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"Le cri" Peinture de Edvard Munch

Mieux vaut ne pas craindre la schizophrénie

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L'Arabie saoudite, régulièrement critiquée pour son intervention militaire au Yémen, dont ont été victimes des milliers de civils, a annoncé une "nouvelle aide humanitaire" de 1,5 milliard de dollars.

"Le cri" Peinture de Edvard Munch
"Le cri" Peinture de Edvard Munch Crédits : LEEMAGE

L’argent, dit-on, n’a pas d’odeur. Mais, dans le cas présent, il est difficile de ne pas le rapprocher de la puanteur que dégagent l’insalubrité et les chairs carbonisées. Hier, l'Arabie Saoudite a annoncé l'octroi d'une nouvelle tranche d’aide humanitaire d’un milliard de dollars pour ... le Yémen. Oui. Vous avez bien entendu. Ceux-là mêmes qui mettent tant d’acharnement à détruire le pays tentent, désormais, de prouver leur commisération à l’endroit même de ceux qu’ils bombardent quotidiennement depuis trois ans. La semaine dernière, déjà, c’étaient deux milliards que le royaume avait accordés à la Banque centrale du Yémen, pour éviter son effondrement. D'où cet édito, à lire ce matin dans les colonnes du TEMPS, intitulé : les milliards de la honte. Combien de temps, encore, devra durer cette cruelle absurdité ?, s'interroge le journaliste, lequel rapporte que dans la même journée, tandis que d'une main l'Arabie Saoudite alignait hier ses dollars, de l'autre elle réduisait en miettes un bâtiment abritant une petite clinique, d'où personne ne pourra plus venir en aide aux cinq enfants qui s’y trouvaient. Bien entendu, on imagine aisément le malaise que devrait susciter un tel grand écart. Sauf que ces milliards lâchés par la Maison royale saoudienne visent, justement, davantage à soulager la conscience des alliés occidentaux que les victimes yéménites. Aujourd’hui, aussi bien les Américains que les Européens semblent un peu honteux en comprenant que le désastre humanitaire actuel est lié à la politique de l’Arabie saoudite. Seulement voilà, personne n’est réellement disposé à mettre la pression sur Riyad et à compromettre ainsi d’importants intérêts économiques. Et l'éditorialiste d'en conclure : il ne s’agit pas d’une «guerre oubliée», comme on le dit souvent, mais bien plutôt d’une guerre qui ennuie et dans laquelle, de surcroît, les Occidentaux ont choisi leur camp.

La schizophrénie, toujours et encore, en Syrie où les frappes de la Turquie contre les positions kurdes s'intensifient.Sauf que non seulement les Turcs se dressent aujourd'hui contre les Kurdes, mais aussi la Russie, l'Iran et le régime syrien contre les États-Unis. De sorte qu'on dirait presque que tout le monde se bat désormais contre tout le monde, résume perplexe la SÜDDEUTSCHE ZEITUNG. Aujourd’hui, les oppositions se déchirent, écrit le journal. Pourquoi ? Parce que la lutte contre les terroristes de Daech occulte depuis longtemps, déjà, tous les autres conflits. Et c'est ainsi que son confrère DER SPIEGEL publie, lui, une photo de char allemand, utilisé aujourd'hui par l'armée turque dans son offensive contre les kurdes, après avoir été utilisé dans la lutte contre l'organisation Etat islamique. En d'autres termes, les mêmes armes qui ont servi à se battre contre l'EI se retournent à présent contre les kurdes, c'est-à-dire ceux-là même qui ont joué un rôle déterminant dans la victoire contre Daech. D'où cette analyse à lire, cette fois-ci, dans les colonnes de DIE WELT. La guerre lancée aujourd'hui par la Turquie est une grave erreur, dit-il, car les kurdes sont un facteur de stabilité en Syrie. Or si les démocraties occidentales sacrifient, une fois de plus, les Kurdes sur l'autel de leurs petits calculs stratégiques, alors le prix à payer sera historique. En clair, ce peuple sans Etat, qui a su apprendre à combattre aussi bien pour le terrorisme que pour la démocratie, sera inexorablement poussé dans la mauvaise direction.

Autre forme d'absurdité ou à tout le moins de bizarrerie, ce matin. C’est désormais acquis, les deux Corées marcheront ensemble lors des cérémonies d’ouverture et de fermeture des prochains Jeux olympiques d’hiver. Ce qui signifie, écrit le magazine SLATE, que les athlètes défileront sous la bannière de la Corée unie. Or ce fameux drapeau, où la Corée entière est représentée en bleu sur fond blanc, ne possède aucun statut officiel, précise le site QUARTZ. Et puis surtout, on a appris que la Corée du Nord et la Corée du Sud proposeront également une équipe unie, dans le tournoi féminin de hockey sur glace. Ce qui semble, pour le moins, cocasse compte tenu des récentes provocations du régime du Nord rendant, a priori, impossible toute idée d’unification avec le Sud, dans un futur proche. 

Direction la Catalogne où le nouveau chef du parlement a présenté, hier, Carles Puigdemont comme unique candidat pour présider à nouveau la région.Ce qui n'est pas sans poser un petit problème, puisque Carles Puigdemont est aujourd'hui en fuite en Belgique, qu'il est recherché par la justice espagnole pour sédition et que s’il remet les pieds en Espagne il sera immédiatement arrêté. Un obstacle considérable, donc, pour cette procédure remarque EL PAIS. Sauf que pour contourner cet obstacle, le bureau du Parlement (à majorité indépendantiste) pourrait envisager la possibilité d’une investiture par liaison vidéo. Et de fait, la loi précise seulement que le candidat doit présenter son programme et demander la confiance de l’assemblée. En revanche, rien n'est dit sur la présence physique du candidat, même si les experts juridiques, eux, estiment qu’elle va de soi. En d'autres termes, cette solution entraînerait un recours immédiat de la justice, précise LA VANGUARDIA. Une situation qui pourrait non seulement faire échouer l’investiture mais, également, ouvrir la porte à … de nouvelles élections.

Enfin ultime grand écart, ce matin, avec l'ouverture du sommet de Davos.C'est aujourd'hui que se rassemble l'élite mondiale, grande gagnante d'une reprise économique qui laisse, en revanche, une bonne partie de la planète à l'écart. C'est en tous les cas ce qu'a tenu à rappeler, hier, l'ONG Oxfam. Et de fait, les chiffres donnent le vertige : au total, les 42 personnes les plus riches détiennent aujourd'hui autant que la moitié de la population mondiale. Si «le ruissellement» se fait toujours attendre, en revanche, à Davos la neige, elle, tombe à gros flocons. Depuis quelques jours, elle s’immisce partout, dans les cols des manteaux et jusque dans les plans du commandant de la police cantonale, raconte LE TEMPS. En raison des intempéries, il faudra prévoir des coûts plus élevés pour la sécurité : jusqu’à 9,5 millions. Mais la neige met, aussi, à mal d’autres plans : c’est elle, en effet, que la commune invoque à présent pour justifier le rejet de la demande de manifester du «comité contre le trumpisme». Car, last but not least, alors que la Suisse est aujourd'hui épinglée par les Etats-Unis pour son excédent commercial et surtout en dépit des propos anti-Davos qu'il avait tenu pendant toute sa campagne, Donald Trump a surpris son monde en annonçant sa venue dans la station grisonne.

Par Thomas CLUZEL

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