LE DIRECT
Le prince héritier  d'Arabie Saoudite Mohammed Ben Salmane alias MBS

L'ébauche d'une "révolution culturelle" en Arabie saoudite, la guerre au Yemen en questions

5 min
À retrouver dans l'émission

Le prince héritier saoudien Mohammed Ben Salmane a 32 ans et il veut transformer son pays, le ramener dans le giron d'un Islam modéré. Il adosse la révolution culturelle qu'il promet à l'horizon 2030, à un colossal plan d'investissements à hauteur de 500 milliards de dollars.

Le prince héritier  d'Arabie Saoudite Mohammed Ben Salmane alias MBS
Le prince héritier d'Arabie Saoudite Mohammed Ben Salmane alias MBS Crédits : Rainer Jensen - Maxppp

Le prince héritier d'Arabie Saoudite Mohammed Ben Salmane veut "changer le monde"... et il compte bien commencer par changer son propre pays.

Une Arabie saoudite qu'il bouscule, depuis qu'il y a pris de facto la tête du pouvoir exécutif en moins de deux ans. MBS, comme on le surnomme, a 32 ans, et il livre dans une interview au Guardian britannique sa vision pour un Royaume dont il n'est pas encore le Roi, mais qu'il s'engage à ramener vers un Islam plus modéré. L'Arabie Saoudite de ces 30 dernières années, dit-il, fonctionnait sur une doctrine ultra-conservatrice qui n'était pas l'Arabie Saoudite."Rien de normal" à ces règles rigoristes qui n'étaient, selon MBS, qu'une réaction, une copie sans inspiration de la révolution islamiste en Iran.

Alors aujourd'hui le prince héritier veut dé-wahhabiser l'Arabie saoudite: revenir à un islam ouvert au monde et aux autres religions. Tourné vers sa jeunesse, qui compose 70% de la population saoudienne.

En faisant celà, nous explique le Guardian, MBS veut consolider son autorité, mettre sur la touche le clergé wahhabite qui ne l'a jamais vraiment soutenu, et s'assurer de la loyauté de l'appareil administratif saoudien. Reste à savoir si le grand changement va prendre, dans une Arabie saoudite qui reste profondément conservatrice, et qui pourrait refuser cette "révolution culturelle" qui lui est proposée à l'horizon 2030.

Pour convaincre, le prince héritier Ben Salmane cherche aussi des soutiens internationaux. Il adosse sa révolution culturelle à un programme économique colossal: plus de 500 milliards de dollars d'investissements, dans le pays, la région et plus largement encore. Le fonds souverain, la manne pétrolière, est mobilisée pour "changer le monde" avec la vision de MBS. Cela passe aussi, nous rappelle le site d'info saoudien Al-Awsat, par un partenariat avec le fonds d'investissement américain Blackstone. On retrouve là, en fait, un engagement pris envers Donald Trump, quand ce dernier avait effectuée l'une de ses premières visites officielles à Riyad au printemps. Les 20 milliards de dollars confiés à Blackstone doivent servir à financer des grands travaux chers à Trump aux Etats-Unis.

Tout cela ne doit pas nous faire oublier que l'Arabie Saoudite mène, au Yemen, une guerre dans laquelle elle est empêtrée depuis près de trois ans

C'est le Boston Globe qui se charge de nous le rappeler. Une "guerre sans fin", que celle menée par Riyad contre les rebelles chiites houthis soutenus, eux, par l'Iran. Pour résumer, c'est le pays le plus riche de la région qui bombarde sans discontinuer le plus pauvre du Moyen Orient. C'est aussi et surtout "la plus grave crise humanitaire au monde en ce moment", selon l'ONU: un enfant qui meurt toutes les dix minutes de causes que l'on sait très bien soigner ailleurs. Au Yemen la famine fait rage, le cholera pourrait toucher un million de personnes d'ici la fin de l'année.

Et cette guerre, elle ne pourrait exister, sans l'appui américain affirme Stephen Kinzer dans le Boston Globe: les avions et missiles saoudiens ont été vendus par les américains ; les services de renseignements américains aident leurs collègues saoudiens à choisir les cibles de leurs raids aériens; et ce sont des ravitailleurs en vol américains qui permettent aux bombardiers de Riyad de multiplier les frappes. Sans parler du soutien diplomatique, de Washington qui à l'ONU empêche toutes condamnation de l'Arabie saoudite.

Et voilà donc tout l'enjeu de cette résolution proposée au Congrès américain, et qui veut sortir, une bonne fois pour toute, les Etats-Unis du bourbier yéménite. Le vote devrait avoir lieu en novembre. Il posera aux élus une question beaucoup plus vaste, nous dit Stephen Kinzer: quelle place pour l'Amérique dans le monde de l'après-guerre froide? L'auteur ne se fait toutefois pas trop d'illusion sur l'issue du vote. Car voter contre une guerre en cours au Moyen-Orient, pour les élus américains, ce serait risquer de paraître faible face au terrorisme et à l'Iran.

On parle aussi de la puissance militaire américaine dans la presse polonaise ce matin

Plusieurs médias de Varsovie, dont la chaîne TVN24, nous racontent l'impressionnant débarquement qui a eu lieu ces derniers jours plus à l'ouest, en Belgique.

77 hélicoptères militaires américains, soit plus que n'en possède toute l'armée de l'air polonaise, acheminés en pièces-détachées par bateaux, au port de Zee-Bruges où ils ont été assemblés dans une zone du port transformée en forteresse derrière des murs de containers.

Comme le confirme Le Soir, les appareils ont ensuite été rassemblés hier sur la base militaire de Chièvres, à quelques kilomètres de la frontière française, et aujourd'hui ils doivent décoller vers l'Allemagne, la Lituanie la Roumanie et la Pologne. Car ces hélicoptères et les 360 soldats qui les accompagnent, viennent remplacer et renforcer la présence militaire de l'OTAN à l'Est de l'Europe, aux frontières d'une Russie considérée plus que jamais comme une menace. Ce programme Resolve, de l'OTAN, il dure depuis 9 mois dans la région, la relève était prévue, mais les américains en ont fait fait une véritable démonstration de force, analyse TVN24.

Hélicoptères et soldats américains rassemblés sur la base aérienne de Chièvres en Belgique
Hélicoptères et soldats américains rassemblés sur la base aérienne de Chièvres en Belgique Crédits : John Thys - AFP

Il faut voir l'image de ces dizaines d'hélicoptères de combat, parfaitement alignés hier sur le tarmac belge. Les polonais y ont vu une réminiscence de la guerre froide, de ces "elephant walks", ces "marches d'éléphants" comme on surnommait les grandes manœuvres militaires américaines, tous avions en procession les uns derrière les autres, pour impressionner, encore et toujours, l'ennemi.

Une revue de presse présentée par Camille Magnard

L'équipe
Production

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......