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Manifestation organisée à Barcelone, contre l'indépendance de la Catalogne

A chacun son pari

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Le dirigeant sécessionniste de la Catalogne a laissé entendre qu'il allait déclarer l'indépendance si Madrid refusait une médiation, à l'approche d'une cruciale séance parlementaire demain et après un weekend où des centaines de milliers de Catalans ont crié "Basta" dans la rue.

Manifestation organisée à Barcelone, contre l'indépendance de la Catalogne
Manifestation organisée à Barcelone, contre l'indépendance de la Catalogne Crédits : JOAN VALLS / NURPHOTO

Hier, pour la première fois depuis 10 jours, la partie de poker qui se joue en Espagne, entre le pouvoir central à Madrid et les autorités séparatistes à Barcelone, a semblé s’équilibrer. Jusqu’alors, après les charges policières au cours du référendum interdit (qui avaient considérablement écorné l’image du pays) la bataille symbolique et médiatique était, a priori, à l’avantage des sécessionnistes. Mais c’est désormais beaucoup moins évident. Hier, le camp «espagnoliste» a retrouvé un peu de sa superbe. Après avoir laissé la rue aux indépendantistes, les tenants de l’unité ont, à leur tour, défilé dans les artères de la capitale catalane. Ou quand la majorité silencieuse et jusqu'ici invisible recouvre la voix, se réjouit ce matin l’éditorialiste d’ABC. Ceux qui avaient tenté de réduire au silence la moitié de la Catalogne ont échoué, écrit le quotidien conservateur. Une participation massive qui signe là le triomphe retentissant de la raison civique sur la passion politique, renchérit son confrère madrilène EL MUNDO.

Pour autant, faut-il en déduire que le vent est en train de tourner à Barcelone ? Ce qui importe à présent, reprend ABC, c'est de savoir ce que les conservateurs au pouvoir, les socialistes dans l'opposition et les citoyens vont faire pour que cet immense capital humain qui s'est accumulé, hier, en faveur de l'unité, ne soit pas détourné par l'inaction des uns et les tactiques partisanes des autres. Après toute cette agitation collective dans la rue des deux côtés, preuve que la Catalogne est aujourd'hui plurielle, il serait temps que les politiciens parlent enfin entre eux, lance de son côté EL PERIODICO DE CATALUNYA. Or pour l'heure l'impasse semble toujours totale. Quand le président séparatiste catalan déclare, dans un entretien à la télévision publique régionale, qu'il envisage de prononcer, demain, une déclaration d'indépendance unilatérale si Madrid refuse une «médiation internationale», le chef du gouvernement espagnol lui répond, dans les colonnes d'EL PAIS, qu'il n’envisage pas de dialogue, tant que les séparatistes n’auront pas retiré leur menace de rupture. Mariano Rajoy qui va même plus loin : «Je n'écarte rien», dit-il, brandissant ainsi une menace jamais appliquée jusqu'à présent : la suspension, ni plus ni moins, de l’autonomie de la région.

Direction, cette fois-ci, la Russie avec une mobilisation en demi-teinte de l'opposition. Ce week-end, des milliers de Russes ont bravé l’interdiction de défiler dans toutes les moyennes et grandes villes du pays. Ils réclamaient la libération d’Alexeï Navalny, le leader de l'opposition, condamné récemment à 20 jours de prison. Evidemment, la date n'avait pas été choisie au hasard puisque, samedi, Vladimir Poutine fêtait ses 65 ans, dont un tiers à occuper les postes clefs du pays, résume l'agence NOVOSTI. Et c'est ainsi que parmi les manifestants ont a pu voir, en effet, certains exhiber des paquets cadeaux portant la mention «Tribunal» ou «Retraite», autant de présents symboliquement adressés au chef du Kremlin, lequel se prépare selon toute vraisemblance à un quatrième mandat.

Toujours est-il que deux faits marquants ont retenu l'attention de la presse. Tout d'abord, la faiblesse de la mobilisation. Sans doute que la météo défavorable, mais aussi l’absence des leaders emprisonnés et surtout la peur des arrestations ont joué leur rôle. Sauf qu'en l'occurrence, selon le site OVDINFO, spécialisé dans la veille des activités policières, 290 personnes seulement ont été interpellées à travers le pays. Un chiffre très inférieur aux milliers d’arrestations des deux précédentes journées d'action. C'est là, donc, l'autre fait marquant : la relative clémence des autorités, particulièrement évidente notamment à Moscou, où aucune arrestation n’a été observée. Un pari ou plus exactement un changement de tactique de la part des autorités toutefois éphémère, puisqu'une dizaine de manifestants pro-Navalny qui tentaient, dimanche, de répéter l’action de la veille ont, eux, été immédiatement et brutalement embarqués par la police aux abords du Kremlin.

En Autriche, à présent, à huit jours des élections législatives, la campagne de la gauche se retrouve torpillée par un scandale. «Débâcle», «catastrophe industrielle», «torrent de boue», voilà pour quelques-uns des titres à la Une des journaux. La campagne pour les législatives se retrouve, en effet, prise de convulsions après des révélations qui secouent le parti social-démocrate (SPÖ) au pouvoir, mis en cause dans une occulte opération de calomnies contre le favori des sondages, le jeune ministre des Affaires étrangères, issu du parti conservateur (ÖVP). Deux fausses pages Facebook sont apparues cers derniers jours, colportant des ragots à propos de l’étoile montante de la politique, avec les codes visuels racoleurs et les montages grossiers désormais typiques des «fake news». L'une de ces pages Facebook, aux relents xénophobes et antisémites, était très clairement destiné à détourner du candidat conservateur les partisans de l’extrême droite, en présentant le ministre comme un «immigrationiste», prêt à ouvrir les frontières du pays. Or les témoignages et indices qui se succèdent pointent aujourd'hui les agissements de proches de l’équipe de campagne social-démocrate. Un pari douteux qui laisse pantois les commentateurs politiques. «La sale campagne», titre ainsi encore ce matin DIE PRESSE. Il faut dire que l’affaire éclate avant une élection que le SPÖ avait déjà quasiment perdu tout espoir de remporter, les sociaux-démocrates bataillant surtout pour décrocher, en réalité, la seconde place, également convoitée par le FPÖ, la formation d’extrême droite.

Enfin un dernier pari risqué ce matin, celui de Shinzo Abe au Japon. Après un été qui avait vu sa popularité chuter en raison de deux scandales de trafic d’influence, le Premier Ministre avait réussi à redresser la barre grâce à sa capacité à utiliser la crise nord-coréenne pour se présenter comme un pilier de stabilité. Et c'est ainsi qu'il y a quelques jours, Shinzo Abe a annoncé la tenue d'élections législatives anticipées, le 22 octobre prochain. Hier soir, lors d'un débat télévisé, il a encore promis de mettre «toute la pression» possible sur Pyongyang. Sauf que le cynisme de Shinzo Abe, utilisant cette situation tendue pour son propre profit, est aujourd'hui l’objet de nombreuses critiques. Ce calcul opportuniste pourrait se révéler malsain pour la démocratie, estime notamment un doctorant à l’Université de Tokyo, interrogé dans les colonnes du TEMPS. La décision du premier ministre a notamment précipité un réalignement de l’opposition, autour de la populaire maire de Tokyo, laquelle partage, en réalité, beaucoup des opinions nationalistes du premier ministre, poussant ainsi ce dernier un peu plus encore vers la droite. De sorte que la gauche japonaise pourrait être le grand perdant de toute cette affaire.

Par Thomas CLUZEL

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