LE DIRECT
Roy Moore, candidat républicain à la sénatoriale de l'Alabama

L'année où tout a basculé

5 min
À retrouver dans l'émission

Une nouvelle femme accuse Roy Moore (ancien juge à la Cour suprême de l'Alabama et actuelle candidat républicain à la sénatoriale du 12 décembre) d'agression sexuelle. Les appels se multiplient, jusque dans son propre camp, pour qu'il renonce à sa candidature.

Roy Moore, candidat républicain à la sénatoriale de l'Alabama
Roy Moore, candidat républicain à la sénatoriale de l'Alabama Crédits : SCOTT OLSON / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP - AFP

Les futurs manuels d'histoire parleront-ils de 2017 comme d'un pivot dans la lutte contre le patriarcat ? En retraçant la succession d’événements qui, selon elle, ont changé la donne, une journaliste du HUFFINGTON POST écrit : «2017, l'année où les femmes ont fait exploser leur rage». Et de fait, de la marche des femmes en réaction à l'élection de Donald Trump, à la libération de la parole depuis qu'a éclaté le scandale Weinstein, un vent de révolte inédit semble désormais souffler sur les sociétés occidentales. Un mouvement que la future couverture du magazine NEWSWEEK, à paraître vendredi prochain, a choisi d'illustrer avec la photo d'un ballon gonflable, en forme de pénis et qu'une main de femme s'apprête à faire exploser avec une aiguille. Sous ce titre : «Pop go the weasels» («Et hop, fait la belette»), en référence à la célèbre chanson pour enfants. On ne s'attardera pas sur les commentaires déjà nombreux sur les réseaux sociaux autour de cette Une, ainsi que le note DE MORGEN. Dans ce dossier de 8 pages, où apparaissent notamment les noms d'Harvey Weinstein, mais aussi Bill Clinton et ... Donald Trump, il est écrit : Pendant des siècles, de puissants prédateurs ont avilit, abusé ou agressé des femmes sans jamais craindre d'être arrêtés ni même blâmés. Mais voici que l'heure de rendre des comptes a enfin sonné pour tous ces monstres. Ou quand les porcs se mettent à voler, écrit NEWSWEEK, manière de rendre compte d'un phénomène aujourd'hui aussi improbable que fulgurant.

Dernier scandale en date, à faire la Une de la presse américaine, celui impliquant un ancien juge à la Cour suprême de l'Alabama et chrétien fondamentaliste, Roy Moore, connu notamment pour ses positions ultraconservatrices et homophobes. Pendant des décennies, ce brandisseur de bibles, ainsi que le qualifie dans les colonnes du NEW YORK TIMES le journaliste et Prix Pulitzer Nicholas Kristof, n’a cessé de s’attaquer aux homosexuels, dénigrer les transgenres, fustiger les musulmans et dénoncer toute forme de «perversion sexuelle». C’est lui, en particulier, qui a osé dire cette année que les attentats du 11 septembre étaient une «punition de Dieu parce que nous légalisons la sodomie». Or le voilà lui-même accusé des pires choses. Jeudi dernier, THE WASHINGTON POST a tout d'abord publié le témoignage d'une femme affirmant avoir été victime d'attouchements au domicile de Roy Moore, en 1979, alors qu'elle n'avait que 14 ans. Le quotidien de la capitale a également ouvert ses colonnes à trois autres femmes, mineures à l’époque des faits. Si toutes affirment que l’homme a cherché à les séduire, elles ne parlent toutefois pas d’agression sexuelle. En revanche, hier, une cinquième victime, Beverly Nelson, 55 ans, a elle affirmé lors d'une conférence de presse que Roy Moore l'avait agressée sexuellement un soir de janvier 1978, alors qu'elle n'avait que 16 ans. Selon elle, Roy Moore l'aurait subitement agrippée par la nuque pour la forcer à lui faire une fellation. Beverly Nelson dit s'être furieusement débattue avant que le magistrat, qui avait alors 30 ans, ne renonce, non sans lui avoir lancé avant de la laisser partir : «Je suis procureur. Si tu racontes ça à qui que ce soit, personne ne te croira.»

A présent, Roy Moore, 70 ans, marié et père de quatre enfants, nie catégoriquement ces accusations et évoque une «attaque politique désespérée». Il faut dire, précise la correspondante du TEMPS, que l’élection sénatoriale de l’Alabama a lieu le 12 décembre prochain et il tient à rester dans la course, coûte que coûte. Sauf qu'embarrassés par cette affaire, les pontes républicains, eux, préféreraient le voir renoncer. Même le président américain est intervenu, depuis son périple asiatique, pour faire savoir que Moore devait abandonner la course au Sénat, «si les faits qui lui sont reprochés sont avérés». Autant dire que le malaise est vif. Alors que Roy Moore était quasi assuré de remporter l’élection, la course est désormais ouverte. De quoi, possiblement, fragiliser la mince majorité dont disposent les Républicains au Sénat (52 sièges sur 100), rappelle de son côté THE LOS ANGELES TIMES. En attendant, les proches de Roy Moore continuent à vouloir le défendre à coups de références bibliques. Dans THE WASHINGTON EXAMINER, un élu local a même osé dire: «Prenez Joseph et Marie. Marie était adolescente et Joseph un charpentier adulte. Ils sont devenus les parents de Jésus. Et il n’y a rien d’immoral ou d’illégal dans cette affaire. Il y a peut-être simplement quelque chose d’inhabituel.» De quoi faire écrire à Nicholas Kristof dans les colonnes du NEW YORK TIMES : «Quand des chrétiens commencent à justifier des abus sur des enfants en citant la Bible, Jésus devrait porter plainte pour diffamation.»

L'année où tout a basculé, c'est aussi ce qui ressort de l'avertissement lancé, hier, par près de 15 000 scientifiques de 184 pays face à la détérioration catastrophique de l’environnement. Jamais autant de scientifiques n’avaient répondu présent à un tel appel international. Dans cette tribune publiée par la revue BIOSCIENCE, les chercheurs estiment que tous les voyants sont aujourd'hui dans le rouge : disponibilité de l'eau potable, déforestation, baisse du nombre de mammifères, émissions de gaz à effet de serre. Sauf que cet avertissement lancé à l’humanité toute entière est, en réalité, la deuxième version d’un premier message envoyé par un collectif indépendant de scientifiques et citoyens américains en 1992. Ou dit autrement, un quart de siècle plus tard, à l'exception du trou dans la couche d’ozone (en train de se résorber), les scientifiques soulignent que les problèmes identifiés à cette date sont aujourd’hui, pour la plupart, exacerbés. Enfin, toujours hier, dans une autre étude publiée celle-ci dans le journal NATURE CLIMATE CHANGE, il est écrit qu'après trois années de relative stabilité, les émissions mondiales de gaz à effet de serre issues des énergies fossiles sont reparties à la hausse en 2017.

Enfin la BBC révèle ce matin un rapport secret. La radio britannique a découvert les détails d'un accord secret, le «sale secret» de Raqqa, qui a permis à des centaines de combattants de Daech et à leurs familles de fuir l’ex capitale du Califat, sous le regard de la coalition menée par les États-Unis et des forces dirigées par les Kurdes. L'accord a été conclu par les autorités locales. Bien sûr, il a permis d'épargner des vies, en particulier chez les opposants à Daech et de mettre fin aux combats. Mais il a aussi permis à des centaines de combattants de l'organisation Etat Islamique de s'échapper. Et la BBC, ce matin, de soulever cette question, à même de nuancer pour le moins le triomphalisme ambiant sur la disparition territoriale de Daech en 2017 : Ce pacte a-t-il libéré une menace pour le monde extérieur ? 

Par Thomas CLUZEL

    �C d�W��9�.7

L'équipe
Production

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......