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Soldats des Forces démocratiques syriennes (FDS) dans les décombres de Raqa

Libération !

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Après des mois de combats qui ont transformé la ville en un champ de ruines, l'organisation djihadiste Etat islamique a perdu Raqa. Avec la chute de son ex-capitale, Daech voit son "califat" quasiment réduit à néant en Syrie.

Soldats des Forces démocratiques syriennes (FDS) dans les décombres de Raqa
Soldats des Forces démocratiques syriennes (FDS) dans les décombres de Raqa Crédits : MORUKC UMNABER / DPA

La «capitale» syrienne de Daech n'est plus. Selon un porte-parole des Forces démocratiques syriennes (cette alliance de combattants incarnée pour une écrasante majorité par des kurdes, auxquels Washington s’est employé à adjoindre des tribus arabes sunnites), Raqa a été entièrement libérée, hier, des mains de l’organisation Etat islamique. Et ce matin, pour la plupart les photos publiées montrent, évidemment, la joie et l’émotion des conquérants. Mais pas seulement. Sur d'autres clichés, on mesure aussi la dévastation. La campagne militaire, débuté il y a 4 mois, a laissé derrière elle une ville fantôme, écrit THE NEW YORK TIMES. Au plus fort des combats, on estime qu’un obus (tiré, depuis une base américaine située à une vingtaine de km à l'extérieur de la ville) s’abattait toutes les huit minutes, de jour comme de nuit. Si bien qu'aujourd'hui, raconte l'envoyé spécial du quotidien, il est difficile de trouver une rue ou même un bâtiment qui n'ait pas été endommagé par les combats. Partout, la destruction physique de la ville est omniprésente. Quant au bilan humain, l'Observatoire syrien des droits de l'homme (basé à Londres) fait état de plus de 3000 morts parmi les combattants, de part et d'autre, et plus d'un millier de civils tués par les bombardements de la coalition.

Depuis, nombre de journaux titrent donc sur la fin présumée de l'EI, du moins sous sa forme territoriale actuelle. De la naissance à la chute de Daech, écrit en particulier THE WASHINGTON POST. Mais après ? A quoi faut-il désormais s'attendre ?, s'interroge de son côté le site de la chaîne CNN. Il y a plusieurs mois, déjà, les chefs de l’EI avaient enjoint leurs sympathisants à la patience et à se préparer à une nouvelle étape d’insurrection qui suivrait la fin du califat. Cette nouvelle étape est désormais ouverte. Et puis l'autre incertitude concerne la reconstruction de la ville. A ce titre, les photos publiées témoignent, également, du difficile équilibre de l’exercice. Sur l'une d'entre elles, en particulier, entre deux drapeaux des Forces démocratiques syriennes, flotte sur le champ de ruines le portrait souriant d’Abdullah Ocalan, le chef des Kurdes de Turquie du PKK, une organisation considérée comme un mouvement terroriste par … les Etats-Unis.

Autre libération et autres questionnements, ce matin, depuis qu'un ex-otage canadien a livré le récit effroyable de ses 5 ans de captivité en Afghanistan. Joshua Boyle, sa femme et leurs trois enfants sont de retour au Canada. Et déjà de nombreuses questions émergent, tant le profil de ce père de famille paraît atypique. En clair, précise le site OTTAWA CITIZEN, depuis quelques jours les commentaires font de lui au mieux un idiot, au pire sympathisant terroriste. Joshua Boyle (canadien) et sa femme (américaine) ont été capturés en octobre 2012. En plein périple façon routards, ils s’étaient donné pour mission de venir en aide aux populations défavorisées vivant sous le joug des talibans. Sa femme était alors enceinte de sept mois. Et leurs trois enfants, âgés aujourd’hui de 4 ans, 2 ans et 4 mois, sont tous nés en captivité. Le couple attendait même un quatrième enfant, qui selon les déclarations du père, aurait été tuée par les ravisseurs. Les talibans, eux, ont démenti être responsables de la mort de l’enfant. Ils évoquent une fausse couche et affirment, par ailleurs, ne pas avoir non plus violé sa femme, ainsi que Joshua Boyle l'a décrit dans une déclaration, la gorge nouée, depuis l'aéroport de Toronto.

Ensuite et comme souvent dans ce genre d’affaire, les circonstances de la libération des otages restent opaques, note la correspondante du TEMPS. L’armée pakistanaise, aidée par le renseignement américain, serait parvenue à les libérer. Voilà pour la version officielle. De son côté, une source talibane haut placée affirme que les ravisseurs avaient eux-mêmes décidé de libérer les otages. Autre zone d’ombre : à Islamabad, Joshua Boyle aurait refusé de monter dans un avion militaire américain. L’ex-otage explique avoir simplement voulu retrouver ses parents, près de Toronto. Mais une autre version, déjà, circule : Joshua Boyle aurait eu peur de remettre les pieds aux Etats-Unis, en raison de ses liens avec un ex-détenu de Guantánamo. Fasciné par l’islam, il avait en effet pris fait et cause pour un certain Omar Khadr, un Canadien capturé en Afghanistan à l’âge de 15 ans et emprisonné à Guantánamo pendant dix ans avant d’être libéré et transféré au Canada. L'homme, qui a fini par plaider coupable pour cinq chefs d’accusation (dont ceux de crimes de guerre et de meurtre d’un soldat américain) en échange d’une réduction de peine, est issue d’une famille salafiste de Toronto. Il a combattu aux côtés des talibans. Et son père était un cadre d’Al-Qaïda, proche d’Oussama ben Laden. Quant à Joshua Boyle, il a épousé sa sœur en 2009, mariage qui n’a duré qu’un an. Dès-lors, Joshua Boyle n'est-il vraiment qu'un simple aventurier idéaliste et naïf ? Les points d'interrogation concernant les motivations de cet homme et son parcours pourraient bien ne pas être dissipés de sitôt.

Direction Barcelone, à présent, où des milliers de catalans sont descendus dans la rue, hier, pour exiger la libération de deux responsables indépendantistes inculpés pour sédition, soupçonnés d'avoir planifié le référendum interdit. Des bougies pour la liberté, titre ce matin EL PERIODICO. Hier soir, ils étaient en effet des dizaines de milliers armés de bougies à crier «Liberté pour les prisonniers politiques». Il faut dire que l'incarcération des «deux Jordis», comme les surnomme la presse espagnole, est ressentie par beaucoup, en Catalogne, comme un acte de répression. J’ai franchement honte de cet État qui au XXIe siècle a encore des prisonniers politiques. Sommes-nous vraiment en Europe ?, s'interroge notamment l'éditorialiste nationaliste du journal EL PUNT AVUI. De son côté, le journal conservateur madrilène ABC préfère noter, ce matin, combien le chef du gouvernement catalan, Carles Puigdemont, se retrouve aujourd'hui piégé, tiraillé entre d'un côté les plus radicaux, qui lui demandent d'aller de l'avant, et de l'autre tous ceux qui lui recommandent de faire retomber la pression et surtout éviter que le gouvernement espagnol ne suspende définitivement l'autonomie de la région. Or le temps presse : le délai accordé par Madrid pour qu'il renonce à ses desseins séparatistes prendra fin demain à 10h00.

Enfin s'agissant toujours de libération, lui espère tout simplement libérer la Maison-Blanche de Donald Trump. Lui, c'est Larry Flynt. Le roi du porno, fondateur du magazine Hustler, a passé il y a quelques jours une petite annonce dans THE WASHINGTON POST promettant une récompense de 10 millions de dollars à toute personne possédant des informations compromettantes pouvant mener à la destitution du président américain.

Par Thomas CLUZEL

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