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Le président philippin Rodrigo Duterte

Rodrigo Duterte, ce fils de …

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Chaque matin, l’actualité vue au travers de la presse étrangère. Aujourd’hui : le président philippin Rodrigo Duterte, dont la campagne antidrogue a déclenché un tollé dans le monde, a encore soulevé l'indignation en faisant un parallèle entre cette campagne et l'extermination des Juifs par Hitler.

Le président philippin Rodrigo Duterte
Le président philippin Rodrigo Duterte Crédits : George Calvelo / ANADOLU AGENCY - AFP

Adrien avait 33 ans et Viviane 43. Lui était conducteur de taxi et elle faisait des manucures à domicile. Des parents, certes, pas toujours très présents pour leurs 8 enfants mais des parents aimants. Et d’ailleurs, dès qu’il gagnait un peu de sous Adrien s’empressait, toujours, de gâter ses enfants. Et puis quand le couple était à sec, alors c’est Viviane qui sortait faire des extras. Comprenez par là qu’elle allait vendre, dans la rue, des sachets de méthamphétamine, une drogue de synthèse appelée localement shabu et surnommée aux Philippines «la cocaïne du pauvre».

Pendant plusieurs années, raconte la correspondante du TEMPS de Lausanne, jamais le couple ne sera inquiété pour ses activités illicites. Mais après l’arrivée au pouvoir du nouveau président Duterte et le lancement de sa campagne antidrogue, quelqu’un a fini par les dénoncer aux autorités. Aussitôt, une connaissance à la police leur a conseillé de se rendre officiellement pour «laver» leur nom. Et c’est ainsi que comme des centaines de milliers de Philippins, Adrien et Viviane se sont rendus dans leur mairie de quartier pour signer un formulaire, par lequel ils s’engageaient à ne plus consommer ni vendre de drogue. Selon la procédure en vigueur dans tout le pays, leurs empreintes digitales ont été prélevées. On les a pris en photo. Et puis Adrien et Viviane sont rentrés chez eux.

Dès-lors, ils se croyaient en sécurité. Et pourtant, raconte une de leurs proches, « combien de fois leur ai-je dit, ce n’est pas parce que vous vous êtes rendus que vous êtes en sécurité, alors vendez le terrain, pour récupérer de l’argent et fuyez en province ». Mais le 7 août dernier, la mort a fini par frapper. Melissa, 14 ans, la fille aînée d’Adrien et Viviane est décédée brutalement. Elle avait contracté la rage, suite à une morsure de chien. Emmenée d’urgence à l’hôpital, elle succombera peu de temps après. Depuis, Adrien était inconsolable raconte, toujours dans les colonnes du journal, la grand-mère, Mary-Flor, qui les avait aussitôt averti : «Vous avez déjà perdu un enfant, alors comment feront les autres, sans vous, si vous n’arrêtez pas la drogue ?»

Deux semaines plus tard, la famille s’était à nouveau retrouvée, à l’occasion de l’anniversaire de Viviane. «Nous partirons dès que la maison sera vendue», avait-elle promis. Et de fait, quelques jours plus tard à peine, le terrain avait trouvé preneur. Les derniers détails sont réglés. La vente est confirmée. Ce soir-là, Adrien et Viviane regardent les informations à la télévision. La guerre antidrogue a encore tué. Nerveux, Adrien décide d’éteindre le poste. Viviane, elle, va coucher les enfants. Il est encore tôt. Mais demain il y a école. Dans la maison, tout le monde dort dans la même pièce. Et puis, en pleine nuit, Viviane est réveillée, en sursaut, par du bruit de l’autre côté de la cloison, chez les voisins. Un homme chuchote : «Négatif. Non, ce n’est pas lui.» Viviane n’a pas le temps de prévenir son mari. Les pas s’approchent de leur propre porte. Deux hommes masqués font irruption. Le premier tirera quatre balles sur Adrien et le second visera le corps de Viviane à sept reprises. C’est le jour du versement du paiement de la vente de la maison. Il est 3 heures du matin. Le couple meure sur le coup. Dans la pièce, les 7 enfants âgés entre 1 et 13 ans assistent à toute la scène. «Vous avez déjà tiré sur mon père, alors pourquoi avoir aussi tué ma mère ?» hurlera Lady Love, 11 ans, aux assassins de ses parents qui, déjà, s'enfuient à moto.

Depuis le 1er juillet de cette année, la police indique avoir arrêté 20 000 personnes et tué 1234 suspects, affirmant à chaque fois agir en légitime défense. Selon les médias locaux, la guerre antidrogue a déjà fait au total près de 3500 morts aux Philippines, tués soit par la police, soit par des milices armés. Chaque jour, les images des cadavres sont exhibées à la une des médias. D’après le tout nouveau président Duterte, élu au printemps dernier sur la promesse d’éradiquer la criminalité, près de 700 000 individus identifiés comme consommateurs ou vendeurs de drogue se sont rendus aux autorités. Exactement comme l'avaient fait Adrien et Viviane. « Le problème, a déclaré le président, c’est que je ne peux pas tous les tuer. Ils sont tellement nombreux.» Il a d'ailleurs publiquement encouragé les civils à tuer les accros à la drogue et indiqué qu'il ne poursuivrait aucun policier pour des exécutions extrajudiciaires. Quant à la Commission sénatoriale, chargée d’enquêter sur ces «tueries extrajudiciaires», elle vient d’abandonner ce terme, jugé trop connoté, pour le remplacer par l’expression «morts en cours d’investigation».

Bien évidemment, cette campagne antidrogue sanguinaire a suscité depuis l'indignation de très nombreux groupes de défense des droits de l'homme et autres gouvernements étrangers. Un véritable tollé même. En vain. A l'Union Européenne, par exemple, qui dénonce aujourd'hui une violence incontrôlée, Rodrigo Duterte a adressé un doigt d'honneur. Récemment, rappelle THE GUARDIAN, il avait traité son homologue américain, Barack Obama, de «fils de ...». Et lorsqu'à son tour l'ONU a critiqué sa politique antidrogue, le président philippin a menacé de quitter l'organisation, non sans les avoir qualifié, bien sûr, auparavant de «fils de ... ».

Et puis ce week-end, Rodrigo Duterte a de nouveau fait les gros titres de la presse internationale. Cette fois-ci, le président philippin s'est comparé à Adolf Hitler. «Hitler a massacré trois millions de Juifs (le chiffre est d'ailleurs plus proche des six millions). Or il y a trois millions d'accros à la drogue dans ce pays. Et je serais heureux de les massacrer », a-t-il déclaré.

Évidemment, lorsque vous vous comparez à des personnages historiques, il y a sans doute des choix moins controversés qu'Adolf Hitler, a aussitôt commenté la chaîne CNN. Hier, Duterte a finalement présenté ses excuses aux Juifs, mais tout en estimant n'avoir rien fait de mal et surtout en réitérant sa volonté de massacrer plusieurs millions de drogués. D'ores et déjà, le président a par ailleurs annoncé qu'au moment de quitter le pouvoir, il se signerait lui-même une grâce présidentielle. Preuve que la lâcheté et la cruauté sont les caractéristiques du véritable fils de ...

Par Thomas CLUZEL

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