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Des manifestants arrêtés en République démocratique du Congo sont embarqués dans les camions de la police

L'année 2018 commence dans la tourmente

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Le bilan provisoire de la répression des manifestations de catholiques, dimanche, contre le maintien au pouvoir du président s’est encore alourdie. De son côté, Joseph Kabila reste muet sur son avenir politique.

Des manifestants arrêtés en République démocratique du Congo sont embarqués dans les camions de la police
Des manifestants arrêtés en République démocratique du Congo sont embarqués dans les camions de la police Crédits : JOHN WESSELS - AFP

Après la violente répression des manifestations organisées, dimanche, en République démocratique du Congo contre le maintien au pouvoir du président Joseph Kabila, la principale coalition de l’opposition a présenté, hier, son bilan : 11 morts. C’est trois de plus que le décompte rapporté la veille par les Nations-Unies et plus du double des chiffres avancés par le gouvernement, précise le site MEDIACONGO. Mais c'est surtout autant de cadavres de trop, une barbarie d'un autre genre, s'insurge notamment un leader de l'opposition dans les colonnes de JEUNE AFRIQUE. Même à l’époque de Mobutu, dit-il, jamais l’armée ni la police n’avaient tiré à bout portant dans des églises. La marche des chrétiens prévue pour réclamer l'application de l'accord signé un an plus tôt, prévoyant des élections fin 2017 pour organiser le départ de Kabila, s'est donc achevée dans la douleur, les larmes et surtout dans le sang, sans que l’on ne sache quand prendra fin ce chemin de croix sans issue, écrit l'éditorialiste de L'OBSERVATEUR PAALGA. Et sans issue pourquoi ? Parce qu'un président a décidé de se maintenir impunément au pouvoir, en violation des dispositions de la constitution du pays. 

Quoi qu'il en soit, à l'instar de cette femme abattue d'une balle dans la tête et dont les images ont fait hier le tour du monde, les rares vidéos qui ont pu filtrer auront non seulement mis en évidence la violence perpétrée par les forces de sécurité, preuve qu'en RDC la terreur est érigée en mode de gouvernance peut-on lire sur le site guinéen LEDJELY, mais elles auront également réussi à mettre en lumière la détermination et la défiance aujourd'hui des Congolais à l’égard du pouvoir en place. Et si en coupant internet dans son pays, Joseph Kabila espérait réprimer et étouffer la contestation loin des regards, c’est désormais raté. Dans son message télévisé préenregistré et diffusé dimanche soir, le président a toutefois assuré que des élections auraient bien lieu. La Commission électorale a, en effet, programmé ces élections pour le  23 décembre 2018. Mais au rythme où vont les choses, conclue l'article, rien de garantit que les nouveaux engagements seront respectés. Ou dit autrement, renchérit à nouveau son confrère burkinabé L'OBSERVATEUR PAALGA, l’année 2018 promet d’être, hélas, encore plus tumultueuse que ne le fut celle qui vient d’expirer dans la tourmente. 

En Iran, à présent, les manifestations, là aussi, contre le pouvoir en place, ont fait 13 morts, selon un dernier bilan. 13 morts dont 1 policier, précise la télévision d'Etat, qui continue d'affirmer que les forces de sécurité ne tirent pas mais se contentent de repousser les «manifestants armés». Quoi qu'il en soit, hier, ignorant les appels au calme lancés par le président Hassan Rohani, les protestataires sont donc redescendus dans la rue, pour la cinquième journée consécutive. Et si la plupart des politiciens dénoncent encore aujourd'hui ce qu'ils assimilent à des émeutes, d'autres, remarque THE NEW YORK TIMES, commencent à reconnaitre que les frustrations généralisées à l'origine de ce mouvement ne peuvent plus, désormais, être ignorées. L'occasion pour le quotidien américain de préciser que ce mouvement a des origines bien différentes, en réalité, de celles qui avait conduit à la vague de contestation en 2009, après l'élection contestée du très conservateur Mahmoud Ahmadinejad. C'est ainsi, par exemple, qu’à la différence du «Mouvement Vert», la capitale Téhéran n'apparait pas aujourd'hui comme le centre de ces protestations. Ce sont, au contraire, les gens qui vivent dans les provinces rurales, pourtant longtemps considérés comme favorables aux autorités, qui se retrouvent désormais à la tête de la plupart des manifestations. Parmi eux on trouve, notamment, de très nombreux jeunes. L'âge moyen des personnes arrêtées est inférieur à 25 ans. Il faut dire qu’en Iran plus de 50% de la population a moins de 30 ans. Mais surtout le taux de chômage des jeunes avoisine officiellement les 20%. Et selon de très nombreux experts il se rapprocherait même plutôt des 40%. Autrement-dit, ce que dénoncent aujourd'hui ces manifestants c'est avant tout l'échec du président Rohani, un modéré, à créer des opportunités économiques, en dépit de la levée de certaines sanctions contre l'Iran dans le cadre de l'accord nucléaire. En d'autres termes, renchérit à son tour THE GUARDIAN, les gens en ont assez de l'inflation et du chômage. D'où la conclusion dépitée du quotidien britannique : L'Iran sait faire taire les manifestations. Si seulement elle savait écouter.

Enfin direction Israël, où un tribunal militaire a inculpé dimanche une Palestinienne de 16 ans. Ahed Tamimi avait été arrêtée le 20 décembre dernier après une vidéo devenue virale sur les réseaux sociaux, la montrant en train de frapper deux soldats israéliens en Cisjordanie occupée. Sur ladite vidéo, les soldats demeuraient impassibles, face à ce qui semblait davantage relever de la provocation que de la volonté de faire mal. Mais la justice, elle, a donc décidé d'inculper l'adolescente d’agression aggravée. La date de son procès n’a pas encore été fixée. Aussitôt, cette affaire a soulevé de très nombreuses questions complexes, notamment, sur le rôle prépondérant des mineurs dans l'activisme palestinien dans les affrontements violents avec les forces de sécurité israéliennes, précise THE GUARDIAN. Des préoccupations ont, également, été exprimées au sujet du traitement des mineurs dans le système judiciaire militaire israélien. Toujours est-il que lorsque du côté israélien nombreux sont ceux qui accusent aujourd'hui la famille de la jeune fille de se servir d'elle pour des mises en scène provocatrices devant les caméras, les militants palestiniens, eux, préfèrent la comparer à la «Jeanne d'Arc de Cisjordanie», la célébrant comme un symbole juvénile de la résistance palestinienne. 

Par Thomas CLUZEL

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