LE DIRECT
Manifestation des unionistes à Barcelone

Politique et cosmétique

5 min
À retrouver dans l'émission

Des centaines de milliers de partisans de l'unité de l'Espagne ont déferlé dimanche dans les rues de Barcelone, deux jours après la déclaration d'indépendance au Parlement catalan, aussitôt suivie d'un placement sous tutelle de la Catalogne.

Manifestation des unionistes à Barcelone
Manifestation des unionistes à Barcelone Crédits : BURAK AKBULUT / ANADOLU AGENCY

Pour quelqu'un qui n'aurait pas suivi l'actualité ces dernières semaines, la photo, ce matin, à la Une de l'influent quotidien EL PAIS nous donnerait presque envie de partir en Espagne, tant l'atmosphère y semble joyeuse et festive. Sous un soleil radieux, on y voit des hommes et des femmes aux sourires non moins resplendissants, serrant contre leur poitrine de grands cœurs en carton aux couleurs rouge et or mêlées d'étoiles, admirant au-dessus de leur tête le spectacle des ballons et des drapeaux multicolores inondant le ciel. Presque une parade de carnaval. Dès-lors, comment imaginer que de ce défilé résonnaient, pourtant, des slogans hostiles tel que «Puigdemont, en prison!», en référence au président indépendantiste catalan destitué vendredi dernier par Madrid. Pour l'éditorialiste madrilène, la société civile catalane, plurielle et solidaire avec son pays, a simplement retrouvé hier sa voix, ses rues, ses institutions et plus que tout elle a démontré à quel point elle se sentait à l'aise, dit-il, dans le cadre de la Constitution espagnol. Pour son confrère EL MUNDO, la manifestation massive et impressionnante organisée hier signe le réveil heureux de la résistance. La fierté de l'Espagne, titre le quotidien conservateur. Le bon sens, le vrai, se réjouit pour sa part ABC.

Et pourtant, c'est bien une nouvelle semaine d'incertitude qui s'ouvre aujourd'hui en Espagne. Carles Puigdemont et les quelques 150 hauts fonctionnaires démis de leurs fonctions tenteront-ils de retourner, ce matin, à leurs bureaux ? Ils pourraient, le cas échéant être arrêtés et poursuivis pour «usurpation de fonctions», rappelle LE TEMPS. Quoi qu’il en soit, pendant ce temps, rien ne semble avoir changé ... ou presque. L'ordre a été donné dans les commissariats d'ôter toutes les photographies présentant les ex-membres du gouvernement régional, précise le quotidien de Barcelone LA VANGUARDIA. En revanche, le site internet de l'exécutif catalan affiche encore les photos des ministres destitués. Et le drapeau espagnol, lui, flotte toujours sur les bâtiments de l'Etat.

En Irak, cette fois-ci, le père de l'autonomie du Kurdistan irakien a, lui, décidé de jeter l'éponge. Après son pari raté, Massoud Barzani qui, il y a un mois encore, haranguait les foules en leur promettant l'indépendance, a annoncé hier quitter la présidence de la région. C'est donc sans gloire, estime L'ORIENT LE JOUR, que Barzani se retire. Mais surtout les violences qui ont suivi sa déclaration laissent présager des jours sombres. Des dizaines de ses partisans armés de couteaux, de bâtons et de pierres ont aussitôt attaqué le bâtiment abritant le Parlement régional à Erbil, ainsi que les bureaux du parti d'opposition. Et puis à la perspective d’une nouvelle guerre civile entre le clan des Barzani d'un côté et celui des Talabani de l'autre s'ajoute le coup de force de Bagdad. Après la reprise des puits de pétrole de Kirkouk, qui assuraient près de la moitié des revenus de la région, dernier épisode de la défaite kurde, les forces fédérales irakiennes ont été redéployées hier soir au poste-frontière stratégique de Fichkhabour, qui se trouve pourtant dans la province autonome.

Bien entendu, la question qui prévaut désormais est de savoir quelle sera la prochaine étape mais déjà, conclue le site AL JAZEERA, le monde des experts n'a jamais été aussi uni qu'aujourd'hui pour dire combien ce référendum a été un désastre total, une erreur catastrophique renchérit THE NEW YORK TIMES, qui aura coûté aux kurdes leur autonomie à la fois économique et politique, un coup fatal en somme à la viabilité du vieux rêve kurde de créer un État indépendant.

Et toujours en terme de stratégie politique, lui non plus ne semble pas avoir encore trouvé la bonne voie à suivre. Lui, c'est Donald Trump. On le sait, l’homme adore faire du golf. D’après un décompte du site d'information américain SLATE, le Président des Etats-Unis a passé 76 de ses 281 jours de mandats a tapé dans la balle. Le chiffre est impressionnant mais, comme l'explique POLITICO, Trump ne joue pas au golf uniquement pour se relaxer, il s’agit aussi d’une stratégie diplomatique. Une stratégie bien connue, d'ailleurs, puisque Barack Obama avait lui-même passé de longues heures sur des terrains de golf, que ce soit en compagnie de dirigeants étrangers ou de membres du Congrès américain. Et en début de mandat, il semblait bien que cette stratégie fonctionnait : Trump avait réussi à se rapprocher du Premier ministre Japonais Shinzo Abe, qui en retour a invité le dirigeant américain à participer à un tournoi le week-end prochain à Tokyo. Mais toujours d’après POLITICO, il semble que sur la scène intérieure, cette fois-ci, le président ne connaisse pas le même succès avec l’élite politique de Washington. Bien qu’il ait invité plusieurs Républicains, ceux-ci ont tendance à continuer à critiquer Trump, une fois la partie de golf terminée. Pourquoi ? Tout d'abord, parce que comme souvent avec le président américain, il semble que l’on ait affaire à un problème d’ego : Trump ne trouverait pas d’adversaires à sa hauteur. C’est du moins ce qu’explique le site conservateur NEWSMAX. Trump, réputé pour être un très bon joueur (il a même classé numéro un, devant Kennedy, Eisenhower et Ford) n’aime pas jouer avec des vrais débutants. Et puis surtout, le président américain doit faire face à un autre challenge : contrairement à Obama, la plupart des élus n’ont pas très envie de passer quatre heures avec lui, et pas seulement les membres du Parti démocrate. C’est notamment ce qu’explique républicain qui avait, lui, joué avec Barack Obama : «J’ai un tellement bon souvenir de mon expérience que je n’ai pas envie de la salire. J’aimerais garder ce souvenir comme ma seule expérience de golf avec un président parce c’était génial».

Enfin s'agissant de communication politique, comment ne pas évoquer ce matin la photo de Kim Jong-un une bombe à la main ? Sauf que pour une fois, précise le site de la BBC, il ne s'agit pas d'une bombe nucléaire mais d'une laque pour cheveux. Hier, alors que les fortes tensions autour des ambitions militaires de son pays reclus continuent d'agiter la planète entière, Kim Jong-un s’est en effet rendu dans une usine de fabrication de cosmétiques, pour y chanter les louanges des produits de fabrication nord-coréenne de «niveau international» qui permettent de «réaliser le rêve des femmes désireuses d’être plus belles». Une manière pour le régime, poursuit l'article, de prouver qu'il s'occupe de son peuple, même si nous savons que ça n'est pas vrai. Ou quand la politique rime parfois avec cosmétique. Ou l'art de changer l'apparence du résultat sans en changer la nature intrinsèque.

Par Thomas CLUZEL

L'équipe
Production

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......