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Le cimetière juif de Varsovie

Du danger de réécrire l'histoire

6 min
À retrouver dans l'émission

Une loi destinée à défendre l'image de la Pologne, y compris par des peines de prison pour ceux qui parlent de «camps de la mort polonais», suscite la colère d'Israël qui accuse Varsovie de nier l'Holocauste.

Le cimetière juif de Varsovie
Le cimetière juif de Varsovie Crédits : JAAP ARRIENS / NURPHOTO

Depuis quelques jours, la Pologne (ou plus exactement le parti ultranationaliste au pouvoir à Varsovie) a fait rejaillir avec violence un passé douloureux, au prétexte de défendre sa réputation. Vendredi dernier, une majorité de députés a adopté, en première lecture, un projet de loi visant à poursuivre en justice quiconque utilise le terme de «camps de la mort polonais», à propos des camps d’extermination installés en Pologne durant la Seconde Guerre mondiale. Un texte loin d'être adopté puisqu'il qui doit encore être voté par le Sénat, puis promulgué par le président. Pour autant, comment ne pas s’inquiéter d’ores et déjà de ce dangereux travail de sape mémoriel mené par les autorités ?, interroge l'éditorialiste du TEMPS. Car ce texte, dit-il, s'inscrit, en réalité, dans la droite ligne du révisionnisme mis en place depuis trois ans par le pouvoir, en vue de présenter la Pologne comme un modèle de vertu. En clair, l'objectif premier de ce texte serait d'éviter qu'on n'attribue à la nation polonaise des crimes commis par les nazis allemands, en Pologne occupée. D'où ce débat qui depuis agite, désormais, la presse : la Pologne cherche-t-elle à esquiver le travail de mémoire ou a-t-elle le devoir de défendre sa réputation ? Pour l'éditorialiste du quotidien GAZETA POLSKA CODZIENNIE, c'est à nous, ici même, dit-il, de former l'opinion publique sur notre histoire et d’améliorer la réputation de notre pays, car en dehors de la Pologne, personne n'a intérêt à dire du bien de nous. Sauf que la vérité est plus compliquée que celle présentée par les autorités de Varsovie, peut-on lire à nouveau dans les colonnes du TEMPS. En majorité, les Polonais ont été soit indifférents, soit ont livré leurs voisins juifs aux nazis. En d’autres termes, par peur pour leur vie ou pour l’argent, ils ont donc fait partie du mécanisme nazi de l’Holocauste. Sans surprise, note pour sa part GAZETA WYBORCZA, ce projet de loi suscite d'abord et surtout l'indignation en Israël, qui reproche à Varsovie de chercher  à fausser l'Histoire. Ce qui, d'ailleurs, n'a pas empêché le mémorial de la Shoah à Jérusalem, en pleine querelle diplomatique, de décerner hier une médaille à titre posthume à trois Polonais reconnus comme «Justes». Reste qu'en Pologne cette loi a aussi décomplexé un antisémitisme qui avait été jusqu'ici dissimulé, et qui est à présent ouvertement professé par les patriotes, s'inquiète toujours le journal. Pour preuve, les Jeunesses de la Grande Pologne (le parti d’extrême droite) ont prévu de manifester, aujourd'hui, devant l’ambassade d’Israël à Varsovie. D'où la conclusion sans appel du TEMPS : alors que tant de vents mauvais soufflent en 2018 sur la liberté des urnes, vouloir purger ainsi l’histoire par la loi est un crime politique. 

Et toute proportion gardée, voilà que l'évocation du sombre passé allemand ressurgit avec une toute autre affaire, qui n'en finit plus de faire les gros titres de la presse.Si le «made in Germany» était jadis le label immaculé des constructeurs automobiles, la pierre angulaire du secteur économique le plus performant d'Europe, le «dieselgate» l'avait ébranlé jusque dans ses fondements, rappelle DE TELEGRAAF. Or voilà que le scandale qui tourmente les constructeurs allemands depuis trois ans est entré, cette semaine, dans une nouvelle dimension. Après que THE NEW YORK TIMES a révélé, vendredi, que Daimler et BMW avaient testé la nocivité de leurs gaz d’échappement sur des singes, lundi, la STUTTGARTER ZEITUNG a révélé le pire : parmi les cobayes il n’y avait pas seulement des singes mais aussi des … humains. Bien évidemment, si l’idée de prouver l’innocuité des gaz d’échappement en les faisant respirer à des singes était déjà suffisamment étrange en elle-même, l’affaire devient aujourd'hui encore plus problématique lorsqu’un groupe d’industriels pousse l’expérience jusqu’à faire inhaler du dioxyde d’azote, un gaz toxique, à des êtres humains. Au total, vingt-cinq jeunes adultes en bonne santé auraient été engagés à inhaler, pendant plusieurs heures, ces gaz à des doses variées.

Direction à présent le Royaume-Uni où des révélations présagent mal de l'issue du Brexit. Après avoir soutenu pendant des mois que des rapports évaluant l’impact économique de la sortie de l’UE étaient entre les mains du gouvernement, le ministre du Brexit avait fini par rétro-pédaler : Ils n’existent pas, avait-il concédé, début décembre. Et pourtant, selon BUZZFEED NEWS, l’exécutif britannique a bel et bien réalisé des études à ce sujet. Mais surtout la fuite a aussitôt déclenché un débat enflammé outre-Manche. Il faut dire que ces documents n’incitent pas franchement à l’optimisme. L'évaluation, rapporte THE LOS ANGELES TIMES, analyse trois des scénarios les plus probables par lesquels la Grande-Bretagne pourrait rompre ses liens avec l'UE : l'option «no deal», tout d'abord, verrait la croissance de la Grande-Bretagne réduire de 8 % au cours des 15 prochaines années. Si, en revanche, un accord de libre-échange est négocié, la croissance baisserait de 5%. Enfin, si la Grande-Bretagne opte pour ce qu'on appelle un Brexit «doux», la croissance chuterait encore de 2%. Interrogée par BUZZFEED NEWS sur la raison pour laquelle Theresa May ne rend pas ces études publiques, une source au gouvernement a simplement répondu : «Parce qu’elles sont embarrassantes ». De son côté, un ministre conservateur a dénoncé, hier, au Parlement «une campagne pour renverser le résultat du référendum».

Et l'histoire de l'indépendance de la Catalogne a, elle aussi, bien du mal à s'écrire. Hier matin, coup de théâtre, le président du Parlement a annoncé sa décision de reporter le vote d’investiture, le temps que le Tribunal constitutionnel tranche sur un recours juridique, précise LA VANGUARDIA. Samedi dernier, l’institution judiciaire a, en effet, rejeté la possibilité d’une investiture à distance (par vidéoconférence) comme Carles Puigdemont, le seul candidat proclamé, l’avait un temps envisagé. D'où ces commentaires satisfaits de la presse madrilène. Quand EL MUNDO voit, ce matin, Puigdemont sur une route sans issue, son confrère EL PAIS estime qu’il n’y aura pas d’indépendance, ni à court ni à moyen terme, et qu’il faudra s’accommoder d’une république fantôme.

Enfin direction les Etats-Unis où Donald Trump prononçait, cette nuit, son premier discours sur l'état de l'Union. Scène pour le moins incongrue, note THE WASHINGTON POST, pendant 80 minutes, celui-là même qui a foulé aux pieds d’innombrables normes, s'est donc plié à l’un des rituels les plus traditionnels de la présidence. Comme attendu, il s'est officiellement posé en président rassembleur, sans pour autant dévier de son cap, bien déterminé à conserver le soutien des Américains les plus conservateurs. Parmi les mesures annoncées, on retiendra notamment son ordre de maintenir ouvert le camp de Guantánamo, signe qu'il n'a toujours pas renoncé à poursuivre, méticuleusement, le dé-tricotage de toutes les mesures entreprises par son prédécesseur.

Par Thomas CLUZEL

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