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La chancelière allemande Angela Merkel

Problèmes d'équilibre

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La chancelière allemande Angela Merkel s'est dite «optimiste» à propos des discussions exploratoires débutées dimanche, pour évaluer les chances de parvenir à la formation d’une nouvelle «Grande coalition».

La chancelière allemande Angela Merkel
La chancelière allemande Angela Merkel Crédits : TOBIAS SCHWARZ - AFP

En Allemagne, tout d'abord, conservateurs et sociaux-démocrates ont entamé, hier, un deuxième marathon de pourparlers prévus pour durer cinq jours. Quand LE TEMPS titre ce matin : cinq jours décisifs pour désembourber l'Allemagne, le SPIEGEL ONLINE, lui, prévient : le match final a commencé. Or ce deuxième et dernier essai s'annonce, en réalité, tout aussi difficile à transformer que le premier. Pourquoi ? Parce que si le SPD semble capable de s'entendre rapidement avec la CDU d'Angela Merkel, cela s'annonce beaucoup plus difficile, en revanche, avec la CSU. A l'automne prochain, le parti chrétien-social bavarois devra, en effet, affronter une élection dans son fief régional. Et face à la poussée de l’extrême droite il risque bien d’y perdre sa majorité absolue. C'est la raison pour laquelle, précise DIE WELT, dans cette optique, tout compromis avec les sociaux-démocrates qui fragiliserait la CSU n’a quasiment aucune chance d'aboutir. Quoi qu'il en soit, manière sans doute de conjurer le mauvais sort, hier, chacun des dirigeants des trois formations se voulait plutôt optimiste. «Je pense que nous pouvons y arriver», a notamment lancé Angela Merkel. Vraiment ?, lui répond ce matin la SÜDDEUTSCHE ZEITUNG, tout aussi sceptique que ses autres confrères outre-Rhin sur l’issue de ces discussions. En réalité, précise à nouveau DER SPIEGEL, la seule chose sur laquelle les partis semblent s'être mis d’accord, jusqu'à présent, c'est l’obligation de silence à laquelle les négociateurs seront tenus jusqu’à la fin des discussions jeudi : pas d'interviews, pas de talk-show, pas de tweets. Ou dit autrement, pas question de reproduire la cacophonie des précédentes consultations qui avait, en partie, contribué à leur échec. Et c'est ainsi que la seule chose qui a fuité hier de cette première journée de discussions, c'est donc l'annonce que rien ne devrait fuir. Ah si, il y a bien une autre certitude, ce matin, c'est évidemment le scénario auquel personne, pour l'instant, ne préfère penser. En cas d'échec, vendredi prochain, il ne restera plus pour la chancelière que deux options : soit la formation d’un gouvernement minoritaire (à la capacité de survie très incertaine), soit de nouvelles élections (dont seule l’extrême droite pourrait profiter). Ce que DER TAGESPIEGEL traduit, tout simplement, ce matin en première page avec ce titre : ça peut mal finir.

Direction la Grande-Bretagne, à présent, où la Première ministre britannique doit procéder aujourd'hui à un remaniement. Theresa May démarrera cette nouvelle année avec ce qui s'annonce, déjà, comme le plus vaste remaniement depuis sa décision malheureuse de déclencher des élections générales l'été dernier, commente ce matin THE GUARDIAN. Cette fois-ci on s'attend à ce que la première ministre licencie ou déplace environ un quart de son cabinet. Parmi les «victimes» les plus probables de ce remaniement, les noms les plus cités sont généralement ceux de la secrétaire à l'Education, mais aussi du ministre de l'Economie, ainsi que du Président du Parti conservateur. En revanche, précise THE INDEPENDENT, en dépit des pressions exercées pour qu'ils soient démis de leurs fonctions, le ministre des Finances et son homologue des Affaires étrangères devraient, eux, conserver leurs postes, de même que le ministre de l'Intérieur et celui en charge du Brexit. Quoi qu'il en soit, ce pari sera surtout l'occasion pour Theresa May, fortement contestée ces six derniers mois, de réaffirmer son autorité. Chose, rappelle à nouveau THE GUARDIAN, qui lui avait été impossible à réaliser au lendemain des dernières élections, où les conservateurs avaient perdu leur majorité à la Chambre des communes. 

Autre numéro d'équilibriste, celui auquel devra se livrer Emmanuel Macron, qui a débuté aujourd'hui une visite d'Etat de trois jours en Chine.Et dans son désir de forger des liens plus étroits avec son homologue chinois, il est déjà une image encourageante pour le président français puisqu'en mandarin, la transcription d'Emmanuel Macron est «Makelong», ce qui signifie «le cheval qui domine le dragon». Et d’ailleurs, il sera beaucoup question de cheval lors de sa première visite d'Etat en Chine, puisque le président français a décidé d'offrir à Xi Jinping un cheval de la Garde républicain, avec tout son harnachement de même qu'un sabre gravé de cette phrase : «M. Emmanuel Macron, Président de la République Française - Pékin - Janvier 2018». Pour le reste, précise THE SOUTH CHINA MORNING POST cité par le Courrier International, ces trois jours seront centrés principalement sur le commerce. Et pour cause : le gouvernement Macron doit assumer la dure tâche de revitaliser l’économie française. Or la Chine est, justement, le bon partenaire pour y parvenir, commente le journal de Hong Kong qui voit, également, dans le chef de l'Etat français un élément de stabilité en Europe. Avec le Brexit mais aussi l’échec de l’Allemagne à former un gouvernement de coalition, la France est devenu, dit-il, le pilier central de l’UE. 

Et puis la Chine n'est pas le seul pays à voir aujourd'hui la France comme une tête de pont pour se rapprocher de l’Union européenne. Dans cette Europe post-Brexit et alors que ses relations avec l’Allemagne sont extrêmement tendue, la France d’Emmanuel Macron apparaît, aussi, comme un allié de la Turquie. C'est en tous les cas l'analyse défendue par la TAZ après la visite controversée à Paris de Recep Tayip Erdogan. En réalité, précise pour sa part le correspondant du TEMPS, Emmanuel Macron se devait surtout de renvoyer l’ascenseur à son homologue turc, après la libération en septembre dernier du journaliste Loup Bureau. Mais pas seulement, la collaboration de la Turquie est également indispensable pour éviter ce qu’Emmanuel Macron l’Européen redoute par-dessus tout : un nouvel afflux massif de migrants en provenance du Proche-Orient, qui déstabiliserait de nouveau l’UE, où les populistes et les extrêmes sont toujours en embuscade. Enfin, conclue l'article, le tapis rouge déroulé vendredi dernier à l’homme fort d’Ankara illustre, certainement plus encore, le pragmatisme revendiqué du quinquennat Macron. Un autre mot pour équilibrisme.

Par Thomas CLUZEL

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