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Le nouveau président autrichien Alexander Van der Bellen

La vraie fausse bonne surprise venue d'Autriche

5 min

Chaque matin, l’actualité vue au travers de la presse étrangère. Aujourd’hui : Alexander Van der Bellen a remporté de justesse l'élection présidentielle autrichienne face à Norbert Hofer, évitant à son pays de devenir le premier membre de l’UE à élire un chef d’État d'extrême-droite.

Le nouveau président autrichien Alexander Van der Bellen
Le nouveau président autrichien Alexander Van der Bellen Crédits : Leonhard Foeger

Il est celui que l’on n’attendait pas. Ou plutôt qu’on n’attendait plus. Après un suspens d’un peu moins de vingt-quatre heures, le Ministère de l’intérieur autrichien a finalement publié, hier, les résultats définitifs : le candidat écologiste Alexander Van der Bellen remporte l’élection présidentielle avec 50,3% des suffrages, soit seulement 30 000 voix de plus que son adversaire d'extrême droite Norbert Hofer. Ou dit autrement, quand le quotidien britannique THE GUARDIAN évoque une victoire sur le fil du rasoir, son confrère suisse LE TEMPS note que le candidat écologiste l’a emporté d’un cheveu. Autant dire que la question aurait, quasiment, pu être réglée à pile ou face, note pour sa part le quotidien de Vienne KURIER.

Mais si l'homme qui a réussit à mettre en échec l'extrême droite autrichienne apparaît, ce matin, comme un revenant, que les éditorialistes avaient, sans doute, un peu trop vite enterré après le premier tour, cela ne signifie pas pour autant que les Autrichiens ont voulu mettre un écolo à la tête de l’État, nuance aussitôt la SÜDDEUTSCHE ZEITUNG. 40% des électeurs qui ont voté pour lui au second tour citent, en effet, la nécessité de faire barrage à l’extrême-droite, comme la principale raison de leur choix.

Que faut-il retenir de cette élection présidentielle ? Le sursaut ou l’avertissement ?

Entre d’un côté le sursaut, qui a permis au candidat indépendant de l’emporter, in extremis, et de l’autre l’avertissement représenté par la défaite, sur le fil, du candidat d’extrême droite, c'est plutôt la deuxième lecture qui, à lire la presse ce matin, retient l'attention des commentateurs. Même si un coup d’arrêt a été donné à son ascension, au moins provisoirement, le succès de l’extrême droite autrichienne ne saurait être sous-estimé, prévient ainsi le magazine SLATE. Même analyse pour son confrère DIE PRESSE. Ce serait une erreur que de pérorer devant les caméras. Il n’y a aucune raison de se réjouir, Monsieur le Président, peut-on lire notamment, ce matin, sur le site du quotidien de Vienne. Car ne nous y trompons pas, ce scrutin ne constitue, en réalité, ni une victoire pour les Verts, ni la fin de la poussée de l’extrême droite. Et quiconque croirait à l’une ou l’autre de ces interprétations ferait une grosse erreur, estime l'éditorialiste. Ces élections restent un énorme succès pour Norbert Hofer et son parti le FPÖ. Ce qui signifie, notamment, que quiconque a déjà choisi Hofer une première fois, pourrait facilement réitérer ce choix une deuxième fois, par exemple, lors des prochaines élections législatives en 2018. Or lorsque les Autrichiens éliront leurs parlementaires, il ne sera pas nécessaire, cette fois-ci, au FPÖ d’atteindre la majorité pour revendiquer la chancellerie.

De son côté, la journaliste du GUARDIAN, d’origine autrichienne, se montre elle aussi particulièrement inquiète, ce matin. Dans un article intitulé : battue mais pas brisée l’extrême droite reviendra, elle pointe les profondes divisions qui s’exercent désormais dans son pays. Jusqu’à présent, dit-elle, le vote anti-establishment constituait plutôt une exception en Autriche. En revanche, en devenant socialement acceptable, le FPÖ, fort de sa victoire au premier tour, mais aussi de son très bon score au second, a acquis une légitimité. De sorte que tous les électeurs qui autrefois n’auraient jamais osé exprimer leurs sentiments ailleurs que dans l’isoloir d’un bureau de vote n’hésitent plus aujourd’hui à en faire l’étalage dans les dîners publics. En d'autres termes, si la courte victoire d’Alexander Van der Bellen vient démontrer que l'ascension de l'extrême droite n’est, certes, pas irrésistible, en revanche, elle est insuffisante pour être célébrée comme un coup d’arrêt.

Ce scrutin présidentiel dépasse la seule question de la vie politique intérieure autrichienne.

Non seulement Hofer a remporté une victoire significative pour le FPÖ, mais c'est aussi un succès pour l’ensemble des formations européennes d’extrême droite, relève LA LIBRE BELGIQUE. Qu’un des leurs soit considéré, par la moitié d’un corps électoral, comme digne d’accéder à la tête d’un État, contribue à légitimer leurs idéaux nationalistes, autoritaires et xénophobes. La montée de l’extrême droite en Autriche reflète une tendance qui se répand dans toute l'Europe, renchérit le magazine SLATE. Elle est partie de ce populisme alpin qui touche des régions riches comme la Suisse, avec Christoph Blocher, ou l’Italie, avec la Ligue du Nord. Elle s’apparente, également, aux succès des partis autoritaires et identitaires en Europe centrale, avec le PIS de Jaroslaw Kaczinski en Pologne, mais aussi Viktor Orban en Hongrie ou bien encore le populiste de gauche Fico, allié à un parti xénophobe de droite, en Slovaquie. En réalité, elle renforce le mouvement anti-système dans l’Europe toute entière, de la Scandinavie à la Méditerranée.

C'est ainsi, par exemple, que le jour du deuxième tour de la présidentielle en Autriche, un parti d’extrême droite (inspiré de l’Aube dorée grecque), a fait son entrée au parlement de Chypre. Un succès rendu possible, notamment, parce que les électeurs, lassés par la crise et la corruption, ont largement boudé les urnes. Ici aussi, comme en Autriche, c'est donc un échec pour tous les partis, précise le quotidien chypriote SIMERINI. Et il serait temps pour eux non seulement, d'assumer l'entière responsabilité du fait que la société leur a tourné le dos, mais aussi de trouver des voies de modernisation et de démocratisation pour se rapprocher de la population et amorcer ainsi un nouveau rapport entre représentants politiques et citoyens. En fin de compte, chaque poussée électorale de l’extrême droite répond, certes, à un contexte national particulier, mais les failles de la démocratie représentative, comme les promesses non tenues ou la mondialisation économique sont pour elle autant d’adjuvants, précise à nouveau LA LIBRE BELGIQUE.

A ce titre, on notera d'ailleurs qu'à la demande de ses créanciers et malgré la colère populaire, le Parlement grec vient d'adopter une nouvelle série de mesures d’austérité. Des réformes pourtant contraires aux promesses électorales de Syriza, le parti de Tsipras, comme le rappelle I KATHIMERINI. Et le quotidien d'Athènes d'en conclure : les gens sont en colère car ils ont été dupés, sinon escroqués, par les politiciens, encore une fois. Leur tolérance et leur force sont maintenant épuisées.

Par Thomas CLUZEL

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