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Le président des Etats-Unis, Donald Trump

Le point de non-retour

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Peu importe que l’Agence atomique de l’ONU atteste du bon comportement de Téhéran, Donald Trump s’apprête à remettre en cause l’accord sur le nucléaire iranien. Ou quand le comportement du président des Etats-Unis inquiète jusque dans les couloirs de la Maison-Blanche.

Le président des Etats-Unis, Donald Trump
Le président des Etats-Unis, Donald Trump Crédits : BRENDAN SMIALOWSKI - AFP

Parce qu'il lui arrive régulièrement de faire n'importe quoi et de placer sa famille dans des situations compliquées, voire dangereuses, le magazine NEW STATESMAN a décidé d'identifier et de détailler tous les épisodes problématiques où Homer Simpson dépasse les bornes. Objectif : déterminer toutes les fois où Marge aurait dû quitter son mari pour de bon. Et l'hebdomadaire britannique d'en conclure que le point de non-retour aurait dû être atteint au cinquième épisode de la neuvième saison, intitulé «Le Papa Flingueur». Pourquoi ? Parce que si les neuf saisons précédentes montrent une relation imparfaite, mais aimante, cet épisode là est le moment de la série où Homer, qui s'est déjà avéré être un mari violent, instable, manipulateur et téméraire, est encore tout cela à la fois mais en plus, cette fois-ci, avec une arme à la main.

Et si j'évoque avec vous cet article, ce matin, c'est parce que dans la vie réelle, celle-ci, il est un homme dont les intuitions et les coups de gueule guident, également, son action erratique et bizarre. Cet homme c'est Donald Trump. Or ainsi que l'écrit l'influent sénateur républicain du Tennessee, Bob Corker : «C’est un fait, je le sais : chaque jour à la Maison-Blanche, il y a une situation où il faut essayer de contenir le président». Et de préciser encore que Trump devrait préoccuper tous ceux qui s’inquiètent « du sort de notre pays». Ses menaces, en particulier, contre d’autres nations font craindre une «troisième guerre mondiale». Heureusement que son entourage préserve le président de ses instincts, poursuit-il, avant d'en conclure que la Maison-Blanche est devenue aujourd'hui rien de moins, qu'«une garderie pour adultes». Evidemment, un jardin d’enfants cela prête à sourire, sauf que l’un d’eux a un bouton atomique. Et Bob Corker, toujours lui, de se demander si quelqu'un n'aurait pas manqué, tout de même, son tour de garde.

Et de fait, même si une main de fer régit désormais la présidence depuis l’arrivée au cœur du pouvoir du général John Kelly, le président continuerait, dit-on, de tenir tête à son entourage et de suivre ses penchants populistes, vengeurs et cyniques. Dernier exemple en date : l'Iran. Selon la presse américaine, se fondant sur des sources internes, Donald Trump s’apprêterait d'ici quelques jours à remettre en cause l’accord sur le nucléaire iranien et ce pour des raisons purement égoïstes. Particularité de la législation américaine, le chef de la Maison-Blanche est en effet tenu de certifier, chaque trimestre, que la République Islamique d'Iran respecte ses obligations. Or c’en est trop pour Donald Trump, qui entend passer la patate chaude au Congrès. En clair, si Trump refuse de signer le certificat de bonne conduite de l’Iran le 15 octobre prochain, alors c’est au Congrès qu’il reviendra de décider du rétablissement, ou non, des sanctions économiques.

Et toute la presse américaine, d'épingler à présent la dernière imprudence dangereuse de Donald Trump. Quand THE WASHINGTON POST estime qu'une telle déclaration serait manifestement malhonnête, son confrère du NEW YORK TIMES précise que la décision vers laquelle s’oriente le président ne tient pas compte du fait que l’accord fonctionne. L'Agence internationale de l'énergie atomique, qui est chargée de surveiller et de vérifier l'accord, a publié huit rapports au cours des deux dernières années, rappelle le quotidien. Or toutes les parties signataires de ce compromis sont formelles : Téhéran remplit point par point ses engagements. Les sites nucléaires sont accessibles aux contrôles internationaux, comme convenu. Et le nombre de centrifuges et la quantité d’uranium enrichi ont été réduits, comme prévu.

En revanche, si Trump sape cet accord nucléaire, alors les répercussions sur la politique étrangère américaine seront désastreuses. Il entraînera, tout d’abord, un clivage entre les États-Unis et l'Europe. Washington perdra, ensuite, tout contact avec l'Iran, un interlocuteur aujourd'hui indispensable pour stabiliser l’Irak, l’Afghanistan et la Syrie. La Russie et la Chine s’imposeront, par ailleurs, un peu plus comme les puissances capables de créer des ponts dans la région. Enfin, nous risquons de perdre toute possibilité de dialogue avec la Corée du Nord, écrit le quotidien américain, car le cas échéant Pyongyang en conclura que les États-Unis n'honorent pas leurs engagements, même sur la base d'accords multilatéraux. Et son confrère du journal LE TEMPS d'en déduire dans un éditorial, intitulé «Les Etats-Unis, le nouvel état voyou nucléaire», que tout cela ressemble à une recette pour provoquer une guerre. Est-ce là ce que veut le président américain ?, interroge l’éditorialiste, avant d’en conclure : c’est à craindre.

Autre point de non-retour possible avec les lourdes réquisitions annoncées en Turquie contre onze militants des droits de l'homme, accusés de liens avec une «organisation terroriste». La décision fait bondir la presse outre-Rhin. Il faut dire que parmi les 11 accusés (dont la directrice d'Amnesty International en Turquie et le président de l'organisation dans le pays) figure, notamment, un militant des droits de l'homme allemand, Peter Steudtner. Quand la FRANKFÜRTER ALLGEMEINE ZEITUNG parle de réquisitions absurdes, son confrère de la TAZ dénonce, lui, des accusations effrayantes. Ce sont des arrestations politiques, tranche le journal, avant de rappeler que plusieurs journalistes (dont des étrangers) sont également en prison là-bas et ne savent même pas pourquoi. Quoi qu'il en soit, s'en est trop désormais pour la SÜDDEUTSCHE ZEITUNG qui estime que l'Allemagne doit maintenant réfléchir à avancer sans la Turquie.

Enfin l'Espagne atteindra-t-elle aujourd’hui son point de non-retour ? Le président catalan, va-t-il déclarer unilatéralement, ce mardi, l'indépendance de sa région comme il menace de le faire, temporiser ou faire machine arrière ? Toute la presse espagnole ne parle, évidemment, que de cela ce matin. Le jour de vérité, titre en particulier le quotidien conservateur ABC, avec en première ce matin une photo du président séparatiste, soupirant, comme le ferait un enfant désorienté devant l'énoncé d'un sujet. De son côté, EL PAIS tient à rappeler dans un ultime avertissement quelles seraient les conséquences d'une telle déclaration, non seulement pour que personne ne puisse prétendre qu'il ne savait pas (le cas échant), mais aussi pour que l'irresponsabilité absolue de s'être jeté dans l'abîme en toute conscience apparaisse évidente aux yeux du monde entier. Enfin, quand LA VANGUARDIA ne peut que constater que tout est désormais entre les mains du président catalan, son confrère EL PERIODICO DE CATALUNYA juge dans un édito intitulé, «Pas en notre nom», qu'il n'est pas encore trop tard pour revenir au pays de la justice et de l'Etat de droit.

Par Thomas CLUZEL

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