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Graffiti sur un mur de Barcelone, à la veille des élections en Catalogne

Crise de la représentation politique

5 min
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A l’issue des élections organisées en Catalogne, les indépendantistes posent un défi majeur à l'unité de l'Espagne et au gouvernement de Mariano Rajoy qui tablait sur ce scrutin pour les affaiblir.

Graffiti sur un mur de Barcelone, à la veille des élections en Catalogne
Graffiti sur un mur de Barcelone, à la veille des élections en Catalogne Crédits : ALEXANDROS MICHAILIDIS / SOOC

Hier, la Catalogne a donc voté. Et mieux encore, se félicite ce matin EL MUNDO, elle a voté comme jamais auparavant, battant tous les records de participation. Preuve que, même dans un contexte chauffé à blanc, les citoyens n'avaient pas encore tout à fait abandonné l'espoir de mettre un point final à cette crise, qui agite la région depuis plus de 3 mois. Sauf que les résultats du vote laissent, en réalité, la Catalogne aux prises avec un avenir toujours aussi incertain, constate dépité ce matin EL PAIS. Pourquoi ? Parce que si le parti unioniste Ciudadanos est bien arrivé en tête des suffrages (avec 37 sièges), en revanche, les trois listes indépendantistes, elles, cumulent 70 sièges sur 135, soit deux de plus que la majorité absolue. En clair, les citoyens ont à la fois donné une victoire sans précédent au parti unioniste Ciudadanos et décidé, dans le même temps, que le bloc indépendantiste maintiendrait sa majorité absolue au Parlement. D'où le titre de cet édito, aux accents contrariés, à lire dans les colonnes du quotidien conservateur ABC : Des élections pour ça ? On se figurerait presque la moue pleine de ressentiment tenace sinon de rage de l'éditorialiste qui, à l'instar de tous ses autres confrères madrilènes, espérait que ce scrutin fermerait définitivement leur bec aux partis séparatistes. Quand EL MUNDO ne peut à son tour que constater, avec amertume, que le triomphe historique de Ciudadanos n'a pas, pour autant, réussi à freiner l'indépendantisme catalan, à l'inverse, le journal ARA note avec fierté que non seulement l’indépendantisme résiste mais qu'il annule, même, l’effet de la victoire des unionistes de Ciudadanos. Bref, ce matin, chacun selon son camp voit midi à sa porte. Reste à présent une Catalogne divisée et surtout dans l'impasse. Ces élections, écrit EL PERIODICO DE CATALUNYA, montrent une fois de plus combien la Catalogne est aujourd'hui partagée en deux blocs quasi imperméables, où il ne reste que guère de place pour des positions intermédiaires, voire médiatrices. Et l'article d'en conclure : la Catalogne étant ainsi divisée, personne ne peut et ne doit désormais gouverner contre l'autre moitié.

Et pendant ce temps le scandale Odebrecht (du nom de ce géant du BTP brésilien) continue de faire des vagues sur tout le continent sud-américain.En Equateur, tout d'abord, nous apprend EL COMMERCIO, la Cour constitutionnelle a autorisé hier le lancement d'une procédure qui pourrait aboutir à la destitution du vice-président, condamné la semaine dernière à six ans de prison pour avoir reçu des pots-de-vin du groupe de BTP. Et puis parallèlement, au Pérou voisin, là c'est le président lui-même qui était menacé de destitution, après qu'Odebrecht eut révélé avoir payé près de cinq millions de dollars à des entreprises proches du chef de l'Etat. Des accusations graves et qui touchent au cœur de l'éthique et de la transparence publique, commente l'éditorialiste de LA REPUBLICA de Lima. Sauf que la demande de destitution pour incapacité morale a finalement été rejetée cette nuit. Dès-lors, comment le président, dont le sort paraissait encore scellé il y a trois jours, a-t-il réussi à déjouer tous les pronostics ? Il semblerait que dans les dernières heures, l'entourage du président ait réussi à convaincre certains parlementaires de gauche de ne pas voter la destitution. Pourquoi ? Parce que cela aurait conduit à de nouvelles élections et, ce faisant, fait réfléchir à deux fois les législateurs, lesquels craignaient de ne pas être réélus, dans un climat de colère populaire. Car tandis que le président était suspendu à une possible vacance du pouvoir, des milliers de manifestants étaient, eux, venus emplir ces derniers jours les rues de la capitale, pour exprimer leur opposition à un possible retour, le cas échéant, du clan Fujimori. Un clan aujourd’hui représenté par la fille de l’ancien président, Alberto Fujimori, condamné lui à 25 ans de prison pour violation des droits de l’homme, détournement de fonds et corruption. En réalité, précise à nouveau EL COMMERCIO, l’opinion péruvienne est aujourd'hui hagarde. Elle condamne tant l'actuel président que la classe politique dans son ensemble. Et ce rejet généralisé est donc la conséquence logique de la corruption dans les plus hautes sphères du pouvoir, que révèle l’affaire Odebrecht. 

Direction la Grande-Bretagne, cette fois-ci, où après la démission cette semaine de son plus proche allié, Theresa May finit l’année sur un nouveau coup dur.Theresa May était déjà particulièrement isolée ces derniers temps, mais avec le départ de Damian Green, premier secrétaire d’État, elle semble plus seule que jamais, note en particulier THE GUARDIAN. Après l’une des années politiques les plus calamiteuses depuis 1945, Theresa May est affaiblie, renchérit son confrère NEW STATESMAN, lequel rappelle au passage que le premier secrétaire d’État est le troisième ministre à quitter le gouvernement en moins de deux mois. De quoi intensifier un peu plus encore, écrit l'hebdomadaire de gauche, l’odeur putride que dégage son gouvernement. A l'inverse, THE SPECTATOR se montre, lui, plus optimiste. Pas sûr, dit-il, que cet épisode handicape Theresa May sur le long terme. La plupart des gens ne connaissaient pas  Damian Green et ignorent, encore aujourd'hui, l’importance de son rôle. Ils se souviendront, peut-être, qu’il avait du porno sur son ordinateur mais la majorité des électeurs se fichent royalement de lui et de sa carrière. Ce n’est qu’un scandale parmi d’autres, qui sera oublié le temps de le dire.

Enfin à l’heure des bilans de fin d’année, le magazine néerlandais DE GROENE AMSTERDAMMER, repéré par le Courrier International, est là justement, lui, pour ne pas nous faire oublier combien cette année 2017 aura été celle de la honte. Et de rappeler, notamment, que cette année a commencé sur les chapeaux de roues, avec l’investiture d’un président américain pour qui se vanter et mentir est une occupation quotidienne et selon lequel les hommes riches et célèbres peuvent faire ce qu’ils veulent avec les femmes. Si 2017 a été l’année de la honte, c’est également parce qu’elle a vu une remise en question des héros nationaux et de traditions qui renvoient à des pages sombres de l'histoire. Sans oublier la honte qu’inspirent, par exemple, la politique d’asile en Europe. Heureusement, conclue le magazine d’Amsterdam, 2017 est aussi l’année où l’on aura brisé la honte.

Par Thomas CLUZEL

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