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Roundup, désherbant commercialisé par Monsanto

Glyphosate, le débat pollué

5 min

Chaque matin, l’actualité vue au travers de la presse étrangère. Aujourd’hui : l'UE n'est parvenue à aucun accord sur la prorogation de l'autorisation du glyphosate, substance herbicide la plus vendue en Europe mais dont l'effet sur la santé est au cœur d'une controverse.

Roundup, désherbant commercialisé par Monsanto
Roundup, désherbant commercialisé par Monsanto Crédits : Charles Platiau

L'Union Européenne, divisée, a de nouveau reporté, hier, sa décision sur le renouvellement de l'autorisation du glyphosate, l'herbicide le plus vendu en Europe, et dont les opposants dénoncent le risque cancérogène. Aucune majorité qualifiée ne s’est dégagée par les Vingt-Huit. Aucun vote n’a donc eu lieu. Or c’est la deuxième fois que le comité renonce ainsi à se prononcer sur ce dossier sensible, puisqu'en mars dernier, déjà, il avait battu en retrait une première fois. Preuve que les enjeux commerciaux et politiques, mais surtout les risques que représentent le glyphosate pour la santé et l’environnement pèsent lourd, aujourd'hui, sur la décision des gouvernements. Et pourtant le temps presse. L’autorisation de vente de ce désherbant le plus utilisé de la planète arrivant à échéance le 30 juin prochain, l’enjeu n'est pas compliqué : sans nouvelle autorisation, tous les produits à base de glyphosate seront interdits dans l’Union Européenne.

Pour commencer, rappelons que ce pesticide, commercialisé en 1974 aux États-Unis par le groupe agro-industriel américain Monsanto sous le nom de Roundup, est aujourd’hui employé tout autour du globe. Producteurs de maïs américains, cultivateurs de coton indiens, barons du soja argentins et céréaliers allemands, tous traitent leurs champs au glyphosate. Une substance qui tue presque toutes les espèces de mauvaise herbe dans le monde entier. Et parfois pas seulement la mauvaise herbe. Cela fait longtemps, en effet, rappelle l'hebdomadaire de Hambourg DIE ZEIT cité par le Courrier International, que l’on entend dire que le glyphosate nuit aussi aux animaux et aux hommes. Une éventuelle dangerosité qui a déclenché une véritable guerre idéologique. Pour les uns, le glyphosate tue et il faut immédiatement l’interdire. Voilà, en substance, ce que répètent les écologistes. Pour les autres, en revanche, c'est-à-dire les responsables agricoles et les organisations du secteur agro-industriel, le glyphosate, au contraire, sauve des vies, augmente les rendements agricoles et nourrit la population mondiale. Et c'est ainsi que le bras de fer autour de cet herbicide, dure depuis des années. Depuis trop longtemps, en réalité, note toujours l'hebdomadaire.

Bien évidemment, ce qui a longtemps manqué dans cette guerre entre écologistes et tenants de l’agriculture conventionnelle, c’est une instance scientifique qui émette un avis exempt de toute propagande. Or un jour du mois de mars 2015, le Centre international de recherche sur le cancer a rendu un avis. Après un examen approfondi des études scientifiques existantes, il est arrivé à la conclusion que le glyphosate était probablement cancérogène. En d'autres termes, avec le verdict de l’OMS, le sort du glyphosate semblait scellé. Mais ce n’était qu’une impression. Puisque peu de temps après, à Berlin, l'Institut fédéral pour l’évaluation des risques, rendait à son tour son avis : le glyphosate n’est pas cancérogène. Et à la mi-novembre l’Autorité européenne de sécurité des aliments se rangeait, elle aussi, à ce jugement.

Au total, ce sont des dizaines d'études, reposant sur des méthodologies différentes, qui sont arrivées ainsi à des conclusions contradictoires. Une véritable bataille d'experts, où les accusations de conflits d'intérêts se succèdent. Quand certains sont soupçonnés d'entretenir des activités indirectement rémunérées par des groupes agrochimiques, d'autres sont également soupçonné d'entretenir en secret des activités parallèles et rémunérées au sein de groupes anti-pesticide. C'est du moins ce que révèle une tribune publiée cette semaine sur le site du magazine FORBES. Toujours est-il qu'après moult études, suivies d’autres études, après des publications dénonçant la nature cancérogène du pesticide, suivies de démentis, toujours à coups de gros titres de la presse, nous ne savons toujours pas à quel point le glyphosate est dangereux.

Le débat sur le glyphosate dépasse le cadre du produit phytosanitaire en question

En se concentrant sur les conséquences sanitaires de l'herbicide, on passe à côté du véritable enjeu, c’est-à-dire estime la SÜDDEUTSCHE ZEITUNG, la transformation inéluctable de l’agriculture. Car une interdiction permettra tout au plus satisfaire le besoin de protection des individus, contre des risques nébuleux. Mais elle ne fera que déplacer, dit-il, les problèmes. Depuis des années, personne ne peut se voiler la face : cette hyper-production franchira tôt ou tard les limites du raisonnable et rendra une transition agraire inéluctable. Même analyse pour LE TEMPS de Lausanne, pour qui l’histoire de l’agrochimie apparaît comme une banale succession d’épisodes à répétition. On croit d'abord découvrir la panacée, avant de constater ensuite des effets collatéraux. On finit alors par bannir la substance, pour en réinventer bientôt une nouvelle. Et à chaque fois, la nature et la santé humaine trinquent. Dès-lors, ne serait-il pas temps de jouer à fond notre créativité pour inventer de nouveaux paradigmes de production agricole ?, interroge le journal. Reste à savoir, toutefois, si une agriculture plus sage aura la capacité de nourrir une population mondiale qui va toujours galopant.

Preuve que l'enjeu est aussi commercial, le groupe allemand de chimie-pharmacie Bayer a confirmé cette semaine son intention d’acheter le semencier américain Monsanto

Le flirt à 53 milliards d’euros est maintenant officiel. Voilà ce qu'annonçait hier le quotidien de Düsseldorf HANDELSBLATT. La semaine dernière, un possible rachat avait été évoqué dans la presse, mais depuis hier, les deux entreprises ont confirmé que des discussions étaient en cours. Bayer serait prêt à mettre 60 milliards de dollars sur la table pour s’offrir Monsanto, précise le journal. L’entreprise américaine, qui pèse pour l’heure environ 42 milliards de dollars en Bourse, serait cependant peu encline à accepter la proposition de son rival allemand, affirme de son côté THE FINANCIAL TIMES.

Toujours est-il qu'une fusion des deux groupes aboutirait à la création du leader mondial des semences et des pesticides, précise pour sa part THE WALL STREET JOURNAL qui, le premier, a révélé l’offre du chimiste allemand. Selon des estimations de Morgan Stanley, la nouvelle entreprise fournirait environ 28 % des pesticides dans le monde, 36 % des semences de maïs américaines et 28 % des graines de soja. Autant d'arguments qui justifieraient que Bayer soit prêt à lâcher 60 milliards de dollars pour s'offrir Monsanto, c'est-à-dire précise à nouveau le HANDELSBLATT, l’une des entreprises les plus détestées au monde.

Par Thomas CLUZEL

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