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Explosion d'une bombe nucléaire dans les îles Marshall le 5 juillet 1947

La fin de l'équilibre de la terreur

6 min
À retrouver dans l'émission

Les Etats-Unis veulent se doter de nouvelles armes nucléaires de faible puissance, en réponse notamment au réarmement de la Russie. Ces nouvelles armes font craindre une relance de la prolifération et un risque plus élevé de conflit nucléaire.

Explosion d'une bombe nucléaire dans les îles Marshall le 5 juillet 1947
Explosion d'une bombe nucléaire dans les îles Marshall le 5 juillet 1947 Crédits : ARCHIVES SNARK / PHOTO12

Pendant 70 ans, la peur du cataclysme nucléaire a engendré ce qu’on a appelé «l’équilibre de la terreur». En clair, les bombes d’Hiroshima et de Nagasaki, mais aussi la crise des missiles à Cuba ou des Pershing américains en Europe, avaient sensibilisé non seulement les populations, mais aussi les Etats, au danger de l’arme atomique. Et c'est ainsi, par exemple, qu'en 2010 la Russie et les Etats-Unis (qui recensent 93% des arsenaux nucléaires mondiaux) s'étaient donnés 8 années pour ramener leur arsenal respectif à 1550 têtes nucléaires. L'échéance était donc fixée à aujourd'hui. Et tout porte à croire qu'en dépit des récentes tensions entre Moscou et Washington chacun des deux camps pourra en effet se vanter, ce matin, d'avoir appliqué à la lettre les règles fixées par le traité START. Certains y verront, sans doute, le triomphe de la raison, note l'éditorialiste du TEMPS. Sauf que ce succès cache, en réalité, une nouvelle qui suscite déjà des sueurs froides auprès des spécialistes : vendredi dernier, l’administration Trump a dévoilé sa nouvelle posture en matière nucléaire, qui rompt radicalement avec le consensus en place.

 Washington entend, à présent, créer trois nouvelles armes nucléaires dites tactiques. Ces nouvelles armes, précise l'ex-secrétaire adjoint américain à la Défense, Andrew Weber, interrogé dans les colonnes du journal, pourront être utilisées à partir de bombardiers furtifs et rendre ainsi quasiment impossible pour l’adversaire le fait de savoir si ces avions transportent des armes atomiques ou conventionnelles. Ces missiles pourront également être placés à bord de sous-marins, ce qui évitera qu’ils soient stockés sur le territoire de pays alliés. Et ce qui permettra, surtout, de déjouer les défenses antimissiles de la Russie, qui sont essentiellement destinées à contrer une attaque aérienne. Enfin, ces nouvelles ogives remplaceront des armes nucléaires traditionnelles, ce qui permettra à Washington de continuer à respecter les traités de non-prolifération. Problème, non seulement l’administration Trump brise, là, un tabou vieux de 70 ans (remontant aux attaques d’Hiroshima et de Nagasaki) : qu’il ne faut plus jamais recourir à l’arme nucléaire. Et d'ailleurs, en fin de semaine dernière, déjà, le magazine américain TIME ne s’y méprenait pas, en intitulant sa page de couverture : «Refaire de l’Amérique une puissance nucléaire» : le coup de poker de Trump. Et puis surtout cette volte-face de l’administration Trump risque de déclencher une nouvelle course aux armes nucléaires, à un moment critique : la Corée du Nord voit dans la bombe le seul moyen de se faire respecter ; le Pakistan, avec une aide américaine bientôt réduite, affiche une instabilité extrêmement dangereuse ; enfin l'Iran, irritée par la volonté des Etats-Unis de saper l’accord conclu sur son programme nucléaire en 2015 pourrait changer de cap et inspirer d’autres Etats du Moyen-Orient. Bien entendu, la Russie et la Chine n’ont pas tardé à réagir. Pour Moscou, qui se sent directement visé, la nouvelle posture nucléaire américaine est «de caractère belliqueux et anti-russe». Et les Russes promettent, déjà, d’y répondre avec les «mesures nécessaires». Quant à la Chine, elle appelle les Etats-Unis à abandonner rapidement «cette mentalité de Guerre froide.»

Direction, à présent, l'Italie où un raid raciste, samedi dernier, a secoué le pays tout entier. Son crâne rasé et ses tatouages de dent de loup et de croix celtiques sont encore à la Une de toute la presse. Samedi dernier, Luca Traini, 28 ans, a vidé deux chargeurs avec un pistolet semi-automatique dans les rues d'une petite commune non loin de la côte adriatique, blessant cinq hommes et une femme choisies seulement pour leur couleur de peau. Tous sont, en effet, originaires d'Afrique. Interrogé par les enquêteurs l'homme, cité dans les colonnes d'IL CORRIERE DELA SERRA, aurait expliqué son geste après avoir appris, quelques jours plus tôt, le meurtre d'une jeune fille de 18 ans retrouvée coupé en deux et l'arrestation d'un Nigérian soupçonné d'être le meurtrier. «J'étais en train de me rendre à mon club de gym quand j'ai entendu à la radio l'histoire de cette jeune fille. D'instinct, j'ai fait demi-tour, je suis rentré chez moi, j'ai ouvert le coffre-fort et j'ai pris le pistolet. J'ai décidé de tous les tuer», a-t-il déclaré à la police. Et à un mois, tout juste, des législatives marquées par une montée de la droite, ce fait divers inquiète toute l’Italie. Quand l'éditorialiste du CORRIERE DELA SERRA se dit épouvanté et dénonce les discours de haine qui deviennent, selon lui, une forme habituelle de polémique, son confrère de LA REPUBBLICA s'interroge, lui, sur les conséquences du venin inoculé en Italie par certains hommes politiques. Directement visé : le leader de la Ligue du Nord, Matteo Salvini, lequel a parlé ce weekend d' «invasion migratoire source d'affrontement social», avant d'ajouter : «Qui aime l’immigration, incite à la violence». De son côté, THE WASHINGTON POST rappelle que Matteo Salvini, profitant de la crise des migrants pour fomenter la xénophobie à des fins politiques, s'engage à expulser 150 000 migrants au cours de sa première année au pouvoir, si son parti gagne le contrôle du parlement le mois prochain.

La crise migratoire, toujours et encore, en Israël. Hier, les autorités ont commencé à distribuer des avis d'expulsions à des milliers de migrants en situation irrégulière. Sur ces lettres, précise THE TIMES OF ISRAEL, il est précisé qu'ils seront expulsés vers un pays africain (dont le nom n'est pas précisé) jouissant d'un gouvernement relativement «stable». Le quotidien HAARETZ affirme pour sa part que toute personne reconnue victime de trafic de personne ou d'esclavage serait exemptée pour le moment. En vertu de ce plan, ceux qui quitteront volontairement Israël d'ici la fin du mois de mars recevront chacun 3 500 $ et un billet d'avion. En revanche, à partir du 1er avril, le service de l'immigration prévoit de commencer à emprisonner ou à expulser de force tous ceux qui ne seront pas encore partis.

Enfin le quotidien britannique THE GUARDIAN, repéré par le Courrier International, commente, lui, une étude réalisée pour le Conseil norvégien pour les réfugiés, de laquelle il ressort que 72% des Afghans renvoyés dans leurs pays, sous prétexte que les conditions de sécurité y sont remplies, doivent fuir à nouveau à cause des violences. La rhétorique selon laquelle les choses vont mieux en Afghanistan et que nous pouvons de ce fait y renvoyer des gens n’est pas correcte, écrit le journal. Et pourtant, l'an dernier, le nombre de demandeurs d’asile afghans forcés à rentrer dans leur pays par la Grande-Bretagne et les autres pays d’Europe a triplé. 

Par Thomas CLUZEL

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