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Le président de la Généralité de Catalogne Carls Puigdemont dans la tourmente

Quand plus personne ne comprend ce qu'il y a dans la tête de Carles Puigdemont

5 min
À retrouver dans l'émission

Les médias catalans, espagnols et internationaux perdent patience face au président de la Généralité de Catalogne, Carles Puigdemont, qui a de nouveau démontré hier son incapacité à prendre des décisions claires dans la crise indépendantiste qui l'oppose à Madrid.

Le président de la Généralité de Catalogne Carls Puigdemont dans la tourmente
Le président de la Généralité de Catalogne Carls Puigdemont dans la tourmente Crédits : Quique Garcia - Maxppp

Cette fois, c'est clair : plus personne ne comprend ce qu'il y a dans la tête du catalan Carles Puigdemont.

Il faut dire qu'hier le président de la Généralité de Catalogne a encore réussi à perdre tout le monde dans ses tergiversations, et finalement dans sa capacité à ne rien décider.

A en croire Marius Carol, qui signe l'éditorial dans la Vanguardia de Barcelone, en se réveillant hier matin, Puigdemont était déterminé à accepter des élections anticipées en Catalogne, pour éviter que le Sénat à Madrid ne proclame l'article 155 de la Constitution, qui va ôter son autonomie à la région séparatiste. Mais le soir, il a fait tout le contraire, a refusé les élections, et a renoncé pour autant à déclarer une bonne fois pour toute l'indépendance catalane.

"Personne n'y comprend plus rien", dit Marius Carol. A commencer par le leader basque Inigo Urkullu, qui avait été appelé comme médiateur à Barcelone. Il a vu ses efforts mis à sac hier soir en quelques paroles de Puigdemont et regrette aujourd'hui que la cause indépendantiste catalane apparaisse comme une "cause perdue" à tous les médias étrangers qui l'avaient considérée avec sympathie il y a trois semaines.

Et c'est vrai que la presse étrangère commence à manquer de patience : The Atlantic, à Washington, déplore à nouveau la confusion générale qui règne à Barcelone; au Kenya, qui a pourtant d'autres chats à fouetter en pleine crise présidentielle, le Daily Nation s'attarde sur l'incertitude catalane, quand à Moscou l'agence Sputnik glose sur les hésitations de Puigdemont.

Mais c'est toujours à Madrid que l'on a les mots les plus durs : l'éditorial d'El Mundo nous explique que le président de la Généralité emmène la Catalogne au "désastre" en refusant la dernière main tendue par Mariano Rajoy. "Carles Puigdemont va devoir accepter qu'il vit ses derniers instants à la tête de sa région", clame El Mundo, et le quotidien de la droite espagnole, ABC, va plus loin : la priorité, à présent, selon lui, c'est de destituer Puigdemont, dans la foulée du déclenchement ce matin par le Sénat de l'article 155, et donc de la mise sous tutelle de la Catalogne.

Dans les colonnes d'El Pais, enfin, on lira cette tribune du journaliste et politologue Ignacio Martin Blanco. En voyant leur autonomie politique suspendue pour au moins 6 mois, peut-être les Catalans vont-ils comprendre ce qu'ils ont à perdre, à demander plus, et revenir à cet horizon indépassable, selon l'auteur, du catalanisme politique : l'autonomie, face à Madrid, plutôt que l'indépendance.

En Russie, le centenaire de la Révolution d'octobre 1917 risque fort d'être passé sous silence officiel

Alors, il y a bien sûr l'explication du calendrier : quand le monde célèbre la révolution russe à partir du 25 octobre, dans le calendrier grégorien moderne, les russes, eux, marqueront la date du 7 novembre, dans l'ancien calendrier de l'époque. Mais il n'empêche : le 7 novembre, il n'y aura bien que le Parti Communiste russe pour organiser des festivités, nous explique le journal Vestnik Kavkaza : le président Poutine, lui, se gardera bien de participer à quelque commémoration que ce soit.

A Londres, The Independent s'interroge sur cette volonté de faire table rase, du souvenir bolchévique, alors que partout ailleurs dans le monde octobre 1917 est considéré comme un tournant majeur de l'Histoire, le début des grands bouleversements du 20e siècle naissant.

Mais pour Vladimir Poutine, nous explique le journal britannique, célébrer la révolution, ce serait vanter le changement, une forme de disruption violente, un renversement de l'Etat en place. Pas franchement ce que Poutine veut encourager à six mois d'une élection présidentielle. La révolution, plus ou moins importée de l'étranger, c'est en fait la hantise de l'homme du Kremlin depuis les révolutions colorées qui ont eu lieu en Ukraine, en Géorgie, au Kirghizistan, et les révolutions arabes.

Poutine passe beaucoup de temps à réhabiliter Staline, il entretient une relation ambigue à la nostalgie de l'URSS, mais s'il y a un aspect de l'expérience soviétique qu'il ne va pas reprendre à son compte, c'est bien celui de la révolution. Sur le site d'info Eurasianet, qui dédie une section au centenaire d'octobre 17, le chercheur Chris Miller évoque une autre cause à cette réticence : commémorer la révolution, pour Poutine, ce serait aussi devoir condamner, in fine, le bilan de l'expérience totalitaire soviétique. Bilan qui est loin d'être négatif, pour une grande partie de la population russe, celle qui a connu l'URSS et préfère se souvenir, en la regrettant, de la stabilité économique perdue et que les dirigeants russes d'après 1991 n'ont jamais réussi à restaurer.

Dans la Russie d'aujourd'hui, des journalistes sont prêts à s'armer, pour défendre leur liberté d'expression

Et défendre leur vie, tout simplement : sur le site d'info de la société Kalashnikov (oui ça existe), on trouve cette annonce très opportunist : une réduction de 10% pour tout journaliste qui voudrait faire l'acquisition d'un modèle de pistolet d'auto-défense, une arme non létale qui tire des balles en caoutchouc.

Une réponse, cynique comme on les aime en Russie, aux propos de Dmitry Muratov, le rédacteur en chef de Novaya Gazeta, qui déclarait hier vouloir entraîner et armer ses journalistes, puisque l'Etat ne les défend pas et que la Justice ne condamne jamais leurs agresseurs. Cela fait suite à l'agression au couteau d'une collègue de la radio indépendante Ekho Moskvy lundi. Quatre jours plus tard, Tatiana Felgenhauer se trouve toujours dans le coma, nous précise Russia Today.

Une revue de presse internationale présentée par Camille Magnard

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