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Grève générale à Barcelone, contre les violences policières lors du référendum pour l'indépendance de la Catalogne

La tolérance, c'est comme la gymnastique

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L'Espagne attend ce mercredi une intervention du gouvernement en Catalogne, après que le roi Felipe VI a déclaré que l'Etat devait assurer l'ordre constitutionnel dans cette région, dont les dirigeants «prétendent proclamer illégalement l'indépendance».

Grève générale à Barcelone, contre les violences policières lors du référendum pour l'indépendance de la Catalogne
Grève générale à Barcelone, contre les violences policières lors du référendum pour l'indépendance de la Catalogne Crédits : MIQUEL LLOP / NURPHOTO

Celui qui pense différemment n'est pas un traître et encore moins un ennemi. La tolérance, c'est comme la gymnastique : il faut la pratiquer tous les jours, pour garder son corps en forme. Et en Catalogne, en particulier, écrit ce matin l'éditorialiste de la VANGUARDIA, en dépit des affrontements dramatiques de dimanche dernier, la «révolution du sourire» doit, à tout prix et en toute circonstance, éviter les comportements qui nous inviteraient à changer de rictus. A ce titre, la journée de grève générale organisée, hier, à l'appel des principaux syndicats, avait plutôt mal commencé. Aux cris de «Dehors les forces d’occupation!», «Les rues seront toujours à nous!», partout les artères de la capitale catalane résonnaient de slogans hostiles, d'insultes et autres intimidations. Et puis, peut-être parce qu'ils avaient l'impression que le monde entier les regardait, le civisme a prévalu, les centaines de milliers de manifestants ont su éviter les incidents. Parmi les très nombreux Catalans qui manifestaient, certains arboraient même des drapeaux espagnols, une image qui il y a quelques jours encore à peine aurait semblé hautement improbable, au regard des grandes marches pour l'indépendance organisées ces dernières années. En ce sens, se réjouit à son tour ce matin EL PERIODICO DE CATALUNYA, la grève générale organisée, hier, a dépassé toutes les prévisions (700 000 manifestants selon la police locale) mais aussi envoyé un message clair au reste de l'Espagne et au monde entier : la dignité du peuple catalan ne se limite pas à la seule force des poignets agitant des drapeaux, comme autant d'étendards de son identité. Non, hier, la Catalogne la vraie, diverse, multiple, plurielle, a répondu d'une seule voix, à ce qu'elle a vécu comme une tentative d'humiliation de la part du pouvoir central.

En fin de compte, c'est à se demander ce matin si les provocations ne viendraient pas davantage des éditorialistes de la presse madrilène que de la rue. Pour le quotidien conservateur ABC, la Catalogne est passée, hier, ni plus ni moins du référendum illégal à l'insurrection généralisée. La grève a été un coup interne pour intimider les non-indépendantistes et les forcer à se sentir marginalisés. Mais pis encore, à l'issue de cette journée de mobilisation pacifique, c'est surtout la réponse retentissante apportée, hier soir, par le Roi lui-même qui risque d'échauffer à nouveau les esprits. Dans une charge cinglante, le souverain, pourtant jusqu'ici très mesuré, a accusé le gouvernement catalan de s'être placé «en marge de la démocratie» et de «mettre en danger la stabilité» de la Catalogne et de toute l'Espagne. Et d'ajouter : Face à cela, «c'est la responsabilité des pouvoirs légitimes de l'Etat d'assurer l'ordre constitutionnel et le respect de l'Etat de droit». Ou dit autrement, son discours ouvre désormais la voie à de nouvelles mesures du gouvernement Rajoy contre les dirigeants indépendantistes. Et bien évidemment, du côté de Madrid, toute la presse se félicite, ce matin, de ce discours historique marquant la voie à suivre quitte, d'ailleurs, à en rajouter un peu, à l'instar de l'éditorialiste d'EL MUNDO pour qui le Roi a carrément apporté de l'espoir aux Catalans opprimés.

Enfin une question demeure, toujours, ce matin : Quand l’Union européenne s’interposera-t-elle, enfin, dans le conflit catalan ? Le parlement européen doit débattre en urgence de cette crise aujourd'hui.

Quoi qu’il en soit, en attendant, c'est surtout de l'autre côté de la Manche que l'Union Européenne préfère tracer aujourd'hui ses lignes rouges. Hier, le Parlement de Strasbourg a déploré l’insuffisance de progrès dans les tractations du «Brexit». Selon lui, les conditions suffisantes ne sont pas réunies pour entamer, en toute confiance, la deuxième phase de la négociation. Et c'est ainsi que dans une résolution, soutenue par les principaux groupes politiques, les eurodéputés ont invité le Conseil européen (qui représente les Etats membres de l’UE) à décider de reporter son évaluation, lors du prochain sommet européen prévu les 19 et 20 octobre à Bruxelles.

Au cours du débat qui a précédé le vote, certains n’ont pas hésité, même, à ironiser sur la cacophonie qui règne désormais au sein du gouvernement britannique. Et d’ailleurs, pour son convaincre, il suffit de constater combien Theresa May, triomphante il y a un an, n’est plus aujourd'hui que l’ombre d’elle-même. Au congrès annuel des conservateurs qui se tient depuis lundi à Manchester, on l’a vue passer tête baissée et regard fuyant dans les couloirs du Palais des congrès, raconte ce matin l'envoyé spécial du TEMPS. Sans chercher à serrer les mains ou à attirer l’attention, la première ministre s'est contenté de traversé la foule, juste entourée de quelques conseillers, avant de disparaître derrière une porte. Et puis preuve de cette cacophonie ambiante, Boris Johnson, le trublion échevelé ministre des Affaires étrangères, a lui-même fixé hier ses propres «lignes rouges», donnant l’impression de se désolidariser un peu plus encore du gouvernement. «Il est temps d’oser, de saisir l’opportunité», a-t-il lancé. Il parle même d’être «libéré de l’UE».

Quoi qu'il en soit, dans son discours très attendu aujourd'hui, devant les conservateurs, Theresa May n'aura d'autres choix, a priori, que de siffler la fin de la récréation et d'exiger que cessent, enfin, les querelles intestines, écrit THE GUARDIAN. Une tâche ô combien difficile, puisqu'il s'agira non seulement de réconcilier sa base, sans pour autant fâcher la Commission européenne avec qui elle mène les négociations, tout en surveillant du coin de l’œil les éventuels coups de poignard de ses propres ministres.

Enfin direction Puerto Rico où, deux semaines après le passage dévastateur de l’ouragan Maria, Donald Trump s’est rendu hier pour la première fois. Tout en se félicitant du bon travail accompli sur l’île ravagée, le président aura surtout saisi l’occasion, en réalité, pour minorer la situation par rapport à une « vraie catastrophe » comme celle Katrina en 2005 à La Nouvelle-Orléans. A son arrivée, le président s'est d'abord assit avec un groupe de représentants du gouvernement avant de commencer à faire l'éloge de sa propre administration. Ensuite, dans une scène surréaliste, alors qu'il faisait un bref arrêt à l'église, Trump a lancé aux personnes sur place qu'ils n'avaient plus besoin de lampes de poche, avant de se mettre à leur jeter des rouleaux d'essuie-tout, comme s'il s'agissait de ballons de basket-ball. Et quoi d'autre encore ? Rien. Après une visite en hélicoptère et quelques selfies, il s'en est allé aussi vite qu'il était arrivé, une heure plus tôt même que prévu, note THE WASHINGTON POST. Ah si, avant de partir, pointe son confrère de CNN, Trump, dont s'était probablement la première fois qu'il se rendait dans un pays ravagé par une catastrophe naturelle, s'est plaint du coût de l'intervention d'urgence. Et puis quelque chose à l'intérieur de lui a dû s'agiter, il s'est rendu compte qu'il était allé trop loin. «C'est bien », a-t-il rapidement ajouté. «Nous avons sauvé beaucoup de vies». Et le journaliste de la chaîne de télévision américaine, sidéré, de résumer d’une phrase la visite du président : Trump à Puerto Rico ou le tour de force d'un narcissique.

Par Thomas CLUZEL

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