenseur des droits de l’homme, également le neveu de l'ex président Anouar al-Sadate. Mais le cas de Sami Anan est sans doute le plus révélateur du climat actuel. Cet ancien chef de l’état-major de l’armée à la retraite a été arrêté la semaine dernière et depuis personne ne sait où il se trouve. D'où ce commentaire d'un chercheur au Tahrir institute for middle east policy, interrogé dans les colonnes du journal : «Al-Sissi a démontré que même la simple perspective de deux mois de débat contradictoire lui était insupportable. Le fait qu’il ait agi de manière si rapide et si radicale dit assez qu’il ne veut même pas s’embarrasser des apparences. Il a transformé tout l’exercice en pure démonstration de force.»

Et décidément, ce matin, le schéma classique des dictatures semble se répéter partout.Dernier exemple en date, en Russie. Défiant Vladimir Poutine (qui l’a exclu de la course présidentielle), Alexeï Navalny a organisé, hier, une journée d’action nationale sous le slogan «grève des élections». Environ 3000 de ses partisans se sont ainsi rassemblés dans le centre de Moscou. Quelques minutes, à peine, après les avoir rejoint dans la rue, Alexeï Navalny a, lui, été interpellé par une dizaine de policiers et emmené de force dans un fourgon aux vitres fumées, selon des images diffusées sur les réseaux sociaux. En d’autres termes, écrit le correspondant du GLOBE AND MAIL, hier, tout le monde a finalement joué son rôle, dans ce scénario écrit à l'avance : les manifestants ont défilé, Navalny a été arrêté et le Kremlin continue, lui, à se préparer pour une élection dont tout le monde connaît déjà le résultat. Reste, toutefois, un espoir : la jeunesse russe. Selon une étude récente de l'Académie des sciences (pourtant soutenue par l'État), 51 % des Russes interrogés (et 62 % des moins de 30 ans) considèrent aujourd'hui que les réformes sont plus importantes que la stabilité. Or c'est la première fois en 15 ans qu'une majorité semble prête à choisir le changement plutôt que la continuité. Et le rédacteur en chef du journal d'opposition THE NEW TIMES d'en profiter pour insister : Poutine est au pouvoir depuis trop longtemps, écrit-il, et il est temps pour lui de partir.

Par Thomas CLUZEL

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