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Le Palais de l'Assemblée du Peuple à Pékin, lors du Congrès du Parti Communiste Chinois

Les gagnants et les perdants

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Le président chinois Xi Jinping devrait s'appuyer sur le 19ème Congrès du Parti communiste chinois, cette semaine, pour renforcer son pouvoir. Depuis son accession à la présidence il y a cinq ans, il a imposé son autorité et assis la puissance chinoise sur la scène internationale.

Le Palais de l'Assemblée du Peuple à Pékin, lors du Congrès du Parti Communiste Chinois
Le Palais de l'Assemblée du Peuple à Pékin, lors du Congrès du Parti Communiste Chinois Crédits : WANG ZHAO - AFP

Au titre des grands triomphateurs, tout d'abord, à lire THE ECONOMIST cette semaine, s'il ne devait y en avoir qu'un ce serait lui : L'homme le plus puissant du monde, titre l'hebdomadaire britannique, avec à sa Une un portrait du président chinois. Et le magazine, notamment, d'expliquer à l'occasion de l'ouverture demain du 19ème Congrès du PCC, comment Xi Jinping a su tirer profit, notamment, des carences du leadership américain. Car si les États-Unis demeurent bien aujourd'hui la nation la plus puissante du monde, en revanche, Donald Trump apparait plus faible dans son pays et moins efficace à l’étranger que n’importe lesquels de ses récents prédécesseurs. A l'inverse, Xi Jinping, le président du plus grand État autoritaire du monde roule, lui, des mécaniques. Jamais, depuis Mao, un leader chinois n’avait tenu aussi fermement les rênes de son pays. Sans compter que là où la Chine de Mao était chaotique et complètement pauvre, celle de Xi Jinping est devenue aujourd'hui le principal moteur de la croissance mondiale. Or loin de se montrer satisfait, l'hebdomadaire britannique considère dangereuse la concentration d’autant de pouvoirs entre les mains d’un seul homme. Et puis même si, contrairement à son homologue russe, Xi Jinping n’est pas un fauteur de troubles pour la planète écrit THE ECONOMIST, le journal le juge, en revanche, beaucoup trop tolérant à l’égard de son turbulent voisin nord-coréen.

Et s’agissant de la Corée du Nord, justement, les dernières sanctions censées finir de mettre le pays à genoux relèveraient, en réalité, du pur fantasme. C'est, du moins, ce qui ressort d'une enquête publiée conjointement par FOREIGN POLICY et le magazine SLATE et intitulée : L'étonnante résilience commerciale de la Corée du Nord. On y apprend que si Pyongyang va très probablement souffrir des nouvelles sanctions adoptées cet été à l'initiative des Etats-Unis, en revanche, ces mesures ne sauraient en aucun cas produire l'effondrement économique espéré. Et pourquoi ? Parce que l'économie nord-coréenne s’est depuis longtemps adaptée afin de résister et même de prospérer face à de telles difficultés. En réalité, malgré sa réputation internationale de «Royaume Ermite», la Corée du Nord véritable paria sur le plan politique n'est pas si isolée qu’il y paraît sur le plan économique. Et l'article même de juger que les Nord-Coréens compteraient parmi les entrepreneurs les plus adroits du monde moderne. Le plus bel exploit, sans doute, c’est d’être parvenu à faire en sorte que ce soit des entreprises étrangères qui gèrent la chaîne logistique mondiale. En clair, les Nord-Coréens ont créé de multiples petites entreprises, non enregistrées, qui achètent et vendent des marchandises sur les marchés privés et sont en charge de leur commerce extérieur, principalement avec la Chine et la Corée du Sud. Et voilà pourquoi, au vu de la robustesse de ces réseaux, pour faire cesser les activités de ces sociétés écrans, il faudrait que la Chine interdise officiellement tout commerce à travers sa frontière. Sauf que couper véritablement Pyongyang du reste du monde nécessiterait un changement complet de la stratégie chinoise, un changement qui, pour l’instant, semble peu probable.

Et toujours au petit jeu de savoir qui gagne et qui perd, ce matin, c'est l'Amérique désormais qui apparaît comme le paria de la communauté internationale. C'est, d'ailleurs, parce que sa propre administration craignait que la crédibilité des Etats-Unis ne soit durablement affectée sur la scène internationale, que Donald Trump a fini par mettre un peu d’eau dans son vin. Lui qui promettait initialement de «déchirer l’accord» avec l'Iran, s’est contenté de le décertifier. Sauf que cette tactique de gouvernance, qui consiste à injecter le maximum d’incertitude dans le système, ne contribue qu’à isoler les Etats-Unis et surtout à conforter les options radicales de ses ennemis. Non seulement le «Monsieur gaffes», comme l'écrit le quotidien de Téhéran ARMAN, met aujourd'hui en difficulté tous les modérés du régime iranien mais, pis encore, il les incite même, désormais, à exprimer leur patriotisme. Et c'est ainsi, par exemple, que le rédacteur en chef du journal réformateur SHARGH, repéré par le Courrier International, va jusqu'à évoquer dans son éditorial, la capacité de l’Iran à «mener une guerre à mort contre les Etats-Unis», même si, dit-il, il ne la désire pas. Enfin en dynamitant cet accord, qui devait servir de modèle dans les négociations internationales, Donald Trump a également donné une excuse en or à Pyongyang pour ne pas traiter avec le gouvernement américain, incapable de tenir parole. D'où cette déclaration inquiétante, reprise par THE WASHINGTON POST, déclaration de l'ambassadeur nord-coréen adjoint à l'ONU : La Corée du Nord ne viendra jamais à une table de négociations tant que les Etats-Unis conserveront leur «politique hostile», a-t-il déclaré hier, avant d'ajouter : «Une guerre nucléaire peut survenir à tout moment».

Eux pensaient, sans doute, avoir remporté leur pari. Sauf qu'hier, ils ont tout perdu. Eux, ce sont les Kurdes d’Irak. Hier, en un clin d’œil, ils ont perdu le territoire que leurs combattants avaient acquis de haute lutte face à Daech. Mais surtout la reprise de Kirkouk et de ses champs pétroliers par l’armée irakienne, soutenue par des milices iraniennes, est venue terrasser, une nouvelle fois, leur rêve de progresser vers un Etat indépendant. Et les conséquences pourraient être lourdes. Pour le Kurdistan irakien, tout d’abord, où les représailles, si ce n’est la guerre civile, menacent, prévient ce matin l'éditorialiste du TEMPS. Et puis cet épisode dit aussi le fatras dans lequel se retrouve plongée la région. Le coup de force du premier ministre irakien n’aurait pas pu se dérouler sans le consentement tacite des Américains, lesquels se sont pourtant largement appuyés sur les peshmergas kurdes pour combattre les djihadistes de Daech. Le désaveu pour les Kurdes pouvait donc difficilement être plus cinglant. Sans compter que c'est l'Iran qui sort, aujourd'hui, vainqueur de ces événements. Ou dit autrement, à l’heure où l’administration américaine n’en finit plus de désigner Téhéran comme son principal souffre-douleur, les Kurdes eux attendront, et le monde, lui, attend toujours de voir.

Enfin au titre des grands perdants, que dire de ce rapport exclusif auquel THE GUARDIAN a eu accès : Un document de 6 pages de l'agence onusienne chargée de l'aide alimentaire (PAM) révélant une famine désespérée parmi les Rohingyas. Le quotidien de Londres nous apprend, ce matin, que ce rapport alarmant a été tout simplement mis de côté par l'ONU, à la demande du gouvernement birman. De quoi ajouter, un peu plus encore, à la récente série de critiques portées contre les Nations-Unis, accusées de ne pas avoir suffisamment tiré la sonnette d'alarme sur l'oppression croissante visant cette minorité musulmane.

Par Thomas CLUZEL

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