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L'ex leader indépendantiste Carles Puigdemont

A chacun son ennemi

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Carles Puigdemont, exilé en Belgique depuis fin octobre, brigue à nouveau la présidence de sa région mais risque d'être arrêté et placé en détention provisoire s'il rentre en Espagne.

L'ex leader indépendantiste Carles Puigdemont
L'ex leader indépendantiste Carles Puigdemont Crédits : JONATHAN NACKSTRAND - AFP

L'alerte a été donnée en Espagne. La menace est imminente et les forces de l'ordre sont désormais sur le qui-vive «partout». «Nous ferons tout ce qu’il faut pour qu’il ne puisse pas entrer dans le pays», ni via des chemins communaux, ni dans le «coffre d’une voiture», pas plus qu'en «hélicoptère», en «bateau» ou en «ULM». En s'exprimant ainsi avec force, hier, à la télévision publique TVE, le ministre de l'intérieur désignait-il un serial-killer ou un dangereux djihadiste ?, interroge le correspondant du TEMPS. Non. Seulement Carles Puigdemont, dont il faut bien reconnaître qu'on a du mal à rapprocher sa bobine de Beatles rassurante de celle d'un dangereux criminel. Il suffit, d'ailleurs, pour s'en convaincre de regarder la vidéo qui, hier, a fait le tour des réseaux sociaux en Espagne. On y voit l'indépendantiste catalan, en train de boire un café dans un centre commercial de Copenhague. Soudain, un passant s'approche, lui tend un drapeau rouge et or, avant de lui lancer : «Prenez-le et embrassez-le s'il vous plait». Puigdemont, souriant, lui répond qu'il n'a «aucun problème» avec le drapeau espagnol. Et par deux fois, même, il embrasse la bannière nationale. En partageant cette vidéo sur son compte Twitter, Puigdemont ajoutera ce message : «un jour, ils comprendront que nous n'avons aucun problème avec l'Espagne ou son drapeau». Mais alors pourquoi une telle fébrilité de la part du gouvernement espagnol, face à celui qu'EL PAIS traite encore dans son éditorial d'illuminé ? Sans doute la réponse est-elle à trouver du côté de Bruxelles. Aujourd'hui, le leader indépendantiste doit, en effet, y rencontrer le tout nouveau chef du parlement catalan. Une simple perspective considérée, par les autorités de Madrid, comme un affront insupportable. Sauf que pour éviter des divergences avec son homologue belge, la justice espagnole a préféré, pour l'heure, renoncé à demander son arrestation. Et c'est ainsi que Carles Puigdemont et les autorités de Madrid continuent, donc, à jouer au chat et à la souris. C’est un peu comme une partie d’échecs, résume pour sa part le directeur de LA VANGUARDIA, où chaque joueur se préserve d’avancer une pièce, de peur que le coup ne soit favorable à son adversaire.

Direction à présent la Belgique, justement, où les autorités ont débuté hier l'examen d'un projet de loi controversé, permettant aux forces de l’ordre de pénétrer dans des lieux privés, susceptibles d’accueillir des étrangers en situation illégale. Et en l’état ce texte est inacceptable, tranche déjà ce matin l'éditorialiste de LA LIBRE BELGIQUE. Même son de cloche du côté des organisations qui défendent les droits humains, pour qui ce projet de loi est un coin enfoncé dans la porte. De son côté, le ministre de la Justice a, lui, immédiatement dénoncé la polarisation de ce débat, avant de préciser que ce texte ne prévoyait pas de perquisitions mais des «visites domiciliaires», qui ne peuvent pas être demandées pour n’importe qui et à n’importe quel moment. En clair, leur but est de faire en sorte de pouvoir avoir accès au domicile où se trouvent les étrangers, vis-à-vis desquels existent, déjà, des mesures exécutoires d'éloignement ou de refoulement. De son côté, le secrétaire d'Etat à l'Asile a tenu à rappeler, hier, que «l’inviolabilité du domicile n’est pas un droit absolu», tout en estimant que ce projet permettait d’avancer avec une politique d’asile «ferme et humaine». Bref, à l’entendre, le gouvernement chercherait simplement par cette loi à mettre en œuvre sa politique de retour dans un cadre juridique sûr et conforme aux droits fondamentaux. Quoi qu'il en soit, voici bel et bien un nouvel épisode dans le bras de fer qui oppose, actuellement, le gouvernement belge et les citoyens qui contestent sa politique migratoire musclée. Depuis plusieurs mois, en effet, un réseau citoyen s’est organisé autour d'un parc de Bruxelles, proche de la gare, pour venir en aide et trouver un hébergement aux migrants qui y trouvent refuge. Et c'est ainsi que dimanche dernier, par exemple, apprenant qu'une opération policière était prévue pour arrêter les personnes sans-papiers, plus de 2 000 personnes se sont rassemblées pour former une chaîne humaine, de la gare jusqu’au parc et autour de celui-ci. De sorte, se félicite DE MORGEN, que même si la descente de police a bien eu lieu, elle n'a été qu'un coup d’épée dans l’eau. D'où cette tribune, également, à lire sur le site de la RTBF : Soyons clair, il n'y a pas de «crise migratoire» mais une «crise de l'accueil» ! C'est la volonté de mettre en scène la fermeté envers ceux qui cherchent à vivre dans notre pays ou à le traverser qui crée l'impression d'une difficulté majeure, alors que nous avons la capacité de gérer une situation en rien exceptionnelle : un réfugié pour cinq cent habitants en 2016. Bien sûr, les migrations sont inévitablement sources de craintes légitimes de la part des populations confrontées à l'arrivée de personnes étrangères. Mais de quels problèmes parle-t-on ? De la réalité à affronter ou des fantasmes agités par des politiciens cyniques ? Qui peut croire qu'un pays comme la Belgique ne pourrait accueillir décemment quelques milliers de personnes par an ?  

Enfin la presse reste, ce matin encore, inquiète après l'ouverture d'un nouveau front en Syrie. Le journal DELO, en particulier, est sans doute le plus véhément. Les Nations unies, dit-il, font une nouvelle fois figure de parrains des génocides modernes. Pourquoi ? Parce que le Conseil de sécurité de l'ONU n'a pas jugé utile de condamner cette invasion. Ou dit autrement, aujourd'hui, on peut tout simplement sacrifier les Kurdes à des objectifs supérieurs. Et, d'ailleurs, on a toujours procédé ainsi, dit-il. Sauf que l'incursion turque dans le nord-ouest de la Syrie est, cette fois-ci, bien plus risquée que les réactions atones de la diplomatie internationale ne le laissent penser : pour la première fois de l'histoire, les deux plus grandes armées de l'OTAN se retrouvent ici, face à face, sur un champ de bataille. Même constat inquiet et amer de la part du PERIODICO DE CATALUNYA, pour qui la Syrie reste surtout le champ de bataille des autres. Comme c'est toujours le cas dans cette guerre, cette nouvelle opération s'inscrit dans le cadre d'une manœuvre visant à défendre des intérêts stratégiques et la Syrie n'est, à cet égard, qu'un simple échiquier. La région attaquée aujourd'hui est contrôlée par les milices kurdes de Syrie, étroitement liées au PKK âprement combattu par Erdoğan. En d'autres termes, la Syrie est aujourd'hui un champ de bataille entre chiites et sunnites, entre Iran et Arabie saoudite, entre Russie et Etats-Unis, alors pourquoi ne pas y poursuivre également la guerre entre Turcs et Kurdes ?, interroge cynique le journal, avant de préciser : aux dépens, bien entendu, de la population civile.   

Par Thomas CLUZEL 

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