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Familles des marins du "ARA San Juan" disparu au large des côtes argentines

L’insoutenable attente

5 min
À retrouver dans l'émission

L'espoir de retrouver des survivants du sous-marin argentin ARA San Juan est quasi nul, après l'annonce que le submersible a été victime d'une explosion. Les recherches pour le localiser se poursuivent, au milieu du désespoir des familles de ses 44 marins.

Familles des marins du "ARA San Juan" disparu au large des côtes argentines
Familles des marins du "ARA San Juan" disparu au large des côtes argentines Crédits : EITAN ABRAMOVICH - AFP

Pendant plus d'une semaine, les familles des 44 membres de l'équipage du sous-marin disparu au large des côtes argentines, espéraient un miracle. On avait suspecté la présence d’un nouveau triangle des Bermudes, cru entendre des bruits ressemblant à du morse. Hier matin, encore, avant que l’information soit démentie, le ARA San Juan avait été localisé, selon THE DAILY MAIL par un navire de l’US Navy. En réalité, ce n’était qu’un objet flottant, trouvé dans la zone de recherche par un avion américain. Et puis en fin d’après-midi, une information est lâchée, terrible, dévastatrice écrit THE NEW YORK TIMES. Selon le portail d’information URGENTE24, le sous-marin a explosé. Du moins, le son d'une explosion a-t-il été enregistré au fond de l'océan, près de l'endroit où le bâtiment se déplaçait et ce, quelques heures, seulement, après la dernière communication du navire. Un peu plus tard, son confrère LA NACION précise à son tour qu'une explosion aurait pu se produire après un court-circuit dans le bloc de batteries qui alimente le sous-marin en énergie. Cette hypothèse expliquerait, notamment, l'absence de communications mais aussi le fait que le submersible n'a pas eu le temps d'activer sa balise de détresse. Devant la base navale où l'on vient de leur apprendre la nouvelle, parmi les pleurs, les sanglots et les cris, l'épouse d'un marin raconte : «Ils ne nous disent pas qu'ils sont morts mais qu'ils sont à 3.000 mètres de fond». En réalité, ce matin encore, le constat demeure obscur et la seule information qui demeure incontestable est la date et l’heure du dernier message envoyé par l'équipage : mercredi 15 novembre, à 7h30. Car depuis, en dépit de l’intensification des recherches, malgré les 10 avions, les 14 navires et les 4000 personnes de huit nationalités différentes mobilisées, rien. De sorte que les espoirs se sont désormais transformés en colère. «Cela paraît incroyable qu’avec autant d’aide internationale, autant de technologie et de moyens, on ne puisse déceler aucun signe de vie», témoigne ainsi une femme devant les caméras de la télévision argentine. Et puis surtout, s’il y a bien une personne, désormais, que les Argentins vilipendent, c’est l’ancienne présidente : Cristina Kirchner. Son sourire radieux affiché sur des photos de l’inauguration du navire en 2011 contraste avec l’actualité. En les publiant, les internautes du pays s’interrogent : plus de 100 millions de dollars ont été gaspillés pour rénover ce sous-marin. Dès-lors, à quoi ces réparations ont-elles servi ? Enfin, toujours sur les réseaux sociaux, de plus en plus d’internautes réclament, à présent, à ce que l'on relève immédiatement de leurs fonctions le porte-parole de la Marine et tous ses hommes de main. Sans cela, disent-ils, jamais nous ne saurons où est ce sous-marin, ni ce qui lui est arrivé. 

Pour eux, l'attente dure depuis près de 7 ans. La scène se passe mercredi dernier à Sejnane, dans le nord de la Tunisie, raconte le magazine JEUNE AFRIQUE. Ce jour-là, seules les pharmacies et les boulangeries sont ouvertes. En revanche, les écoles, les commerces, les administrations. Tous fermés. Grève générale. Dans les vidéos publiées sur les réseaux sociaux, on peut voir une large foule défiler dans les rues aux cris de «Travail, liberté, dignité». Mais aussi : «Nous sommes tous Radhia Mechergui». Radhia est une mère de cinq enfants, dont le mari est malade. Et c'est la raison pour laquelle elle bénéficiait, jusqu’à présent, d’une aide de l’Etat de 150 dinars. Mais cette prime (équivalente à une 50aine d’euros), l’assistance sociale a décidé d’arrêter de lui verser. Depuis qu'on lui a supprimé cette subvention, toutes ses réclamations auprès de l'administration sont restées sans réponse. Et voilà comment, la semaine dernière, dans l’enceinte de la sous-préfecture, Radhia a tenté de s’immoler. Cet acte de désespoir a donc aussitôt déclenché la colère des habitants. Aujourd’hui, «la rue est en train de bouillir», a notamment déclaré cette semaine le secrétaire général du syndicat UGTT. Il faut dire qu’en Tunisie, en dépit des avancées démocratiques, le chômage, la misère, les inégalités sociales se sont aggravées. Dans son dernier rapport, une ONG tunisienne (FTDES) juge que sept ans après la révolution qui a renversé la dictature, un réel changement se fait toujours attendre en Tunisie.

L'insoutenable attente, toujours et encore ce matin, en Libye.La communication est mauvaise. Et pour cause : «Je me suis caché sous la couverture», explique Wedi au journaliste du TEMPS auprès de qui il témoigne par téléphone. Il ne faut pas que les gardiens me voient sinon, dit-il, ça risque de très mal se passer pour moi. Wedi, Erythréen, 34 ans, figure parmi les quelque 1500 réfugiés africains qui s’entassent actuellement dans une vingtaine de containers à Griana, un camp de détention à l’ouest de Tripoli, un camp comme il en existerait une trentaine d’autres, tous gérés par le gouvernement libyen. Dans son container, où il dispose seulement d’un matelas posé à même le sol et, donc, d’une couverture, Wedi explique : «Ici, nous manquons de nourriture. Nous n’avons pas d’eau, pas de toilettes, pas d'air pour respirer. Et nous ne voyons pas la lumière du jour». Et depuis plus d’un mois, nous n’avons pas vu, non plus, un seul «homme blanc», précise-t-il, en référence à une possible aide de la part d’organisations internationales. Aucune explication ne lui a été donnée. Aucune explication, mais en revanche un avertissement clair: «Si tu tentes de t’enfuir, en moins de 10 minutes, tu seras mort.» Wedi passe ensuite le téléphone à l’un de ses compatriotes, Rezene, 22 ans. Ni l’un ni l’autre n’ont entendu parler de l’enquête de CNN diffusée la semaine dernière et à la suite de laquelle plusieurs responsables européens et onusiens se sont montrés émus, dénonçant à l’unisson la situation «épouvantable» des migrants. De toute façon, nous allons tous mourir ici, lâche Rezene, avant d'ajouter : «Mieux vaut passer le temps qu’il nous reste à prier, plutôt qu’à se battre pour essayer de manger quelques miettes.»

Enfin pour elle, aussi, l'attente se poursuit. Sur une photo publiée sur Facebook et reprise, notamment, par le quotidien USA TODAY, on la voit sur un brancard sur une petite falaise, surplombant l'océan. En Australie, une équipe d'ambulanciers transportant une femme en phase terminale à l'hôpital a choisi de faire un détour par la plage, après que celle-ci eu demandé à voir l'océan, peut-être pour la dernière fois. L'ambulancier qui avait demandé la permission à ses supérieurs pour cet arrêt imprévu, a expliqué qu'il aurait aimé pouvoir emmener la patiente jusqu'à l'eau. En échange, explique-t-il, il est allé lui chercher un peu d'océan dans ses mains. Elle a goûté l'eau salée, avant d'ajouter : «Tout va bien».

Par Thomas CLUZEL

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