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Cordons de sécurité sur les lieux de l'attaque à la camionnette à New-York

Terreur et confusion

5 min
À retrouver dans l'émission

Le chauffeur d'une camionnette a fauché des cyclistes et des passants hier à Manhattan, faisant huit morts et 11 blessés, dans le premier attentat meurtrier à New York depuis 2001. Le maire de New York a qualifié cette attaque d'"acte lâche de terrorisme", sans parler de djihadisme.

Cordons de sécurité sur les lieux de l'attaque à la camionnette à New-York
Cordons de sécurité sur les lieux de l'attaque à la camionnette à New-York Crédits : MOHAMMED ELSHAMY / ANADOLU AGENCY

Tom, 36 ans, avocat dans le quartier de West Village, raconte dans les colonnes du NEW YORK TIMES, ce matin, qu'il faisait son jogging, hier, lorsqu'il a commencé à voir des cyclistes allongés dans les buissons. «Je me suis approché pour voir si je pouvais les aider. Pas de réponse. Ils étaient inconscients. Il y avait du sang. Beaucoup de sang. Et puis, j'ai remarqué les membres déchiquetés. C'est là que j'ai réalisé que j'étais face à des cadavres». Hier, pour tous ceux qui ont été confrontés à la tragédie de New York, écrit le journal de la métropole, même plusieurs heures après le drame, la scène semblait encore trop irréelle pour y croire : en cette journée ensoleillée, où beaucoup parcouraient les rues dans des déguisements plus effrayants les uns que les autres (prêts à fêter Halloween), la mort est devenue réalité.

THE CHICAGO TRIBUNE décrit, lui aussi ce matin, la confusion qui régnait hier au moment de l'attaque à la camionnette sur la piste cyclable qui longe la rivière. Face à l'agitation, certains se sont d'abord demandé si c'était une farce. Et puis des cris ont alors résonné de manière toujours plus intense et trop viscérale pour n'être que ceux des simples badauds qui venaient participer au grand défilé costumé. Certains ont aussitôt pris leur téléphone portable, captant des bribes du chaos sur vidéo. L'épave de la camionnette. Les bicyclettes froissées. Et les corps sans vie. Sur l'une d'entre elles, on aperçoit même une silhouette qui semble être celle du tueur, essayant de s'échapper à pied. Car après avoir fauché plusieurs cyclistes et passants (faisant huit morts et au moins 11 blessés), le tueur est sorti de son véhicule, armé de deux armes de poing : un fusil à air comprimé et un fusil de paint-ball. «On a d’abord cru que c'était un truc d'Halloween», raconte à nouveau un étudiant dans les colonnes du NEW YORK POST. «Et puis il a commencé à courir sur la chaussée». C'est à ce moment-là que les policiers lui ont tiré dessus, avant de l'appréhender. L'homme a été touché à l'abdomen et a dû être hospitalisé. Son identité n'a pas été révélée par les autorités, la police précisant uniquement qu'il est âgé de 29 ans. Mais selon plusieurs journaux américains il pourrait s'agir d'un certain Sayfullo Saipov, un Ouzbek arrivé aux Etats-Unis en 2010. Certains médias, dont CNN, indiquent par ailleurs que le chauffeur aurait crié «Allah Akhbar» en sortant de son véhicule. En revanche, aucun responsable n'a confirmé dans l'immédiat cette information. Enfin, sans attendre la confirmation de la police et du FBI, Donald Trump, lui, a évoqué l'organisation Etat islamique : «Nous ne devons pas permettre à l'EI de revenir ou entrer dans notre pays après les avoirs vaincus au Moyen-Orient et ailleurs. Assez!», a tweeter le président américain.

Toujours aux Etats-Unis, avant l'attaque de New York, l’enquête sur l’ingérence russe dans la présidentielle américaine a continué d'alimenter le débat, hier, toute la journée. Quand «les Fake News font des heures supplémentaires!», a notamment réagi Donald Trump. Un Tweet particulièrement représentatif de sa façon de répondre aux attaques : nier, tout en essayant de détourner l'attention. Et puis certains médias, dont FOX NEWS, semblent obsédés par deux autres affaires qui, selon eux, sont bien pires que ce qu'ont pu faire les proches du président inculpés par le FBI. Il y a, d'une part, le fait qu'un membre de l'équipe de campagne de Clinton a financé en partie un dossier sur Trump. Et, d'autre part, la décision prise par le gouvernement Obama en 2013 d'approuver la vente du groupe minier canadien «Uranium One» à une société russe, après que le groupe eut fait des dons à … la Fondation Clinton. Or dans ces deux cas, le FBI n'a pas ouvert d'enquête. Voilà pourquoi selon Sean Hannity, le présentateur le plus trumpien de la chaîne précise le magazine SLATE, il y aurait deux systèmes de justice aux Etats-Unis : «un pour les Clinton, la gauche et tous leurs amis, et un autre pour le reste des Américains». Et c'est ainsi qu'il a notamment invité sur son plateau télé un ancien conseiller de Trump, connu pour ses liens avec des néonazis hongrois, pour «expliquer pourquoi un nouveau procureur doit être nommé pour enquêter sur Hillary Clinton».

Enfin toujours au lendemain des premières inculpations de proches de Donald Trump, c’est au tour de Facebook, Twitter et Google de rendre des comptes sur la Russie. Depuis hier, les géants de l'internet s’expliquent, en effet, devant le Congrès américain pour dénouer les fils de la campagne de désinformation russe pendant la présidentielle. Une annonce, en particulier, a fait l’effet d’une bombe : la campagne de propagande orchestrée par la Russie pour avantager le candidat Trump, (notamment par le biais de posts sur Facebook) aurait atteint pas moins de 126 millions d’Américains. Ou dit autrement, plus de la moitié des utilisateurs américains de Facebook ont été exposés à cette propagande dans les mois menant à l’élection présidentielle, calcule ainsi THE VERGE. Ce qui signifie, aussi, que près de la moitié des électeurs américains ont peut-être vu ces posts lancés par des trolls russes, renchérit pour sa part THE DAILY BEAST. Et c'est ainsi que Facebook, Google et Twitter se retrouvent mis en cause, non seulement pour avoir véhiculé cette propagande, mais aussi pour leur peu d’empressement à s’y intéresser. Ou quand les réseaux sociaux se retrouvent pris au piège. Jusqu’à il y a peu, ils se drapaient dans leur ambition de protéger la liberté d’expression. A présent, les voici accusés de saper la démocratie, lance THE FINANCIAL TIMES.

Hier, Facebook, Twitter et Google se sont engagés devant le Congrès américain à tirer les leçons de la campagne présidentielle. Reste à savoir si Facebook, fort de 2 milliards de membres (plus grand que n’importe quel continent, excepté l’Asie, en termes de population), n'est pas en train d'échapper à son créateur ? Dans son dernier numéro, le COURRIER INTERNATIONAL pose la question : Facebook est-il devenu incontrôlable ? Et de citer notamment THE NEW YORK MAGAZINE : Comment être certain aujourd'hui que Facebook protège réellement notre démocratie ? N’est-ce pas plutôt nous qui devrions défendre la démocratie contre Facebook ? Seule certitude, la manipulation des réseaux sociaux par des Etats étrangers, mais aussi par des organisations terroristes, est bel et bien devenue aujourd'hui l'un des plus grands défis pour notre démocratie.

Par Thomas CLUZEL

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