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Le premier ministre néerlandais Mark Rutte et la chancelière allemande Angela Merkel

Entre comédie et tragédie

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Aux-Pays, en Allemagne, comme en Autriche, la formation des gouvernements à venir inaugure une véritable foire aux concessions.

Le premier ministre néerlandais Mark Rutte et la chancelière allemande Angela Merkel
Le premier ministre néerlandais Mark Rutte et la chancelière allemande Angela Merkel Crédits : MICHAEL KAPPELER / DPA

C’est peut-être là le début d’une nouvelle ère, entre comédie et tragédie, ou quand les alliances trahissent, en réalité, de profondes divisions. Prenez le cas, par exemple, des Pays-Bas. Sept mois après les résultats des élections législatives, le Premier Ministre va enfin désigner, aujourd'hui, les membres du nouveau gouvernement, après qu'un accord de coalition a été trouvé mardi dernier. Une coalition totalement dépourvue de ligne unitaire puisqu'on y retrouve, pèle-mèle, les libéraux de droite (VVD), les chrétiens-démocrates (CDA), le parti de centre-gauche (D66) et l'Union chrétienne (CU). Or lorsque les extrêmes s'assemblent, inévitablement, la logique marque le pas et les choses, même, parfois peuvent s'emballer. C'est ainsi que, cette semaine, on a pu goûter à des formulations du genre : «Nous sommes favorables aux différences mais hostiles aux antagonismes». Autant dire qu'il a certainement fallu négocier, très longtemps, pour obtenir une telle phrase, ironise DE VOLKSKRANT. Seule certitude, renchérit son confrère NRC HANDELSBLAD, ce sera un gouvernement de petites foulées, comme c'est souvent le cas aux Pays-Bas, habitués aux coalitions. Sauf que ces quatre partis ne forment pas une coalition par conviction, ils coopèrent simplement sous la contrainte. Cet accord regorge, en réalité, de concessions faites de toutes parts. Et la formation aujourd'hui du gouvernement devrait lui ressembler, en tout point, comprenez un gouvernement sans âme.

Et que dire, cette fois-ci, de la foire aux concessions ouverte en Allemagne ? Là-bas, les conservateurs du bloc CDU-CSU, les libéraux du FDP et les Verts entameront, la semaine prochaine, des discussions en vue de former un gouvernement de coalition. Mais, déjà cette semaine, au terme de longues négociations, la CDU d’Angela Merkel et son alliée bavaroise sont tombées d’accord, peut-on lire sur le site de la DEUTSCHE WELLE : l’Allemagne va introduire un nombre maximal d’entrées pour limiter les arrivées de migrants sur son sol. Sauf que l'expression «tombées d'accord» n'est pas tout à fait exacte, au regard de la politique d'accueil promue par la chancelière. En réalité, Angela Merkel a surtout céder pour ne pas perdre sa plus fidèles alliée, laquelle menaçait de ne pas renouveler son contrat de coalition. Ou dit autrement, selon DER TAGESSPIEGEL : Bienvenus dans la réalité ! Bienvenus dans un pays dans lequel tout le monde ne souhaite pas la bienvenue à tout le monde ! De leur côté, les Verts (partisans d'une politique migratoire ouverte) ont déjà réagi. Ils n'avaleront pas cette restriction, sans contrepartie. En clair, en échange d'une politique climatique et énergétique inflexible, ils pourraient fermer les yeux sur ce repositionnement de la chancelière. Quant aux libéraux, qu'Angela Merkel doit également convaincre de participer au gouvernement, il n'est pas sûr qu'ils apprécient les avancées du chef du groupe parlementaire de la CDU, lequel déclare dans les colonnes du magazine DER SPIEGEL vouloir conserver le ministère des Finances au sein du parti conservateur. Quoi qu'il en soit, le résultat des élections régionales organisées dimanche en Basse-Saxe devraient donner un premier aperçu de l'état des forces en présence et du niveau des tractations à venir.

Autre scrutin prévu ce dimanche : Les Autrichiens sont, eux, appelés à élire un nouveau Parlement. Ou quand l'on se dirige vers une coalition droite / extrême droite. Et pourtant, depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, la grande coalition entre conservateurs et sociaux-démocrates était le modèle politique privilégié en Autriche. Elle était garante de stabilité. Sauf qu'elle s'est progressivement transformée en véritable invitation au clientélisme et aux accords en sous-main, peut-on lire sur le portail de la DEUTSCHLANDFUNK. C'est cela qui a favorisé l'essor de l'extrême droite, en même temps que l'érosion des libéraux et des sociaux-démocrates mais aussi les divisions chez les Verts. Et le site de la radio publique allemande d'en conclure : Voilà le legs mortel de la sempiternelle grande coalition.

Pas une coalition mais une réconciliation, cette fois-ci, entre le Hamas et le Fatah. Dans la foulée de leur annonce surprise de réconciliation, la semaine dernière, le Fatah au pouvoir en Cisjordanie et le Hamas de Gaza ont conclu un premier accord, hier. Concrètement, précise le correspondant du TEMPS, les deux ex-frères ennemis s’engagent à constituer un gouvernement d’union nationale à partir du 1er décembre. A en croire les médias palestiniens, l’annonce de cette réconciliation ne suscite pas d’émotion particulière en Cisjordanie. En revanche, elle éveille d’énormes d’espoirs parmi les deux millions de Gazaouis. Pourquoi ? Parce que le cas échéant, l’Autorité Palestinienne prendra de nouveau en charge le coût de leur consommation en eau et en électricité ainsi que de nombreuses autres dépenses, et que leur niveau de vie devrait progressivement s’améliorer. Reste que de nombreux points délicats demeurent toujours en suspens : le démantèlement des stocks d’armes du Hamas, la prise de contrôle par l’Autorité Palestinienne du réseau de tunnels creusés par l’organisation islamiste, et surtout le sort des 75 000 fonctionnaires (dont 25 000 membres des services de sécurité) nommés par le Hamas de Gaza dans la foulée de son putsch de 2007. Ou quand réconciliation ne rime pas encore avec concrétisation.

Enfin quand les accords ne trahissent pas de profondes divisions, les portes claquent, annonçant ni plus ni moins la fin du multilatéralisme. Hier, les Etats-Unis ont claqué la porte de l'Unesco, gardienne du patrimoine mondial de l’humanité. Un retrait qui ne sera effectif, en réalité, que le 31 décembre 2018. Une décision qui ne constitue pas franchement une surprise. Tout d'abord, comme le rappelle FOREIGN POLICY, parce que l’administration Trump n’est pas la première à avoir maille à partir avec l’Unesco : En 1984, déjà, Ronald Reagan avait décidé de claquer, lui aussi, la porte de l’enceinte onusienne jugée à l'époque trop pro-soviétique. Ensuite, la décision de l'administration Trump illustre le franc scepticisme aujourd'hui de la Maison-Blanche envers l’ONU, mais aussi l’alignement de Washington sur les positions du premier ministre israélien. A ce titre, le communiqué du Département d’Etat américain est on ne peut plus explicite : il dénonce l’attitude constamment anti-israélienne de l’organisation installée à Paris. Dans la soirée, Benyamin Netanyahou a d'ailleurs lui-même annoncé, à son tour, le retrait de son pays de l’Unesco, décrit comme un «théâtre de l’absurde». Bref, seule certitude, ce matin encore, l'actualité se donne décidément bien du mal pour mettre en scène la déraison du monde, dans laquelle l’humanité se perd chaque jour un peu plus.

Par Thomas CLUZEL

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