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Le leader nord-coréen Kim Jong-un

Entre enthousiasme et circonspection

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Le dirigeant nord-coréen Kim Jong-un a ordonné, mercredi, le rétablissement de la ligne téléphonique d'urgence reliant son pays à la Corée du Sud, afin de discuter des modalités d'un dialogue inter-coréen.

Le leader nord-coréen Kim Jong-un
Le leader nord-coréen Kim Jong-un Crédits : JUNG YEON-JE - AFP

2018 sera-t-elle l'année de la réconciliation entre les deux Corées ? Hier, le ministre sud-coréen de l’Unification s'est dit prêt à discuter à la fois du calendrier, des lieux, des méthodes et de toutes autres démarches préliminaires, relatifs aux pourparlers avec Pyongyang. Et, mieux encore, il est allé jusqu'à proposer à son voisin un rendez-vous, mardi prochain, dans un village frontalier. Mais pas n'importe lequel, celui-là même où fut signé le cessez-le-feu de la guerre de Corée. Pour l'instant, le régime communiste n'a pas donné officiellement sa réponse. Il s'est contenté d'avertir, ce matin, qu'il allait rétablir le téléphone rouge, seul moyen de communication entre les deux Etats (et qui demeurait coupé depuis 2013). Quoi qu'il en soit, si Pyongyang décidait d'honorer effectivement cette invitation, alors il s’agirait là des premières négociations entre les deux Corées depuis plus de deux ans, se réjouit d'ores et déjà THE KOREA TIMES repéré par le Courrier International. D'où cette question : comment en est-on arrivé là ? La presse avance plusieurs hypothèses. Tout d'abord, le président sud-coréen (fraîchement élu) a clairement dit son intention de faire des prochains Jeux Olympiques organisés dans son pays le mois prochain les «Jeux de la paix». L'occasion pour lui, donc, d'amorcer un dégel avec son voisin du Nord, dont deux patineurs artistiques se sont qualifiés pour participer à ces JO. Bien sûr, ça n'est pas grand-chose. Mais, après tout, personne ne devrait avoir peur de parler et certainement pas de sport. Et surtout c'est un début. Et ça, en revanche, c'est une très bonne chose, insiste un analyste sur le site de la chaîne américaine CNN. Ensuite, précise à nouveau THE KOREA TIMES, avec cette déclaration Séoul saisit, en réalité, la main tendue par Kim Jong-un, lui-même, lors de son discours du nouvel an. La veille, le leader nord-coréen avait manifesté son désir d’un rapprochement avec la Corée du Sud. Un revirement radical de ton qui soulèvent, d'ailleurs, des interrogations sur les motivations du jeune dictateur : la Corée du Nord a-t-elle réellement atteint l’objectif qu’elle nourrit depuis si longtemps (devenir une puissance nucléaire moderne) pour se mettre aujourd’hui à favoriser ainsi le dialogue ? Ou bien, Pyongyang souffre-t-elle des sanctions économiques imposées par l’ONU au point d’être forcée, pour s’en sortir, de renouer les liens avec la Corée du Sud ? Difficile à dire. D'autant que l’opportunité d’avancer vers de véritables négociations de paix pourrait être motivée par une troisième option. Selon le CHOSUN ILBO, Pyongyang chercherait ainsi seulement à gagner du temps et, pire encore, à semer la discorde entre les États-Unis d'un côté et la Corée du Sud de l'autre. 

Et du côté des Etats-Unis, d'ailleurs, l'escalade a aussitôt repris de plus belle.Hier soir, Donald Trump s'en est à nouveau pris à son meilleur ennemi, note THE HUFFINGTON POST : «Rocket man veut maintenant parler à la Corée du Sud pour la première fois. C'est peut-être une bonne nouvelle, peut-être pas. Nous verrons», a déclaré le chef de la Maison blanche, avant d'ajouter sur Twitter, dans son style si caractéristique : «Est-ce que quelqu'un de son régime appauvri et affamé peut l'informer que, moi aussi, j'ai le bouton nucléaire. Sauf qu'il est beaucoup plus gros et puissant que le sien. Et que mon bouton, lui, fonctionne.» Bref, une menace à peine voilée (comme le président des États-Unis en a pris l'habitude), un message largement commenté dans les médias américains mais aussi sur les réseaux sociaux, à l'instar de cet internaute : «Est-ce que quelqu'un peut lui enlever Twitter avant qu'il ne débute une guerre nucléaire ?» 

Et puis Donald Trump, décidément jamais avare en intimidations, a également usé de son compte Twitter hier pour menacer, cette fois-ci, les Palestiniens de leur couper l’aide financière des Etats-Unis.Évoquant leur manque d’appétit pour les négociations de paix, que la Maison Blanche se vante, elle, de vouloir relancer, le président américain a écrit : «Pourquoi devrions-nous leur verser des paiements massifs à l’avenir ?» En clair, en menaçant les Palestiniens de les priver de centaines de millions de dollars Donald Trump chercherait, paradoxalement, à les convaincre de revenir à la table des négociations. Sauf que quelques semaines, à peine, après sa reconnaissance de Jérusalem comme capitale d’Israël, sa menace promet surtout de rendre plus hasardeuse toute reprise du processus de paix, note LE TEMPS. D'autant que les experts, précise à son tour THE NEW YORK TIMES, craignent depuis longtemps que l'aggravation des conditions économiques et sociales en Cisjordanie (qu'occasionnerait l'interruption de cette aide) ne favorise, au contraire, davantage encore la violence. 

Enfin direction à nouveau l'Iran, ce matin, où les manifestations antigouvernementales se sont encore amplifiés hier.Selon un dernier bilan, elles auraient déjà coûté la vie à au moins 21 personnes. De son côté la presse continue de s’interroger sur la portée de ce mouvement. Si pour certains, à l'instar du JERUSALEM POST, il s’agit d’un véritable espoir, d’autres préviennent que le régime iranien n’a pas dit son dernier mot. Dans cette situation inédite dans l'histoire de la République islamique, ce qui est intéressant, souligne notamment le quotidien turc CUMHURRIYET, c'est que les manifestations ne sont sous le contrôle d'aucun mouvement politique. Au contraire, spontanées et désorganisées, elles regroupent différents pans de la société. Et en ce sens, les scènes observées ces derniers jours rappellent le début des révoltes dans des pays comme la Tunisie ou l'Egypte, il y a sept ans. Pour autant, malgré la colère et la frustration de la population, ces manifestations ne conduiront probablement pas à un bouleversement politique, nuance aussitôt son confrère suisse BASLER ZEITUNG. Pourquoi ? Précisément, parce que les manifestants sont dépourvus, du moins pour l'instant, de leaders et de programmes capables de donner un cap à la contestation. Et puis parce que le régime dispose encore de suffisamment de moyens, dit-il, pour mettre fin à l'insurrection. De son côté, THE TIMES espère lui que ces manifestations s'intensifieront, tout en appelant à la retenue l'Occident et surtout le président Trump, lequel s'est réjoui dans l'un de ses nombreux tweets de l'action des Iraniens contre un régime «brutal et corrompu». L'Occident serait mal avisé de soutenir les contestataires, écrit le quotidien britannique, car cette posture risquerait de faire le jeu des faucons. Et le journal d'en conclure que le mieux à faire est encore de temporiser et de laisser ce régime vicié révéler sa propre nature et se débattre dans ses propres contradictions.

Par Thomas CLUZEL

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