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Le supertanker "Sanchi" en flammes, avant de sombrer en mer de Chine

Sortir du mutisme

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Deux nappes de carburant, dont la surface totale couvre 109 km², se sont échappées du superpétrolier iranien qui a sombré, dimanche, en mer de Chine orientale. Cet accident a provoqué la pire marée noire depuis des décennies.

Le supertanker "Sanchi" en flammes, avant de sombrer en mer de Chine
Le supertanker "Sanchi" en flammes, avant de sombrer en mer de Chine Crédits : TRANSPORT MINISTRY OF CHINA - AFP

Rares sont les journaux à y consacrer, sinon leur première page, à tout le moins quelques lignes. Le silence radio est même assourdissant. Et pourtant, le naufrage dimanche dernier du pétrolier iranien «Sanchi», en mer de Chine orientale, pourrait provoquer une catastrophe écologique majeure. Pendant plusieurs jours, nombre d'images ont certes circulé, notamment grâce aux médias d’Etat chinois, lesquels ont diffusé des vidéos spectaculaires du navire en perdition. Mais depuis que le mastodonte gît au fond de l'eau, pas un mot sur les conséquences possibles du désastre. Sauf que les chiffres sont là. A Pékin, sur la chaîne d’information continue CGTN, un expert prévient d'ores et déjà que les opérations de dépollution pourraient nécessiter des dizaines, voire une centaine, d’années. Et puis dans les colonnes du NEW YORK TIMES, un spécialiste des marées noires de l'université de l'Alaska évoque, lui, le plus gros rejet de condensats dans la nature de toute l'histoire du pétrole. Or, les condensats sont des hydrocarbures extrêmement légers. Et c'est ce qui explique qu'une fois rejetés en mer, ils ne forment pas une nappe de pétrole, caractéristique des marées noires. En revanche, ils génèrent sous l’eau un panache d’hydrocarbures, invisible depuis la surface, mais qui n'en demeure pas moins particulièrement toxique pour la faune et la flore. Et c'est là, sans doute, que réside en partie le black-out médiatique autour de cette  catastrophe, car la région est utilisée comme terrain d'hivernage par de nombreuses espèces comestibles courantes. Et puis autre indice non négligeable, susceptible d'expliquer là encore ce phénomène d’autocensure relève LE TEMPS, la zone en question se trouve à proximité d’un champ gazier exploité par la Chine et à l’origine d’un important contentieux territorial entre Pékin et Tokyo. De quoi expliquer, probablement, l'absence de commentaires, notamment, de la part du gouvernement nippon, pourtant connu pour ses prises de position agressives face aux visées territoriales de son voisin chinois. 

Sortir du mutisme, là encore. A tous ceux qui doutaient que les effets de la crise de l'Union Européenne sont monumentaux, il suffit de regarder le nombre de manifestations partout en Europe. En Grèce, tout d'abord, où la population ne décolère pas, après que les députés ont entériné de nouvelles réformes budgétaires, réclamées par les créanciers en échange d’un déblocage de nouvelles tranches d’aide financière. La nouvelle loi restructure, notamment, les allocations familiales et restreint le droit de grève, en relevant de 33 à plus de 50% le seuil de voix nécessaire dans une entreprise pour débrayer. Aussitôt, le mouvement de contestation a provoqué d’importantes perturbations dans les transports, les écoles et les hôpitaux, raconte le quotidien I KATHIMERINI. Même la terre s'est mise à trembler, lundi soir, avec un séisme ressenti jusqu'à Athènes. Une pilule amère à avaler, aussi, pour le parti dominant de la coalition au pouvoir, Syriza, né dans le creuset de la gauche radicale. Sans compter que la casse sociale provoquée par l’amputation massive des retraites et de l’assurance-maladie depuis maintenant 7 ans, rappelle LE TEMPS, continue de doper les scores du parti d’extrême droite Aube dorée, prompt à surfer sur la crise des migrants.

En Autriche, là, il y a longtemps qu'on n'avait pas vu ça, se réjouit le quotidien de Vienne KURIER. Une manifestation a rassemblé plus de 20 000 personnes dans les rues de la capitale. C’était dimanche dernier. Manifestation contre la politique antisociale du gouvernement mais, aussi, contre les orientations du tout nouveau ministre de l’Intérieur, issu du parti d'extrême droite FPÖ, lequel s'est dit désireux de «concentrer» les réfugiés dans des centres. D'où la question inquiète soulevée par le journal suisse TAGES-ANZEIGER : sur la politique migratoire, le jeune chancelier Kurz aura-t-il la force de tracer une frontière ou bien laissera-t-il les populistes de droite mener la barre ?

Direction la Hongrie, à présent. Là-bas, les quatre millions de mécontents et de dépossédés se manifesteront-ils, enfin, dans le pays ?C'est le cri désespéré lancé, notamment, cette semaine par l'hebdomadaire de Prague HVG. Car sans un véritable mouvement populaire, les chances de l'opposition de triompher du parti au pouvoir, lors des prochaines législatives prévues en avril, seront minces sinon nulles. Deux partis de gauche viennent de se mettre d'accord pour présenter un candidat commun. Preuve que la diversité politique hongroise transparaît encore çà et là. Pour autant, se désole toujours l'hebdomadaire, s'il arrive de manière isolée qu'on entende un dernier cri désespéré provenant d'un politique issu de l'opposition ou d'un citoyen, le temps n’est jamais bien long avant que celui-ci ne se résigne et ne s'effondre. A l'inverse, le camp Orbán, lui, a beau être minoritaire, il n'en demeure pas moins organisé, discipliné et loyal, pour le meilleur et surtout pour le pire. Sans compter que la presse pro-gouvernementale cette fois-ci, à l'instar du quotidien MAGYAR HIRLAP, a d’ores et déjà commencé à distiller son venin : si l'opposition prenait le pouvoir, assure le journal, alors la Hongrie serait en proie à une crise des réfugiés.

La question de l’immigration c'est sur ce thème que se jouera, également, la prochaine campagne électorale en Italie. Pourquoi ? Réponse d'IL MESSAGERO, repéré par le Courrier International : tout simplement parce que c'est un thème payant en matière de voix. Tous les sondages s’accordent à le dire. Près d’un Italien sur trois votera pour des partis qui promettent de la rigueur sur la question migratoire. Et c'est ainsi notamment qu'on a pu entendre, lundi, sur les antennes de RADIO PADANIA, le candidat de la Ligue du Nord aux élections régionales de Lombardie invoquer la nécessité de préserver «la race blanche», avant de se raviser, parlant de «lapsus». D'où ce commentaire inquiet d'IL FOGLIO : espérons que ce dérapage ne soit pas l’avant-goût d’une campagne qui ne se jouerait que sur les émotions et l’exaspération. La politique a déjà l’air peu attirante, écrit l’éditorialiste, mieux vaudrait ne pas la rendre carrément repoussante.

Enfin preuve que, décidément, la question migratoire irrigue aujourd'hui toute la politique européenne : hier, le ministre allemand de l'Intérieur a estimé que le nombre de demandeurs d'asile, pourtant en baisse d'un tiers l'an dernier, était encore trop élevé. Or c'est justement sur cette question de l'immigration que le numéro un social-démocrate, Martin Schulz, peine aujourd'hui à apaiser les craintes de la base de son parti, après l'accord préliminaire conclu avec les conservateurs. Selon DIE TAGEZEITUNG, le SPD a eu tort d'avaliser la limitation du nombre d'immigrés par an. Et d’en conclure : tous les progrès effectués durant les dernières années en matière de politique migratoire se retrouvent, désormais, anéantis par les plans de la grande coalition. 

Par Thomas CLUZEL

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