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Le sens des mots

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Un hôpital de Floride a eu affaire à un redoutable cas de conscience : quand un patient a un ordre de ne pas réanimer tatoué sur le torse, faut-il le prendre en compte ? L'homme n'a finalement pas été réanimé et est décédé.

L'histoire racontée par THE NEW ENGLAND JOURNAL OF MEDICINE et repérée par le site Big Browser relate un cas de conscience pour le moins étonnant. En Floride, une équipe médicale a dû récemment prendre en charge un homme de 70 ans, arrivé inconscient à l'hôpital, sans papier d'identité sur lui. Le seul signe distinctif qu’il présentait était un tatouage, gravé sur le torse, avec ces trois mots : «Do Not Resuscitate» (littéralement : ne pas ressusciter), comprenez «Ne Pas Réanimer», avec le mot «Pas» souligné, accompagné de sa signature. Dans un premier temps, les médecins ont décidé de ne pas respecter la consigne. Ils lui ont donc administré des soins de base. Mais, interpellés par le fameux tatouage, ils ont tout de même fait appel à un service d’éthique, qui leur a conseillé de prendre ce message en considération, comme s’il s’agissait d’un «véritable» ordre de ne pas procéder à une réanimation cardio-pulmonaire. L’état du patient s’est donc rapidement dégradé pendant la nuit et il est mort le lendemain matin. Entre-temps, l’homme avait fini par être identifié grâce à ses empreintes digitales et son ordre de ne pas le réanimer avait été retrouvé dans son dossier médical, ce qui a convaincu et sans doute, aussi, soulagé les médecins qu’ils avaient pris la bonne décision. Toujours est-il que ce triste fait divers pose deux questions. La première : un simple tatouage peut-il être considéré comme la preuve de la volonté d'un individu de faire cesser des soins ? Et la deuxième : doit-on laisser mourir un individu parce qu'il ne souhaite pas être réanimé ou le sauver, malgré tout, si l'on estime que sa situation n'est pas désespérée ? Dans les colonnes du WASHINGTON POST, le chef de la division éthique à l'université de médecine de New York rappelle que les médecins ne peuvent pas être poursuivis s'ils ignorent un tatouage, mais que laisser mourir un patient, sans la documentation appropriée, peut en revanche leur causer de sérieux problèmes. Et d'en conclure : «La voie à suivre la plus sûre est toujours de faire quelque chose».

Lui, a priori, n'a pas de tatouage mais une forte propension à laisser des messages.Lui, c'est Donald Trump et ses messages gravés sur Twitter ont une nouvelle fois suscité la polémique ce weekend. Samedi, le président américain a jugé bon de réagir à l’inculpation, la veille, de Michael Flynn (son ancien conseiller à la sécurité nationale), dans le cadre de l’enquête sur les liens entretenus par certains membres de son équipe avec des personnalités proches du Kremlin durant la présidentielle américaine. Donald Trump a notamment écrit : «J’ai dû licencier le général Flynn parce qu’il avait menti au vice-président et au FBI». Or, le problème, c'est que cette phrase tend à souligner que le président des États-Unis était au courant des mensonges proférés par son ex-conseiller, note la presse américaine relevée par le Courrier International. Le tweet de Donald Trump suggère, en effet, que les mensonges de Flynn au FBI étaient, au moins en partie, la raison pour laquelle il a été débarqué, 25 jours après sa prise de fonction dans la nouvelle administration. Et cela pourrait avoir des conséquences légales pour le président, souligne en particulier THE WASHINGTON POST. Trump pourrait être soupçonné d’entrave à la justice, renchérit THE NEW YORK TIMES. Et c'est, d'ailleurs, la raison pour laquelle, l'un des avocats du président a aussitôt déclaré qu'il avait lui-même rédigé ce Tweet et que c'était «une erreur». 

Evidemment, toute cette histoire a quelque peu terni la première grande victoire du président Donald Trump, avec l'adoption samedi par le Sénat d'une réforme historique sur la fiscalité.Tout s'est joué à une voix près. Tous les démocrates, en l'occurrence, s'y sont opposés, car ils estiment que les riches en profiteront davantage. Les Républicains ont notamment trouvé le moyen de donner une réduction d’impôts gigantesque et permanente à des entreprises comme Apple, General Electric ou Goldman Sachs, précise THE NEW YORK TIMES. Et c'est ainsi que la plupart des bénéfices iront dans la poche des Américains qui gagnent le plus, enrage le quotidien, avant d'ajouter : ce texte n’est autre qu’un pillage de l’argent public. Toujours dans les colonnes du quotidien, Paul Krugman (le Prix Nobel d’économie) y voit, lui, la plus grosse arnaque fiscale de l'histoire. 

Et puis, en plus de rendre les riches encore plus riches et tous les autres plus pauvres, le magazine QUARTZ relève, lui, que ce texte introduit une menace au droit à l'avortement. Le projet de loi évoque, en effet, un programme qui permet aux familles américaines d'épargner pour offrir des études à leurs enfants, tout en bénéficiant d'avantages fiscaux. Or dans cette partie du projet, trois petits mots se sont glissés, comme du pain béni pour les militants pro-vie : parmi les bénéficiaires de ces plans d'épargne, la nouvelle loi introduit «les enfants à naître». Or toujours selon les auteurs du texte, un «enfant in utero» est défini comme «un membre de l'espèce des homo-sapiens porté dans le ventre d'une femme, quel que soit son stade de développement». En clair, conclue l'article, à travers ce texte, le Sénat américain intègre le fait que la personnalité juridique s'acquière dès la conception. 

Enfin direction l'Allemagne, à présent, où l'on ne s'interroge pas seulement sur les chances de réussite de la chancelière à diriger un nouveau gouvernement. Ce week-end, le parti populiste AfD s’est réuni en congrès, pour la première fois depuis son succès retentissant aux dernières législatives. Et la formation a élu à sa direction deux hommes. Le premier, Jörg Meuthen, représentant de l’aile libérale, a longtemps été considéré comme modéré. En revanche le second, Alexander Gauland, est un ancien de la CDU qui veut chasser Merkel du pouvoir et ne recule lui-même devant aucune provocation, expliquant, par exemple, au sujet de la période 1933-1945 qu’il fallait «cesser de nous reprocher ces douze années», ou bien saluant les «accomplissements des soldats allemands pendant les deux guerres mondiales». En d'autres termes, précise la correspondante du TEMPS, l’AfD se décale un peu plus encore vers la droite. Et surtout le parti se retrouve beaucoup plus à droite que ce que bien des délégués pensaient eux-mêmes, renchérit la SÜDDEUTSCHE ZEITUNG. Un virage à droite, ou plutôt à l'extrême droite, qui pourrait également affaiblir un peu plus encore Angela Merkel, incapable de trouver une majorité stable en raison du score obtenu par l’AfD aux législatives et qui peut désormais s’attendre à une opposition des plus musclées au sein du Bundestag.

Par Thomas CLUZEL

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