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Manifestation à Moscou, à l'occasion du 100ème anniversaire de la Révolution d'Octobre

Comment tourner la page ?

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Vladimir Poutine n'a pas assisté, mardi, aux célébrations du 100ème anniversaire de la Révolution d'octobre, dont l'ancien officier du KGB formé à la répression de la dissidence récuse l'héritage.

Manifestation à Moscou, à l'occasion du 100ème anniversaire de la Révolution d'Octobre
Manifestation à Moscou, à l'occasion du 100ème anniversaire de la Révolution d'Octobre Crédits : CITIZENSIDE / NICKOLAY VINOKUROV / CITIZENSIDE

Comment tourner la page de la révolution ? Ou plus exactement, comment commémorer une révolution sans prendre le risque d’encourager des idées révolutionnaires ? Hier, alors que la Russie marquait le centenaire de la révolution d’Octobre, le Kremlin avait fait le choix de célébrer cet anniversaire sans éclat. Certes, un défilé a bien eu lieu sur la Place Rouge, mais il s'agissait davantage de commémorer le défilé organisé le 7 novembre 1941 dans une Moscou assiégée par les troupes nazies. Sans compter que l'événement en costumes d'époque n'a même pas été retransmis à la télévision. Et pour l'essentiel, le programme officiel s'est limité à de modestes expositions et autres colloques entre spécialistes. Vladimir Poutine, lui-même, a soigneusement évité les célébrations, en assistant à des réunions de routine au Kremlin. De sorte que cette journée d'hier aura surtout mis en lumière les contrastes flagrants entre la Russie d'aujourd'hui et les idéaux de la révolution d'il y a 100 ans, résume ce matin THE NEW YORK TIMES. Et pour cause, si pour le président russe les commémorations de la Révolution doivent servir à "tirer des leçons" du passé, ces leçons sont très claires : il s'agit avant tout de se prémunir contre toute velléité de contestation du pouvoir par la rue. Et ce surtout à quelques mois de l'élection présidentielle. Et d'ailleurs, Vladimir Poutine ne s'en cache pas. Ainsi qu'il l'a expliqué au quotidien en ligne VZGLIAD, cité par le Courrier International, la révolution est forcément synonyme, selon lui, de destruction de l’État. Seule l’unité peut être célébrée. Et à ce titre, le contraste était frappant, hier, avec les festivités organisées en grandes pompes, trois jours plus tôt, à l'occasion de la Journée du 4 novembre, décrétée justement depuis 2005 Journée de l'unité.  Sauf qu'en réalité, d’unité il ne fut pas vraiment question, si l’on en juge par les manifestations contradictoires et les arrestations qui ont eu lieu dans le pays. Plus de 400 au total.

Comment célébrer le centième anniversaire de la Révolution russe, la question se posait également, hier, s'agissant de l'un des derniers pays du monde officiellement communiste : la Chine. Et là encore, précise le magazine SLATE, si le régime chinois ne pouvait pas faire autrement que de célébrer ce succès historique du communisme, il devait, lui aussi, tenir compte de ce que son idéal politique aujourd'hui réside, en réalité, davantage dans la stabilité que dans la remise en cause de l'ordre établi. Car dans le fond, les dirigeants chinois éprouvent exactement la même aversion que Vladimir Poutine pour tous ces mouvements d’inspiration démocratique qui s’attaquent aux oligarchies postcommunistes. Et c'est ainsi que le centenaire de la révolution bolchevique, davantage qu’une occasion de célébrer un grand moment dans l’histoire du prolétariat mondial, aura surtout servi en Chine de prétexte touristique, un bon moyen en somme de faire des affaires, grâce à des «tours rouges» organisés par les agences de voyage chinoises dans les villes liées à l’épopée révolutionnaire. 

Autre anniversaire à la Une de la presse, ce matin : un an de présidence Donald Trump.L'occasion, bien évidemment, pour nombre de commentateurs de dresser un bilan de la politique du 45ème président des Etats-Unis. Que faut-il retenir d’un président imprévisible, twitteur effréné, qui s’obstine à détricoter l’héritage Obama et semble appréhender les relations internationales comme un gigantesque jeu de bowling ? Le journal LE TEMPS a choisi, ce matin, de le rappeler en chiffres : 2467 tweets, une seule vraie conférence de presse et 1318 contre-vérités. Par ailleurs, si Donald Trump a multiplié les signatures de décrets, en revanche, aucune loi majeure ne s’est encore concrétisée. Enfin à cela, on pourrait encore ajouter un taux de popularité qui oscille entre 33 et 38%. Ou dit autrement, en 70 ans, jamais président des Etats-Unis n'avait enregistré, un an après son élection, une côte de popularité aussi mauvaise que celle de Trump aujourd'hui. Une impopularité, analyse EL MUNDO, qui reflète la déception d'une gestion aussi bruyante qu'inefficace, marquée par l'incapacité de tenir presque toutes ses promesses électorales, largement irréalistes. 

Le problème, observe le portail d'information DNEVNIK, c'est que si beaucoup de républicains savaient que leur candidat s'était hissé à la tête du parti en usurpateur, ils n'en espéraient pas moins que la présidence changerait Donald Trump. Or c'est le contraire qui s'est produit. Ce sont les républicains qui se sont adaptés à Trump. Ils ont accepté qu'il faille le tolérer et le soutenir officiellement. Et il y a fort à parier que cela ne changera pas. L'échéance de 2020 est, d’ailleurs, dans beaucoup d'esprits et il semble, d’ores et déjà, qu’il sera difficile de tourner la page Trump. «On me demande souvent si je pense que Donald Trump sera destitué. Et j'ai pris l'habitude de répondre que la probabilité qu'il accomplisse deux mandats est plus grande», écrivait encore récemment un chroniqueur du NEW YORK TIMES. En fin de compte, il n'y a gère que LE TEMPS pour relever, ce matin, un point positif à l’élection de Donald Trump. Face à un président erratique et chaotique au comportement parfois indigne, qui dénigre médias et institutions, n’hésite pas à prendre la justice en otage et soulève des questions sur sa santé mentale, de nouvelles formes de résistance sont apparues. En ce sens, l’élection de Donald Trump a provoqué un réveil de la société civile, pour tenter, autant que faire se peut, de contenir toute dérive présidentielle. Et il ne reste maintenant plus qu’à espérer que ce réveil ne se sclérose pas.

Enfin de la difficulté, toujours et encore, de tourner la page avec le énième retour de Berlusconi.A 81 ans, enterré plusieurs fois politiquement, Silvio Berlusconi apparaît aujourd'hui comme le grand gagnant des élections siciliennes organisées dimanche. Le candidat du centre droit soutenu par Forza Italia (le parti du Cavaliere) a, en effet, remporté la présidence de l’île. Or les journaux italiens le répètent à l’envi : ces élections régionales faisaient figure de test pour les élections générales du printemps prochain. Certes, le retour du Cavaliere sous les projecteurs de la scène politique italienne est encore freiné par la loi. Depuis sa condamnation définitive pour fraude fiscale en 2012, Silvio Berlusconi ne peut se porter candidat à aucune élection. Reste qu'il a présenté un recours devant la Cour européenne des droits de l’homme, dont une audience est attendue pour le 22 novembre prochain. A 81 ans, Silvio Berlusconi une quatrième fois chef de gouvernement est donc «très improbable», précise un politologue et professeur d’histoire à l’Université Luiss de Rome. Avant toutefois d'ajouter : «Mais je ne peux pas dire impossible, car avec Silvio Berlusconi rien n’est impossible».

Par Thomas CLUZEL

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