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Le prince héritier d'Arabie-Saoudite, Mohammed ben Salmane

Reconfiguration générale

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L'Arabie saoudite a estimé, lundi, que le Liban lui avait déclaré la guerre, en raison de ce qu'elle considère comme des agressions commises par le Hezbollah libanais. Idem avec l’Iran, soupçonnée d’être derrière un tir de missile de rebelles yéménites intercepté au-dessus de l'aéroport de Ryad.

Le prince héritier d'Arabie-Saoudite, Mohammed ben Salmane
Le prince héritier d'Arabie-Saoudite, Mohammed ben Salmane Crédits : FAYEZ NURELDINE - AFP

L'Arabie Saoudite et l'Iran vont-ils bientôt entrer en guerre ? La question posée par le magazine NEWSWEEK a beau être récurrente, la lutte pour le contrôle du Moyen-Orient ces derniers jours aurait atteint un tel niveau d'effervescence que nombre de commentateurs jugent opportun, ce matin, de s'interroger à nouveau : la rivalité entre Riyad et Téhéran va-t-elle nous conduire à une guerre totale ? Sans être directement liés les uns aux autres, trois événements auraient mis le feu aux poudres. La première salve, potentiellement la plus explosive pour la région précise la BBC, a été l'annonce de la démission du Premier ministre libanais, Saad al-Hariri. Telle qu’elle est décrite par les médias saoudiens, la chasse à l’homme aurait visiblement été haletante. Samedi dernier, dans les rues de Beyrouth, au passage du convoi de Saad al-Hariri, tous les appareils électroniques se seraient mis mystérieusement à se brouiller. Un parasitage d’origine iranienne, croit savoir la chaîne Al-ARABIYA. Quoi qu'il en soit, au même moment, le sang du Premier ministre libanais n’aurait fait qu’un tour. Et c'est ainsi qu'une fois à l’abri, en Arabie Saoudite, Saad Hariri a non seulement évoquer cette tentative d’assassinat, mais surtout démissionner dans la foulée. De leur côté, les commentateurs libanais ne croient guère à cette thèse officielle. À défaut d'être dans le secret des princes, écrit l'éditorialiste de L'ORIENT LE JOUR, il faut se contenter de la partie visible de l'iceberg pour tenter de cerner les tenants et les aboutissants de cette mystérieuse démission. Et de rappeler, tout d'abord, que c'est l’Arabie saoudite qui, exerçant son influence et finançant notamment sa campagne électorale, avait imposé Saad al-Hariri au Liban, l’année dernière. Ensuite, il apparaît évident que la teneur du communiqué lu par le Premier ministre, à Riyad, est aux antipodes de la politique de conciliation qu'il a toujours défendu, notamment en choisissant de cohabiter (bon gré mal gré) avec le Hezbollah, et de composer autant que faire se peut avec ses rivaux chiites afin de préserver la stabilité de son pays. De ce point de vu, le ton du communiqué constitue, donc, non seulement un point d'inflexion inattendu dans la ligne de conduite de Saad al-Hariri, mais surtout une véritable déclaration de guerre à l'Iran et au Hezbollah.

Et cette démission annoncée à Riyad apparaît d’autant plus spectaculaire qu’elle a coïncidé avec l’arrestation, en Arabie Saoudite, de dizaines de princes et de personnalités de haut rang : une vaste purge décidée par le prince héritier, Mohammed ben Salmane. Une coïncidence, note LE TEMPS, qui donne à l’exercice les allures d’une reconfiguration générale. Comme si, non content de faire un vaste ménage à l’interne qui vise à le débarrasser de tout rival possible, le futur roi Ben Salmane s’employait aussi à mettre tous les canons en place en direction de son principal adversaire: l’Iran chiite. Dès-lors, la démission fracassante du Premier ministre libanais serait-elle le point de départ d'une nouvelle phase décisive de cette grande bataille dont l'Arabie saoudite se fait le porte-étendard dans la région ? Quoi qu'il en soit, force est de relever que cette déclaration de guerre s'inscrit dans le sillage d'une vaste opération, entreprise à l'échelle régionale et internationale, contre l'expansionnisme iranien et dont le président américain est aujourd'hui l'élément moteur. Car n'oublions pas que Donald Trump considère, lui aussi, les ingérences de la République islamique comme la principale source de déstabilisation pour la région. En ce sens, cette purge de hauts fonctionnaires, ce «Game of Thrones» à la sauce saoudienne écrit THE NEW YORK TIMES, met en lumière à la fois les changements agressifs qui se produisent dans le royaume, mais également les risques possibles de la nouvelle relation étroite que la Maison-Blanche a forgée avec Riyad, note le site de la chaîne CNN. Et d'ailleurs, ce matin, depuis la Corée où il est en visite, Donald Trump a tenu a exprimé la «grande confiance» qu'il porte au roi d'Arabie saoudite et au prince héritier, ajoutant sur Twitter qu'«ils savent exactement ce qu'ils font».

Et puis les yeux se tournent, également, à présent vers Israël. Cela fait plus de six ans, maintenant que l'Etat hébreu regarde les grandes puissances du Moyen-Orient s’entre-déchirer, sans pour autant participer à cette danse de mort régionale, commente à nouveau L'ORIENT LE JOUR. Et pour cause, en Syrie notamment, Israël voyait plutôt d'un bon œil le maintien d'un régime Assad affaibli. Sauf qu'il n'avait sans doute pas prévu que cette situation profiterait essentiellement à ses ennemis, en l'occurrence l'Iran et le Hezbollah, désormais en position d'ouvrir un second front contre l'État hébreu, à partir du Sud syrien. Toujours est-il que le prince héritier d'Arabie Saoudite, lui, semble être prêt à tout, désormais, pour arriver à ses fins. Ce qui n’est pas nécessairement une bonne nouvelle, ni pour l’Arabie saoudite ni pour la région. Car ses adversaires sont tout aussi radicaux que lui. Or le choc entre deux radicalités est la route la plus rapide vers la guerre. Enfin, dernier événement en date, l'Arabie saoudite et l'Iran se sont livrés, hier, à une violente passe d'armes au sujet cette fois-ci du Yémen, après un tir de missile de rebelles yéménites pro-iraniens, intercepté au-dessus de l'aéroport international de Riyad samedi soir. Les autorités saoudiennes ont aussitôt accusé l'Iran d'être derrière ce tir qui pourrait, selon elles, «équivaloir à un acte de guerre».

Enfin toujours s'agissant de reconfiguration régionale et internationale, la question se pose, également, avec la tournée asiatique de Donald Trump. Ou quand Donald Trump passe le relais à Xi Jinping. Le président américain sera reçu demain, à Pékin, un an jour pour jour après son élection. Ou dit autrement, le président américain célébrera le premier anniversaire de son élection improbable dans un lieu non moins improbable, au Palais du peuple, sur la place Tiananmen, au centre de la capitale chinoise. Et, nul doute, qu'il aura droit à un accueil chaleureux. Xi Jinping est prêt à offrir beaucoup à cet hôte providentiel. Et après tout, d'ailleurs, ce n’est qu’un juste retour des choses. Donald Trump lui a tant facilité la tâche, écrit l'éditorialiste du TEMPS. Sur le plan commercial, tout d'abord, en biffant un accord de libre-échange avec l’Asie de l’Est, la Maison-Blanche a donné un second souffle au projet jusque-là moribond de Route de la soie de Pékin. Sur le plan diplomatique, ensuite, en reniant l’accord sur le climat, Trump offre à la Chine le premier rôle pour régler cette question cruciale du XXIe siècle. Enfin sur le plan multilatéral, en décrédibilisant l’ONU, le président américain permet à la Chine de peser sur la gouvernance mondiale de demain. Et on pourrait ainsi multiplier les exemples illustrant le hara-kiri de la puissance américaine. Et le journal d'en conclure, même si son narcissisme maladif, flatté par le faste de son accueil, l’aveuglera sur les intentions réelles du Parti Communiste Chinois, Donald Trump s'apprête ni plus ni moins a passé le flambeau du pouvoir américain à la Chine.

Par Thomas CLUZEL

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