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La chancelière allemande, Angela Merkel

Politique, sexe et satanisme

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L'Allemagne entame aujourd’hui des consultations pour sortir de l'ornière politique, après le non accord de dimanche pour former une coalition. Un véritable camouflet pour Angela Merkel.

La chancelière allemande, Angela Merkel
La chancelière allemande, Angela Merkel Crédits : BERND VON JUTRCZENKA / DPA

Tandis que la SÜDDEUTSCHE ZEITUNG s'interroge : comment la grande Allemagne, l’Etat qui peut se targuer de la plus grande réussite en Europe, peut-elle offrir un tel spectacle ?, le magazine SLATE reste, lui aussi, interloqué ce matin face à ce qu'il entrevoit déjà comme le crépuscule d'Angela Merkel, celle à qui le monde entier prédisait pourtant, il y a quelques semaines encore à peine, un quatrième mandat. A force d'habitude, comprenez 12 ans de pouvoir ininterrompu, on avait sans doute fini par croire la chancelière inusable. Et pourtant, nuance déjà le journal de Stockholm DAGENS NYHETER, depuis un certain temps, le recours à son surnom de «Mutti» dans les débats était teinté d'un certain sarcasme. Plus généralement, les tentatives d'explications de la presse après la rupture inattendue des négociations pour la formation d’une coalition en Allemagne tournent autour de la politique et de ces alliances contre nature. Quand certains, à l'instar du journal de Vienne KURIER, jugent que les années de grandes coalitions gauche-droite ont fini par brouiller les repères idéologiques ou quand les compromis de fortune ne suffisent pas, d'autres, comme DIE WELT, préfèrent pointer la responsabilité de ces petits partis qui ne se considèrent plus comme petits. En particulier, les Libéraux et les Verts. Ils sont aujourd'hui convaincus qu’ils ont la chance d’aller au-delà de leur rôle de simple garant de la majorité. Et c’est ce qui expliquerait, toujours selon le journal, qu'ils se soient comportés comme s’ils jouaient à la roulette, avec pour devise de tout gagner ou tout perdre. Enfin pour son confrère DER SPIEGEL, toutes les parties prenantes à ces négociations ont surtout oublié une chose, celle qui soude réellement, au final, une alliance : la confiance. Et d'en conclure, c’est la peur et non la confiance, qui imprégnait l’atmosphère des pourparlers. La peur de se faire avoir.

Et la peur, c'est justement le sentiment qui semble gagner, à présent, nos voisins britanniques.La rupture inattendue des négociations et les brusques interrogations qu’elle suscite aurait difficilement pu arriver à un moment plus délicat pour les négociations sur le Brexit, note notamment THE TELEGRAPH. Même son de cloche chez son confrère THE INDEPENDENT, repéré par le Courrier International, pour qui l’affaiblissement de Merkel permettra à Macron, Barnier, Juncker et leurs alliés de pousser pour un Brexit dur. L’incertitude qui s’est installée à Berlin ne fera que diminuer l’intérêt des Allemands pour le Brexit, s'inquiète à son tour THE TIMES.

Sans compter que l'un des effets évidents du plan de départ du Royaume-Uni est d'accélérer, aujourd'hui, l'intégration de ceux qui restent en Europe, note de son côté THE EVENING STANDARD. Pour preuve, le Brexit n’a pas encore eu lieu que déjà les Etats membres commencent à se partager les premières miettes. Hier, les ministres européens ont décidé de rapatrier les agences européennes se trouvant actuellement à Londres : l’Agence européenne des médicaments et l’Autorité bancaire européenne, la première à Amsterdam et la seconde à Paris. Et comme s’ils voulaient rendre ce premier effet concret du Brexit plus sympathique encore, les Européens se sont conçus, pour l'occasion, une procédure de vote sur mesure, que les plus mauvaises langues comparent à celle de l’Eurovision : un système de vote par points. Ce qui ne doit pas faire oublier, pour autant, le lobbying intense opéré ces dernières semaines par chacune des villes candidates, rappelle LE TEMPS. Les Etats membres sont soupçonnés de s'être livrer entre eux à ce qui s'apparente, ni plus ni moins, à du marchandage. L’offre néerlandaise présentait, par exemple, une exemption d’impôts pouvant aller jusqu’à 30% pendant huit ans pour les fonctionnaires de l’Agence européenne des médicaments et leur famille. Quant à la France, si elle n'a pas proposé d’avantages fiscaux, elle ne s'est pas gênée pour mettre en avant, notamment, son système de sécurité sociale. Quoi qu'il en soit, la Commission européenne, elle, s’est bien gardée de se prononcer sur ce concours. 

L'incompréhension, toujours et encore, à la Une de la presse suédoise qui découvre, avec effarement, des milliers de témoignages de femmes victimes de harcèlement. Si les vagues provoquées par l’affaire Weinstein ont bien fait le tour du monde depuis Hollywood, elles semblent avoir eu un impact encore plus fracassant en Suède. Dans une tribune au quotidien DAGENS NYHETER, sept cents actrices dénoncent les agressions, les viols et le harcèlement qui sont plus «la règle que l’exception» dans leur milieu professionnel. Et puis plus de 4000 femmes travaillant dans le monde judiciaire, cette fois-ci, témoignent également, dans les colonnes du quotidien SVENSKA DAGBLADET. Autant de révélations qui surprennent et indignent dans un pays qui, le mois dernier encore, arrivait au premier rang d’un classement sur l’égalité des sexes publié par la Commission européenne.

Enfin, retour ce matin sur un mythe noir de la culture populaire. Tel un Jack l’éventreur du vingtième siècle, écrit THE NEW YORK TIMES, son nom évoque une histoire légendaire de violence qui a inspiré écrivains, cinéastes et autres durant des décennies. Et pourtant, nuance THE LOS ANGELES TIMES, Charles Manson décédé dans la nuit de dimanche à lundi n’était guère plus qu’un vulgaire parasite, qui s’est posé pile au bon endroit et au bon moment. Dès-lors, pourquoi ce produit monstrueux d'une culture populaire sens dessus dessous, continue-t-il de fasciner ? Et le journal LE TEMPS de tenter d’apporter une réponse, ce matin, en revenant sur le parcours hallucinant de ce gourou psychopathe. Lorsqu’en 1967, il débarque à San Francisco, Charles Manson, cheveux longs et guitare vissée dans le dos, pénètre dans la Mecque de la contre-culture, le pays d’Oz du psychédélisme, flanqué d’un ciel sans nuages apparents que rien ne semblait pouvoir obscurcir. Très vite, Manson séduit ceux qui l’écoutent, fascine, et ne tarde pas à aimanter autour de lui une bande disparate de hippies déboussolés qui, dans le chaos contestataire de l’époque, le prend pour un phare mystique, un messie charismatique. Car le fond de l’air des sixties est satanique. Le prêtre Manson délivre alors la bonne parole, sa flûte (une guitare) hypnotise ses ouailles. Mais bientôt, la marginalité cédera le pas à l’inquiétude, les ressources s’amenuiseront, le LSD aussi. Manson installera peu à peu un régime de terreur et sa folie millénariste contaminera les membres de la Famille. Au nom d’un machiavélisme sans doute idiot, Manson a mélangé, en réalité, toutes les cartes de l’époque, empruntant au vocabulaire de la «free press» la signature de ses crimes : pour Manson, comme pour la presse libre de l’époque, les «pigs » (les porcs) sont les Blancs de l’ordre établi., A cause de leur sauvagerie et de leur gratuité apparente, à cause des signes épars et contradictoires qu’ils émirent, les meurtres d’août 1969 feront de Manson un poison révélateur, la métastase d’un mouvement contre-culturel à bout de souffle. Certes, la violence a recouvert l’ensemble des années 1960 et le «Flower Power» d’un vernis rouge sang (les assassinats politiques, le concert tragique des Stones à Altamont, la guerre du Vietnam, la répression sanglante conduite par l’administration de Nixon), mais en deux nuits fatidiques, toute cette violence, cette opacité d’un monde devenu indéchiffrable, voire sulfureux, s'est cristallisée en une concoction grotesque et effrayante : la politique, le sexe et le satanisme.

Par Thomas CLUZEL

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