LE DIRECT
Attroupement de journalistes devant la maison de l'avocat de Carles Puigdemont, à Bruxelles

Comment résister à l'hystérie ?

5 min
À retrouver dans l'émission

La justice espagnole doit émettre ce vendredi un mandat d'arrêt européen à l'encontre de Carles Puigdemont. Le président catalan destitué, qui est actuellement en Belgique, est poursuivi pour rébellion, sédition et détournement de fonds publics.

Attroupement de journalistes devant la maison de l'avocat de Carles Puigdemont, à Bruxelles
Attroupement de journalistes devant la maison de l'avocat de Carles Puigdemont, à Bruxelles Crédits : NICOLAS MAETERLINCK / BELGA MAG / BELGA

La question semble aujourd'hui sous-jacente, quels que soient les sujets d'actualité. Prenez, par exemple, le cas de la Catalogne. Une véritable histoire belge, commente LE SOIR. Depuis que le président destitué, Carles Puigdemont, s'est réfugié en Belgique, si la nouvelle amuse certains pour son aspect surréaliste, elle a surtout réveillé le spectre de la crise identitaire au Plat Pays. Au point qu'on va bientôt finir par croire que les nationalistes flamands sont indépendantistes en Espagne, faute de l’être en Belgique. Et puis cette affaire est non seulement délétère pour la politique intérieure du pays, mais aussi pour son image à l'internationale. Ce matin, Madrid va émettre un mandat d'arrêt européen à l'encontre de Carles Puigdemont. Ce qui signifie, concrètement, que la justice espagnole va envoyer une demande d'extradition au parquet fédéral de Bruxelles. Or, pour la Belgique, le problème est de taille, relève pour sa part HET NIEUWSBLAD : Si Bruxelles décide de renvoyer Puigdemont en Espagne, alors le parti nationaliste flamand (l'un des poids lourd de la coalition au pouvoir) aura des soucis avec sa base. Et si, au contraire, Bruxelles refuse de l’extrader, non seulement cela reviendra à dire que la Belgique n’a pas confiance en l’état de droit espagnol, mais il y aurait par ailleurs, le cas échéant, note le quotidien ADEVARUL, un risque réel de créer un précédent extrêmement dangereux dans la jurisprudence européenne.

Comment résister à l'hystérie ? La question se pose également s'agissant, cette fois-ci, de la machine du Kremlin pour influencer les électeurs occidentaux. LA REPUBBLICA évoque le risque de désinformation durant les prochaines élections italiennes, en mars prochain. Car pour Moscou, les intérêts y seraient trop importants. Le pivot de la stratégie de Poutine est aujourd'hui la Méditerranée (Turquie, Syrie, Egypte, Libye). Or les dernières bases américaines se situent en Italie. Et voilà pourquoi la Russie se préparerait, donc, à jouer un rôle dans la campagne électorale. Il ne fait aucun doute, écrit toujours le journal, que Berlusconi est, en l'occurrence, l’homme politique en qui le Kremlin a le plus confiance. Et d'en conclure qu'il faut s’attendre à une campagne électorale à la fois longue et vénéneuse, où l’aspect le plus insidieux pourrait venir de la pratique dite du «Kompromat» (contraction en russe de matériel compromettant), comprenez des manœuvres destinées à diffuser sur le web des informations, vraies ou fausses, dans le seul but de faire pression.

Comment appréhender le casse-tête du réel ? La question revient, encore, ce matin s'agissant des suites de l'attaque de New York. Depuis deux jours, note THE BOSTON GLOBE, repéré par le Courrier International, Donald Trump a succombé au traditionnel réflexe pavlovien de la droite américaine, qui survient après chaque attaque. Ou quand les conservateurs s’en prennent violemment à la culture américaine de l’immigration, en nous assurant qu’accepter les migrants mène à la terreur et en nous demandant qu’on bloque les réfugiés et qu’on expulse davantage d’étrangers. Evidemment, une telle hostilité relève de la phobie, s’insurge le quotidien de Boston. Pour preuve, renchérit DER STANDARD, le décret migratoire contesté de Trump visant six pays à majorité musulmane n'aurait servi à rien dans ce cas précis, puisque l'Ouzbékistan ne figure pas sur la liste et que l'auteur de l'attaque vivait depuis plusieurs années aux Etats-Unis.

Mais les Etats-Unis ne sont pas les seuls, ces jours-ci, à tomber dans le dénigrement. En Allemagne, les journaux comparent, eux, un Syrien arrêté mardi dans une ville du nord-est du pays avec l'auteur de l'attentat de New York. Les deux hommes se sont radicalisés après leur immigration, constate notamment la NORDWEST ZEITUNG. La MITTELDEUTSCHE ZEITUNG relève, pour sa part, que quatre des six derniers attentats sont à mettre sur le compte de demandeurs d'asile. Ce qui n'est pas une raison pour tomber dans l'hystérie, nuance aussitôt le journal, avant de rappeler que plus d'un million de personnes sont venues en Allemagne, pour la plupart parce qu'elles n'avaient pas le choix. En revanche, la conclusion du quotidien de Halle semble plus confuse : Ce qui est sûr, dit-il, c'est qu'il existe un conflit entre humanité et sécurité, et que ce n'est pas en niant son existence que l'on va le résoudre.

Et puis s'agissant toujours de l'attaque de Manhattan, nombre de journaux estiment qu'elle ne fait que confirmer un sombre diagnostic : paradoxalement, les récentes défaites militaires de Daech en Irak et en Syrie ne vont pas atténuer la menace terroriste. Au contraire, d’une certaine manière, elles la renforcent à court terme. Ou dit autrement, selon LA REPUBBLICA, la chute de Raqqa et Mossoul force, à présent, l'organisation terroriste à agir dans l'ombre. Et cette stratégie de guerre asymétrique ne va faire que progresser.

De son côté, le magazine SLATE publie un long article sur ces volontaires français qui partent combattre, justement, Daech en Syrie. Et de citer, notamment, Frédéric Demonchaux, Gabar de son nom de guerre kurde, qui avait rejoint les Unités de protection du peuple kurde, une première fois début 2016. Revenu blessé il y était reparti fin août. Et le 7 septembre dernier, à Raqqa, il a finalement été atteint en pleine poitrine par une balle tirée par un djihadiste embusqué. Pour les kurdes, Gabar est évidemment un nouveau martyr, mort pour une noble cause. En revanche, pour le gouvernement turc, Gabar (comme, d'ailleurs, tous les autres français partis rejoindre les kurdes pour combattre Daech) est considéré comme un terroriste. Car si, pour la France, l’ennemi numéro un c’est Daech, pour la Turquie, la priorité consiste à empêcher la constitution d’une large région kurde autonome au nord de la Syrie. Et c'est ainsi qu'Ankara accuse aujourd'hui la France, sous prétexte de combattre Daech, de légitimer une autre organisation terroriste, le PKK, dont les liens avec les Unités de protection kurdes sont un secret de polichinelle. Un argument, toutefois, que la France pourrait elle-même retourner contre Ankara, conclue l'article. Puisqu'avant d'être prise pour cible par l'EI la Turquie a laissé prospérer et circuler sur son territoire les djihadistes de Daech à une échelle sans commune mesure

Bien entendu, à la lecture de l'actualité, on se dit une fois de plus que le monde a décidément été livré sans mode d’emploi et, surtout, sans règles du jeu. Aucun système parfait à l’horizon. Vous trouvez, sans doute, cela décourageant ? Mais, détrompez-vous, écrit l'éditorialiste du TEMPS. C’est une grande nouvelle. Du moins pour tous ceux qui ont compris depuis longtemps que le doute est la seule conviction qui vaille. En revanche, mauvaise nouvelle pour les idéologues de tous bords, dit-il, avant de conclure : la complexité est la seule réponse possible à la complexité.

Par Thomas CLUZEL

L'équipe
Production

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......