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Le président américain Donald Trump

Quand les mots finissent par déraper

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Il est arrivé à la Maison Blanche avec la promesse de "l'Amérique d'abord". Un an et plusieurs décisions spectaculaires plus tard, l’image de Donald Trump dans le monde est plus mauvaise que ne l'a jamais été celle de ses deux prédécesseurs.

Le président américain Donald Trump
Le président américain Donald Trump Crédits : MANDEL NGAN - AFP

De toutes les ruptures que sa présidence aura causé, la plus saisissante est sans doute celle des mots. Or, ironie du sort, alors que Donald Trump s'apprête à fêter demain son premier anniversaire à la tête des Etats-Unis, un mot (ou plus exactement un slogan) résonne tout particulièrement ce matin, note le magazine SLATE : «L'Amérique d'abord». A en croire le nouveau sondage publié hier par GALLUP, il semblerait en effet que le reste du monde le lui rende bien. A ceci près, toutefois, que comme le boomerang qui revient infailliblement à la figure de celui qui l'a lancé, son slogan de campagne résonne, à présent, d'un tout autre pathétique. Dans ce sondage, réalisé à l'échelle mondiale, on apprend que les États-Unis atteignent cette année un creux historique, avec seulement 30 % d'opinion favorable dans le monde, soit une baisse de 18 points de pourcentage par rapport à l'année précédente. Sur le continent américain, la grogne est surtout marquée au Canada, relève LA PRESSE de Montréal, avec une chute de 40 points en un an. Mais les opinions sont encore plus défavorables dans certains pays, comme au Portugal, qui a enregistré une baisse de 51 points. L'impopularité de Donald Trump estimée à 43% dans 134 pays le place devant Vladimir Poutine et Xi Jinping en termes de détestation. La chute dans l'appréciation du leadership américain, sous Donald Trump, est donc vertigineuse. De sorte que «L'Amérique d'abord» c'est donc, d'abord, cela : un président américain honni du reste du monde. Sur le plan strictement intérieur, cette fois-ci, deux autres sondages ont été également publiés hier, l'un par CBS, l'autre par NPR. Et là encore, ça se passe de commentaires : entre 53% et 58% des Américains considèrent la première année de Trump comme … un échec.

Mais Donald Trump trouvera, malgré tout, une bonne raison de sourire ce matin. Pour éviter un «shutdown» (la fermeture des administrations fédérales), le président a franchi un premier obstacle grâce au vote, cette nuit, àla Chambre des représentants d’un budget provisoire. Sauf que la menace de chômage forcé pour des centaines de milliers de fonctionnaires pèse toujours, puisque le Sénat doit, à son tour, se prononcer avant ce soir minuit. Or les républicains ne sont pas certains de pouvoir compter sur les 60 voix nécessaires. Signe, d'ailleurs, du suspense persistant, même depuis l’adoption à la Chambre d’une extension de quatre semaines du budget, un compte-à-rebours figure toujours, ce matin, sur l’écran de la chaîne d’information en continu CNN. Quoi qu'il en soit Donald Trump, lui, semble être le seul aujourd'hui à Washington à ne pas s'inquiéter d'un possible «shutdown», peut-on lire sur le site de CNBC. A en juger par son compte Twitter (lequel reflète généralement la pensée du président), sur les 36 messages qu'il a posté cette semaine, 3 seulement mentionnaient le mot «fermeture». Enfin, à la Maison-Blanche, personne ne sait si dans le cas où le Congrès ne parviendrait pas à un accord aujourd'hui, le président a l'intention ou non de modifier ses plans de voyage pour le weekend. Donald Trump est, en effet, censé quitter Washington cet après-midi pour son club privé en Floride, où il célébrera le premier anniversaire de son investiture en organisant une collecte de fonds.  

Direction l'Afrique du Sud, à présent, où les dérapages racistes attisent la colère. Depuis mercredi, jour de rentrée scolaire, des militants manifestent en bloquant l’entrée d’une école qui refuse d’intégrer des élèves noirs. Cette école, raconte ce matin la correspondante du TEMPS, dit aujourd'hui ne pas avoir suffisamment de ressources pour ouvrir des classes en anglais pour ces élèves. En clair, au prétexte qu’ils ne parlent pas la langue des Afrikaners, l'établissement refuse aujourd'hui d'intégrer 55 élèves noirs du quartier. Et c'est ainsi que les manifestants accusent, donc, les Blancs de se servir de leur langue comme d’un prétexte pour exclure leurs voisins de couleur. Et si cette colère reflète les frustrations des jeunes Noirs devant la lenteur des changements opérés en Afrique du Sud, elle est aussi attisée par la stratégie populiste du petit parti EFF (Combattants pour la liberté économique). Le parti de la gauche radicale s'était déjà illustré, la semaine dernière, en saccageant plusieurs magasins de la chaine H&M, accusée de racisme. La dernière campagne de promotion de la marque comportait, en effet, une photo montrant un enfant noir portant un sweat-shirt recouvert de l'inscription : «Coolest monkey in the jungle» («Le singe le plus cool de la jungle»). Face au tollé provoqué par la publicité le groupe a annoncé, cette semaine, le retrait de cette photo et présenté des excuses. Sauf que la polémique s'est poursuivie sur les réseaux sociaux, après que la mère du jeune mannequin a déclaré qu'elle ne trouvait pas ça raciste et qu'il fallait que les gens «se calment» et arrêtent de «crier au loup tout le temps». Interviewée par la télévision britannique, précise THE INDEPENDENT, elle a raconté avoir elle-même été traitée de «singe» par une personne raciste. Mais pour elle, la photo de son fils est quelque chose d'autre, qui n'est pas infecté par quelque connotation que ce soit : «Je vois juste un jeune garçon noir, qui porte un t-shirt avec le mot “singe” dessus.» Et c'est ainsi, raconte le magazine SLATE, que la mère du jeune garçon a été, à son tour, vivement critiquée sur les réseaux sociaux au point, même, de devoir déménager de son appartement de Stockholm pour des raisons de sécurité. 

Enfin le Pape François poursuit son voyage rythmé par la polémique en Amérique latine. Le souverain pontife est arrivé hier au Pérou pour une visite de trois jours. Mais c'est sa première étape chilienne qui retient, encore ce matin, l'attention de la presse. Venu au Chili en grande partie pour panser les plaies d'une Eglise discréditée pour son silence face à des scandales pédophiles, le pape a certes multiplié les déclarations de contrition mais, étonnamment note THE TIME, il a également défendu un évêque particulièrement décrié au Chili, car soupçonné d'avoir tu les agissements d'un vieux prêtre pédophile. «Le jour où vous m'apportez une preuve contre l'évêque Barros, je vous parlerai. Il n'y a pas une seule preuve contre lui. Tout est calomnie. C'est clair ?», a lancé hier le pape aux journalistes, avant d'embrasser ouvertement ledit évêque, provoquant aussitôt une tempête dans ce pays à majorité catholique, remarque à son tour THE NEW YORK TIMES. De quoi soulever, surtout, des questions sur la sincérité de son engagement à réparer les dommages causés par les scandales d'abus sexuels.

Par Thomas CLUZEL

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