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Le président français Emmanuel Macron (g), le premier ministre fidjien Frank Bainimarama (c) et la chancelière allemande Angela Merkel (d) réunis autour d'un enfant des îles Fidji, lors de la conférence pour le climat (COP23) à Bonn

Le temps de rêver est bien court

5 min
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Les délégués de près de 200 pays bouclent aujourd'hui la COP23 (la 23ème conférence climat de l'ONU). Mais rien n'est encore tranché sur le fond, ce sera le rôle de la ... COP24, prévue en décembre 2018. Prochaine étape, un sommet organisé en décembre à Paris, pour maintenir la dynamique.

Le président français Emmanuel Macron (g), le premier ministre fidjien Frank Bainimarama (c) et la chancelière allemande Angela Merkel (d) réunis autour d'un enfant des îles Fidji, lors de la conférence pour le climat (COP23) à Bonn
Le président français Emmanuel Macron (g), le premier ministre fidjien Frank Bainimarama (c) et la chancelière allemande Angela Merkel (d) réunis autour d'un enfant des îles Fidji, lors de la conférence pour le climat (COP23) à Bonn Crédits : OLIVER BERG / DPA

Ce matin, encore, la question reste invariablement la même : d'où vient ce caillou qui empêche la bonne marche du monde ? Selon une étude très sérieuse de l'Université de Lausanne publiée dans THE JOURNAL OF APPLIED PSYCHOLOGY, et repérée par le magazine Slate, des chercheurs ont constaté une corrélation évidente entre intelligence et aptitudes à diriger. Jusque-là, rien de très étonnant. Sauf qu'au-delà d'une certaine limite (en l'occurrence un QI de 120), les capacités de leadership diminueraient et la corrélation finirait même par s'inverser. Ou dit autrement, les gens trop intelligents feraient de mauvais leaders. Pourquoi ? Réponse du quotidien britannique THE INDEPENDENT : ce n'est pas tant que les dirigeants très intelligents ont recours à de mauvaises méthodes, mais plutôt qu'ils peinent à appliquer les bonnes. Peut-être parce qu'ils sont plus enclins à utiliser un langage complexe ou moins doués pour simplifier les tâches. Peut-être, aussi, ont-ils du mal à comprendre que les autres puissent rencontrer des difficultés là où, eux, n'en voient pas. 

Est-ce parce qu'ils sont trop intelligents, justement, que les leaders conservateurs, libéraux et Verts ont été incapables de s'entendre, hier soir, en Allemagne ? Quoi qu'il en soit, les discussions menées depuis quatre semaines en vue de former une coalition de gouvernement inédite ont échoué. Étonnamment, la ronde des négociations s'est arrêtée, se désole notamment ce matin DIE WELT. Plus exactement, les pourparlers ou disons les explorations, précise le SPIEGEL ONLINE, vont  se prolonger, a priori, jusqu'à demain si nécessaire. Et l'enjeu est de taille, puisque si les leaders de chacun des partis concernés ne parviennent pas à trouver un compromis, des législatives anticipées risquent d'être convoquées. A la plus grande joie, sans doute, du parti extrémiste AfD. Manifestement, les points de friction tourneraient aujourd'hui autour de deux questions, en particulier : le climat et l'immigration. 

Et ce sont, justement, les deux thèmes qui occupent, ce matin, l'essentiel des journaux.Le climat, tout d'abord, avec la fin aujourd'hui de la COP23. Et la presse outre-Rhin se montre, là encore, déçue, pour le moins. DIE TAGESZEITUNG, en particulier, parle d'ores et déjà de chance manquée. Et pourtant, les dernières images des ouragans dans les Caraïbes nous ont donné un avant-goût terrible de ce que nos petits-enfants subiront si nous ne faisons rien. En cela, les images diffusées à la télévision, ces dernières semaines, auraient pu se révéler salvatrices. Hélas, note l'hebdomadaire belge TRENDS, les hommes sont comme les poissons rouges, dit-il, ils n'ont aucune mémoire et le temps de faire le tour du bocal, ils ont déjà tout oublié. A une indignation succédera probablement une autre et ainsi de suite. Et pourtant, ne savent-ils pas ce qu'il se passe réellement dans le monde ?, interroge à son tour son confrère autrichien WIENER ZEITUNG, avant d'exhorter, lui aussi, les citoyens et les gouvernements à mettre un terme rapide et définitif à leur politique de l'autruche.

Et comme souvent, davantage que les gouvernements, ce sont les organisations qui tirent la sonnette d'alarme.C'est le cas, notamment ce matin, sur un autre sujet : la campagne de répression qui, depuis le 25 août dernier, a conduit plus de la moitié de la population des Rohingyas à quitter la Birmanie. De très nombreux journaux, à l'instar du WASHINGTON POST, accordent un écho tout particulier au rapport publié hier par l'organisation Human Rights Watch. Selon l'ONG, les forces de sécurité birmanes mèneraient depuis des semaines une large campagne de viols collectifs contre les femmes et les jeunes filles de cette minorité musulmane. L'enquête menée dans des camps de réfugiés, a recueilli les témoignages de 52 victimes. Dans chaque cas décrit, les auteurs de ces violences étaient des membres des forces de sécurité, quasiment tous des militaires. Les survivantes racontent des jours entiers d'agonie, marchant à travers la jungle, les parties génitales gonflées et déchirées. Trois femmes disent également avoir accouché au cours de leur périple, sans recevoir les soins médicaux minimaux ou même une quelconque assistance sanitaire. De leur côté, les autorités birmanes rejettent ces accusations de violences sexuelles commises par l'armée, tout autant d'ailleurs que la réalité du nettoyage ethnique qui se poursuit depuis près de 3 mois. Hier, la commission des droits de l'Homme de l'ONU a adopté une résolution réclamant l'arrêt des attaques birmanes contre les Rohingyas. Pour l'ONG Human Rights Watch, ce vote envoie «un message fort que le monde ne restera pas sans rien faire». Reste que cette résolution est aujourd'hui non contraignante. Le texte sera examiné en session plénière par l'Assemblée générale … le mois prochain.  

Et puis l'ONU a également épinglé, cette semaine, l'Union Européenne, qui coopère avec les garde-côtes libyens pour intercepter les réfugiés en Méditerranée.Ce pacte avec le diable, comme le qualifie le journal de Rome AVVENIRE, a certes permis de diminuer de moitié le nombre d’immigrés illégaux et de réfugiés voyageant de la Libye vers l’Italie, mais à quel prix ? Un peu partout, des centres de détention surpeuplés pour migrants ont émergé en Libye et de nombreuses ONG, telles qu'Amnesty International, ont alerté l’opinion quant aux détentions arbitraires, aux tortures, aux viols et aux meurtres dont ces personnes font l’objet. Cette semaine, un reportage de la chaîne américaine CNN a par ailleurs révélé qu'un certain nombre de ces migrants se trouvent également réduits en esclavage par leurs passeurs. Or c'est justement à la suite de ce reportage, précise LA REPUBBLICA que le Haut-Commissariat des Nations-Unies aux droits de l'homme a dénoncé «la politique inhumaine de l’UE», qui consiste à «aider les garde-côtes libyens à intercepter les migrants en Méditerranée». Ce système a notamment produit une scène dramatique la semaine dernière : une embarcation de migrants a été secourue à la fois par la marine libyenne et par une ONG. Mais terrifiés à l’idée d’être renvoyés en Libye, des migrants se sont jetés à l’eau  : 5 sont morts et 50 sont portés disparus. Et pourtant, malgré toutes ces informations recueillies et vérifiées, peut-on lire sur le site THE CONVERSATION, l'UE continue de coopérer avec la Libye. Voilà pourquoi, au lieu d'émettre des avertissements, les Nations unies feraient mieux de passer à l'acte, peut-on lire encore dans les colonnes d'IL CORRIERE. Ou quand le temps de rêver est bien court. C'est un temps déraisonnable. Est-ce ainsi que les hommes vivent ?

Par Thomas CLUZEL

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