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Un ancien combattant, bénévole de la Royal British Legion porte un coquelicot et ses médailles

Repousser les limites, pour le meilleur comme pour le pire

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Pour pallier un manque de soldats, l'armée britannique lance une campagne de recrutement visant des candidats aux genres, sexualités, religions et origines divers. Mais déjà les critiques fusent contre l’institution, accusée de céder au politiquement correct.

Un ancien combattant, bénévole de la Royal British Legion porte un coquelicot et ses médailles
Un ancien combattant, bénévole de la Royal British Legion porte un coquelicot et ses médailles Crédits : BENJAMIN FURST / HANS LUCAS

Au Royaume-Uni, avant même son lancement officiel demain, la nouvelle campagne de recrutement au sein de l'armée provoque, déjà, de vives réactions, nous apprend le Courrier International, et notamment chez les anciens soldats qui la jugent ridicule. Pourquoi ? Parce que l'armée a décidé, cette fois-ci, de déroger à la règle en axant sa communication sur le «bien-être au travail». Oubliées, donc, les scènes d'action sur le terrain, les regards pénétrant tournés vers l'horizon, le tout généralement rythmé par une bande-son patriotique. Ainsi que l'écrit THE TIMES, l'institution a choisi, au contraire, de dire à ses potentielles nouvelles recrues combien il était normal à la fois d'avoir des sentiments, de prier et même de pleurer. L'un des quatre clips qui seront diffusés à partir de demain s'ouvre, d'ailleurs, sur le témoignage d'un soldat en larmes : «Une fois engagé, on se rend compte que personne n’est une machine. L’armée, c’est une famille». On y découvre, par ailleurs, qu'une condition physique irréprochable n'est pas indispensable pour faire partie des troupes, mais également qu'en cas de soucis sur la pratique de leur religion ou le respect de leur orientation sexuelle, ils et elles seront écoutés. Bref, quatre messages publicitaires visant à briser le mythe du super-héros. Ou dit autrement, selon la BBC, l'armée entend à présent se montrer à l’image de la société qu’elle représente, comprenez ouverte à tous, peu importe son sexe, son origine ethnique, sa religion ou sa classe sociale.

Un message moderne, en somme, bien loin de la rhétorique insultante et grossière de Donald Trump. Ou quand le président américain touche vraiment le fond, se désole ce matin un éditorialiste de la chaîne CNN. Hier, alors qu'il recevait plusieurs sénateurs pour évoquer un projet autour de l'immigration, Donald Trump a eu ces mots : «Pourquoi voulons-nous que toutes ces personnes originaires de pays de merde viennent ici ?». Oui, vous avez bien entendu : «shithole countries». Le président américain a bien dit : «pays de merde». Et ce qui est plus épouvantable encore, écrit toujours l'éditorialiste de la chaîne américaine, c'est que la Maison-Blanche n'a même pas cherché à nier le fait que Donald Trump avait bien prononcé cette insulte. Au contraire, elle l'a même défendu. Un fonctionnaire de la Maison-Blanche interrogé sur CNN est même allé jusqu'à nous expliquer que si les mots du président pouvaient, peut-être, en énerver certains, en revanche, ils résonnaient avec sa base. En clair, ce que nous expliquent aujourd'hui les conseillers du président c'est que le fait que Donald Trump tienne des propos racistes est, en réalité, une bonne chose, parce que les gens qui aiment Donald Trump sont d'accord avec lui. Ce faisant, la Maison-Blanche reconnaît, tout simplement, que dire des insanités n'est pas un problème pour Donald Trump, tant que ça marche politiquement. 

Evidemment, comme à chaque nouveau brûlot, le débat a repris de plus belle aux Etats-Unis : Donald Trump, qui se définit lui-même comme un «génie très stable», souffre-t-il de troubles mentaux ? Une nouvelle vague d’interrogations émerge alors que le président américain s’apprête, justement, à subir aujourd'hui sa visite médicale annuelle et, donc, son premier bilan de santé en tant que président. Mais ses plus féroces détracteurs seront déçus, précise aussitôt la correspondante du TEMPS. Pourquoi ? Parce que l’examen ne révélera rien sur son état psychique. Il ne comportera aucun test d'acuité mentale. Il y sera seulement question de pression artérielle, de taux de cholestérol et d’indice de masse corporelle. Et puis surtout, une question se révèle bien plus cruciale lorsqu'il s'agit de sonder les bas-fonds du cerveau présidentiel : à quoi rime finalement tout ce cirque ? Diagnostiquer des déficiences ou des troubles mentaux est une chose, mais encore faudrait-il que cela ne reste pas sans effets, puisque c’est là le but recherché par ceux qui entendent remettre en question la capacité de Trump de gouverner. Or, sur ce point, le 25ème amendement de la Constitution américaine est très clair. Premier scénario : le président adresse lui-même une déclaration écrite aux présidents des deux Chambres pour signifier son inaptitude. Ce qui paraît hautement improbable avec Donald Trump. Deuxième possibilité : le vice-président prend, cette fois-ci, l'initiative d'adresser une telle déclaration. Or non seulement le fidèle Mike Pence peine probablement ne serait-ce qu’à imaginer aujourd'hui cette possibilité, mais dans un tel scénario le président a, par ailleurs, le droit de contester cette incapacité à gouverner. Dès-lors, c’est au Congrès qu’il convient de trancher par un vote des deux tiers des membres des deux Chambres, aujourd’hui à majorité républicaine. En d’autres termes, dans le contexte politique actuel, un tel scénario n’a, quoi qu'il en soit, aucune chance de se concrétiser.

Enfin en Allemagne, si le pays attend toujours désespérément, ce matin, de savoir si conservateurs et sociaux-démocrates vont s'entendre pour former un gouvernement, un autre débat fait rage depuis quelques jours. Le parti d'extrême droite AfD, entré avec fracas au Bundestag lors des dernières élections, entend aujourd'hui occuper tous les postes auxquels il peut désormais prétendre. Et notamment dans les institutions qu'elle combat comme, par exemple, la "Fondation du Mémorial aux Juifs assassinés d’Europe" ou "l’Alliance pour la démocratie et la tolérance". En cherchant ainsi à s’infiltrer au sein de toutes les institutions de la République, l'AfD veut occuper le terrain, affirmer sa présence, tout en radicalisant son discours. Dernière surenchère verbale en date : récemment, une élue locale de Berlin a diffusé sur son compte Facebook une affiche de propagande du IIIème Reich, proclamant «Femme allemande! Préserve la pureté de ton sang. Les étrangers ne doivent pas te toucher!». Le message a depuis été supprimé, mais l’élue l’a justifié en expliquant vouloir que «les Allemands restent allemands». D'où ce commentaire du TAGESPIEGEL : l’AfD teste depuis longtemps les limites de ce qui peut être dit en Allemagne. Le parti veut repousser ces limites. Or ses sorties ne sont pas un dérapage fortuit mais bien l’expression de la volonté du parti d’intégrer, aussi, les néonazis les plus extrémistes. Et l'article d'en conclure : le cap radical est aujourd'hui cimenté. De sorte que le parti populiste AfD apparaît, désormais, nettement plus extrémiste que le FPÖ autrichien ou le FN français.

Par Thomas CLUZEL

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