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Robert Mueller, ex-patron du FBI, devenu procureur spécial en charge de l'enquête sur une éventuelle collusion entre des proches de Donald Trump et la Russie

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A quelques jours de l'anniversaire de l'élection du milliardaire républicain, le procureur spécial enquêtant sur une ingérence russe présumée dans la présidentielle américaine a mis en accusation, hier, trois membres de l'équipe de campagne de Donald Trump.

Robert Mueller, ex-patron du FBI, devenu procureur spécial en charge de l'enquête sur une éventuelle collusion entre des proches de Donald Trump et la Russie
Robert Mueller, ex-patron du FBI, devenu procureur spécial en charge de l'enquête sur une éventuelle collusion entre des proches de Donald Trump et la Russie Crédits : MANDEL NGAN - AFP

Il a les mâchoires carrées de Batman, la réputation d’incorruptible d’Eliot Ness et, hier, il a lancé ce que la presse outre-Atlantique entrevoit, déjà, comme le début d'une véritable saga judiciaire. Son nom : Robert Mueller. A quelques jours seulement du premier anniversaire de l'élection de Donald Trump, le procureur spécial en charge des investigations sur l'affaire qui empoisonne la Maison Blanche, l'ingérence russe présumée lors de la campagne présidentielle américaine, a désigné ses trois premières victimes. Et non des moindres : Paul Manafort, tout d'abord, l’ancien directeur de campagne du président, mais aussi son associé, Richard Gates. Selon THE WASHINGTON POST, les deux prévenus sont poursuivis pour douze chefs d’accusation, dont celui de conspiration contre les Etats-Unis mais aussi blanchiment d’argent et fraude fiscale. Sauf que dans les actes d’accusation rendus publics hier, il n’y a que peu d’élément, en réalité, attestant une collusion avec Moscou. Le procureur spécial leur reproche principalement des activités de lobbying pour l’ancien président ukrainien pro-russse Viktor Ianoukovitch. En revanche, nettement plus embarrassantes pour l'actuel locataire de la Maison-Blanche sont les poursuites lancées contre l'un de ses anciens conseillers subalternes, George Papadopoulos, lequel a plaidé coupable d'avoir menti aux enquêteurs du FBI. Cet homme chargé des questions de politique étrangère au sein de l'équipe de campagne de Donald Trump a tenté de cacher ses contacts approfondis avec des intermédiaires russes, auprès desquels il avait appris que Moscou détenait de quoi salir Hillary Clinton, sous la forme de milliers d'emails. Bien entendu, aussitôt après ces premières inculpations, Donald Trump a, lui, réaffirmé hier qu'il n'existait «aucune collusion» entre son équipe et la Russie. Il dénonce une «chasse aux sorcières», rapporte ce matin USA TODAY. Et puis sur Twitter il s'en prend, une nouvelle fois, à son ancienne rivale démocrate: «Pourquoi Hillary-la-crapule et les démocrates ne sont-ils pas visés? » Quoi qu'il en soit, précise de son côté THE WALL STREET JOURNAL, les experts s’attendent à ce que ces inculpations ne soient qu’une première étape, visant à obtenir la coopération de potentiels témoins, afin de cibler ensuite d’autres suspects.

Toujours aux Etats-Unis, dans le sillage cette fois-ci de l’affaire Weinstein, une autre polémique a vu le jour. Dans un article publié hier sur le site BUZZFEED, l'acteur de la série «Star Trek», Anthony Rapp, accuse Kevin Spacey de lui avoir fait des avances sexuelles lorsqu’il avait 14 ans. Les faits reprochés remontent à 1986. Aussitôt, la star de «House of Cards» a fait son mea culpa sur Twitter. Sauf qu'en guise de défense, Kevin Spacey en a profité pour révéler son orientation sexuelle. Une manière, en somme, d'éclipser l'affaire en instrumentalisant son «coming out». Une synchronisation d'autant plus regrettable, note le magazine SLATE, qu'elle semble établir un lien entre homosexualité et pédophilie. Selon le site MASHABLE, associer le fait d'être gay et la tentative d'abuser d'un jeune mineur risque d'accentuer les préjugés qui pèsent déjà sur les homosexuels. Et puis toujours dans le mea culpa de Kevin Spacey, un autre élément dérange : la tentative d'excuser sa mauvaise conduite par son état d'ébriété au moment des faits. Or les militantes féministes ne cessent de se battre, justement, pour que l'alcool ne constitue plus, dans l'imaginaire collectif, une circonstance atténuante à des comportements déplacés, du harcèlement ou, pire encore, des agressions sexuelles.

Et à présent, voilà qu'une liste fait trembler le Parlement britannique. Intitulée «Membres du Parlement ayant une grande libido», une liste de 36 députés britanniques conservateurs, dont certains accusés de harcèlement sexuel, circulerait depuis dimanche dans les couloirs de Westminster. L'affaire est à la Une notamment, ce matin, du TIMES, le journal de Londres qui publie sur sa même page une photo grand format, justement, de Kevin Spacey sous sa face la plus sombre, les mains couvertes de sang, en l'occurrence celles de Frank Underwood, son personnage machiavélique de la série «House of Cards». Devant l’ampleur de ces révélations, Theresa May a demandé au président de la Chambre des Communes la mise en place d’un service de médiation indépendant au Parlement, chargé de recevoir les plaintes du personnel. Une disposition insuffisante, s'insurge notamment l'hebdomadaire SPECTATOR. Tant que les harceleurs auront du pouvoir et se sentiront en sécurité, ils continueront, dit-il, et il faudra bien plus qu’un service prêt à récolter les plaintes ou une déclaration à la Chambre des Communes, pour se débarrasser de ces parasites.

En revanche, le silence demeure presque complet au Royaume-Uni où Tariq Ramadan (lequel fait l'objet de deux plaintes pour viols) est aujourd'hui installé. Les médias britanniques semblent, curieusement, très discrets sur cette affaire. La BBC n’a pas relaté l’information. D’autres, comme THE GUARDIAN, THE SUN ou THE DAILY TELEGRAPH, l’ont fait brièvement et de façon essentiellement factuelle. Sans doute, cette absence de retentissement tient-elle largement à l’image très différente du prédicateur outre-Manche par rapport au continent. Si Tariq Ramadan est une personnalité régulièrement présente dans les médias britanniques, il y reste, en revanche, beaucoup moins connu, sauf peut-être lorsque les autorités britanniques, elles-mêmes, ont fait appel à lui, rappelle THE DAILY TELEGRAPH, en le nommant conseiller du gouvernement en matière de lutte contre l’extrémisme après les attentats de Londres en 2005. De son côté le journal de Lausanne LE TEMPS (rappelons que Tariq Ramadan est né en Suisse) publie pour sa part un portrait de Henda Ayari, la première femme à avoir déposé plainte contre l’islamologue pour viol, agressions sexuelles, intimidations et menaces. Elle y dépeint son agresseur comme un manipulateur narcissique et explique avec sincérité qu’elle était sous son emprise morale. Car si Ayari a choisi la liberté à 39 ans, comprenez le refus du salafisme, pendant 20 longues années elle a embrassé ce carcan idéologique qui, croyait-elle alors, aurait raison de son enfance meurtrie et de ses souffrances de femme. Au lieu de cela, elle a vécu l’enfermement, la mise sous tutelle, la confiscation de ses enfants, de ses études et de ses rêves. Et puis lorsqu’elle opte finalement pour la lumière, c’est aussi la pleine lumière. Car dénoncer les milieux fondamentalistes musulmans revient à prendre le risque d’une exposition maximale. Ce qui ne manque pas. C'est ainsi, par exemple, que lorsqu'elle poste sur les réseaux sociaux une photo d’elle sous le voile intégral, et une autre en perfecto noir, l'effet miroir provoque aussitôt les félicitations des uns et la haine des autres. Au final, cette déferlante médiatique a provoqué autant de promesses de dons pour son association d’entraide pour les femmes que d'avalanches de menaces. Et l'article de conclure : Après les projecteurs, c’est désormais un tout autre combat qui l'attend, celui des tribunaux. Le prix pour avoir choisi d’être libre, jusqu’au bout.

Par Thomas CLUZEL

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