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Le président américain, Donald Trump, en Israël

Symboles et mémoire

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Passant outre les mises en garde du monde entier et bouleversant la ligne observée depuis des décennies par ses prédécesseurs, Donald Trump reconnaîtra, ce mercredi, Jérusalem comme capitale d'Israël.

Le président américain, Donald Trump, en Israël
Le président américain, Donald Trump, en Israël Crédits : MANDEL NGAN - AFP

La décision était aussi redoutée qu'attendue : Donald Trump a fait part de son intention, cette nuit, de transférer l’ambassade des Etats-Unis en Israël de Tel-Aviv à Jérusalem. Le transfert ne se fera pas immédiatement, faute de bâtiment disponible, mais pourrait intervenir dans les six mois, précise THE NEW YORK TIMES. Et surtout, si ce déménagement se concrétise, il marquera un basculement majeur de la politique étrangère américaine au profit d'Israël. D'où les nombreuses réactions, déjà, indignées du monde musulman. Le pari dangereux de Donald Trump, peut-on lire ce matin en une du site d'AL-JAZEERA. Bien sûr, depuis que le gouvernement américain a reconnu Israël en 1948, personne n'a jamais douté de la position de Washington en ce qui concerne le conflit israélo-palestinien. En revanche, si les Etats-Unis ont toujours été pro-israéliens, ils ont toujours essayé, du moins en théorie, d'adhérer au consensus international sur le statut de Jérusalem. D'où cette question : qu'est-ce que Trump va finalement gagner sur ce coup-là, à part satisfaire sa base déjà heureuse ? Pas grand-chose, écrit l'éditorialiste de la chaîne qatarie, avant d'ajouter : cette décision ne nous apprend au fond qu'une seule chose, son manque total de compréhension du conflit israélo-palestinien et surtout du rôle de Jérusalem dans celui-ci. Car Jérusalem n'est pas seulement une question palestinienne, mais aussi arabe et islamique, un symbole important, aussi, pour les chrétiens et pour toutes les personnes pacifistes de toutes les religions du monde.

Direction l'Algérie, à présent, où le président français est attendu aujourd'hui. Et toute la presse algérienne de s'interroger, ce matin : que faut-il attendre de cette visite ? Pas grand-chose, a priori. En raison de son agenda international chargé, note EL WATAN, Emmanuel Macron n’aura que quelques heures, seulement, à consacrer à son premier déplacement officiel dans notre pays. Attendu en fin de matinée, il repartira le soir même, ce qui en soi est déjà un affront, estime LE QUOTIDIEN D'ORAN. Mais pis encore, le président français a du coup rabaissé le niveau de sa présence en Algérie à une simple «visite de travail» et non pas une visite d’État, comme on pouvait s’y attendre, avec toute la symbolique et le protocole qui s’y rattachent. Une belle trouvaille sémantique, reprend l'éditorialiste d'EL WATAN, qui offre ainsi l'occasion aux deux parties de renouer le contact. Côté algérien, tout d'abord, cette formule permet aux autorités de ne pas s’astreindre à un programme contraignant, compte tenu des difficultés évidentes du président Bouteflika du fait de sa maladie. Et puis côté français, cette visite sera surtout l'occasion pour le président Macron de solder sa dette envers l’Algérie, qui a mal vécu le fait que le chef de l’État français ait privilégié le Maroc pour sa première visite officielle dans la région. Sans compter que le temps chronométré du chef de l'Etat français lui permettra, aussi, de ne pas aborder les dossiers lourds. En l'occurrence, rappelle le journal d'Alger, Emmanuel Macron arrive aujourd'hui avec, dans ses bagages, la phrase choc prononcée lors de sa campagne électorale et que personne ici n'a oublié : «La colonisation est un crime contre l'humanité». Or tout le monde en Algérie aurait été curieux de savoir comment il a ensuite retourné sa veste à son retour en France et comment il a su hypnotiser tous ses détracteurs qui lui ont reproché une position courageuse, qu'il a vite abandonnée, sur les crimes de la colonisation française en Algérie. Et à ce titre, Alger pourrait bien être déçu d’un président qui appelle seulement aujourd’hui «à tourner la page».

S'agissant toujours de colonisation, le magazine SLATE a, lui, choisi de rappeler des mots qui tranchent avec la légèreté du plus charmant des disparus, l'aimable d'Ormesson mort hier. «L'histoire, écrivait-il, montrera sans doute que la colonisation française ne présentait pas exclusivement des aspects sinistres, aujourd'hui mis en vedette par tous les vents mêlés de la mode et de la bonne conscience». L’écrivain du temps qui file, revenait ici sur l’histoire de la défaite, et défendait le passé, face à un avenir horrible. LE TEMPS rappelle à son tour combien l’écrivain provoquait la polémique, ou plutôt aimait la provoquer. Si Jean d’Ormesson avait le sens de la phrase, du bon mot, de l’ironie, là où ses admirateurs parlent de style, beaucoup n’ont vu que de l’effet. Et c'est ainsi, par exemple, que son entrée dans la Pléiade a divisé, tout comme, d'ailleurs, nombre de ses livres. Il possédait une véritable ambition littéraire que ses allures de dilettante masquaient mal, juge de son côté LE SOIR. Le quotidien de Bruxelles qui précise que Jean d'Ormesson a laissé à son principal éditeur, Gallimard, un texte à paraître le 1er février prochain et qui est annoncé sous ce titre : Et moi, je vis toujours. Ultime pied de nez souriant à la mort.

Enfin autre disparition, cette nuit, on a appris la mort de Johnny Hallyday. Et à lire la presse anglophone, on se dit qu'il va être difficile d'expliquer le phénomène Johnny aux étrangers. Quand THE NEW YORK TIMES parle, ce matin, de la réponse française à Elvis Presley, le magazine VARIETY évoque lui la première et unique rock star française, le premier chanteur gaulois à avoir popularisé le Rock’n’roll en France. Et de fait, ses reprises d'artistes célèbres comme Gene Vincent, Eddie Cochrane ou Elvis Presley ont surtout été une façon pour le rock américain de s'infiltrer de l'autre côté de l'atlantique. Johnny Hallyday avait notamment offert au «Jimi Hendrix Experience» son tout premier concert en France, avec une première partie à l'Olympia en octobre 1966. Mais contrairement à son ami Charles Aznavour, qui lui a traversé avec succès les États-Unis, Johnny Hallyday n'a jamais reproduit son succès à l'étranger. Il n'a pas réussi, notamment, à briser le lucratif marché américain ou, d'ailleurs, tout autre marché anglophone, relève à son tour la BBC. Ce qui ne l'a pas empêché, pour autant, de vendre quelques 100 millions de disques. De son côté, THE TELEGRAPH rappelle, non sans une certaine ironie, que le quotidien USA TODAY l'avait un jour surnommé : «la plus grande star dont on a jamais entendu parler». Quoi qu'il en soit, ses innombrables fans, eux, ne s'en souciaient pas. Il était même tellement aimé en France que les gens l'appelaient simplement «Notre Johnny», note pour sa part THE DAILY STAR. Et puis Johnny Hallyday a donné à ses fans bien plus qu'un simple Elvis recyclé, écrit à nouveau THE NEW YORK TIMES. Son alcoolisme, ses accidents de voiture, ses fêtes folles et sa vie amoureuse tumultueuse ont fait de lui, dit-il, un titre permanent dans la presse populaire française. Enfin THE WASHINGTON POST rappelle lui, ce matin, qu'en France Johnny était une institution, avec même un timbre-poste en son honneur. Il a été, là-bas, la vedette rock par excellence et ce pendant plus de cinq décennies et pas moins de huit présidents. Et ce n'est pas une exagération, conclue le quotidien américain, quand Emmanuel Macron écrit : «Le pays tout entier est en deuil».

Par Thomas CLUZEL

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