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La présidente brésilienne Dilma Rousseff et son prédécesseur Luiz Inacio Lula da

Scandale politique au Brésil.

5 min

Chaque matin, l’actualité vue au travers de la presse étrangère. Aujourd’hui : Au moment où l'ex-président Lula discute de son entrée au gouvernement, le camp de la présidente brésilienne Dilma Rousseff a été atteint de plein fouet, hier, par de nouvelles accusations dans le scandale Petrobras.

La présidente brésilienne Dilma Rousseff et son prédécesseur Luiz Inacio Lula da
La présidente brésilienne Dilma Rousseff et son prédécesseur Luiz Inacio Lula da Crédits : Ueslei Marcelino

“Quand un pauvre vole, il va en prison. Et quand un riche vole, il devient ministre.” Voilà ce que déclarait en 1988, l'ex président brésilien Lula alors encore simple député. Une déclaration qui inonde à présent les réseaux sociaux, depuis que la rumeur circule selon laquelle, l’icône de la gauche, mis en examen dans l’affaire du scandale Petrobras, pourrait accepter d'entrer au gouvernement pour bénéficier de l’immunité judiciaire. La semaine dernière, le parquet de São Paulo a en effet requis des poursuites contre l'ex chef d’État pour occultation de patrimoine, un délit que la justice relie au blanchiment d’argent dans le scandale Petrobras.

C'est le site de FOLHA DE SAO PAULO qui le premier, rappelle le Courrier International, a lancé lundi dernier l’information selon laquelle Lula pour accepter l'offre de Dilma Rousseff d'entrer au gouvernement. Depuis, son confrère O GLOBO a confirmé cette hypothèse, sur la base de propos recueillis auprès de députés du Parti des Travailleurs. Quelques jours plus tôt, la présidente Dilma Rousseff avait, d'ailleurs, déjà proposé à son ancien mentor de prendre un portefeuille. Sauf que Lula avait alors décliné l’offre et du même coup cette porte de sortie.

Reste qu’hier soir, l'ancien chef d’État s'est bel et bien entretenu pendant quatre heures et demie avec la présidente, sur sa possible participation à l’exécutif. La réunion a pris fin un peu avant minuit. Pour l'heure, aucune annonce n'a été faite, note le site G1 DE GLOBO, qui précise toutefois que la réunion devrait se poursuivre encore ce matin.

Quoi qu'il en soit, au moment où l'ex-président Lula arrivait lui à Brasilia pour discuter avec Dilma Rousseff, le camp de l'actuelle présidente a été atteint de plein fouet, hier, par de nouvelles accusations dans le scandale de corruption Petrobras. La justice a rendu publiques les confessions d'un sénateur du Parti des Travailleurs, inculpé dans le cadre de ce scandale. Ce dernier accuse le ministre de l’Éducation d'avoir tenté d'acheter son silence pour protéger le gouvernement. A l'appui de ses accusations, l'ancien leader du groupe au Sénat a fourni aux enquêteurs des enregistrements de conversations accablantes. Selon la transcription de cet enregistrement, le ministre assure que le sénateur ne doit pas s'inquiéter pour la question financière, en particulier le paiement de ses avocats, qui pourrait être réglé par une entreprise liée au parti. Mais le sénateur va plus loin encore dans ses accusations, affirmant que le ministre a agi en tant qu'émissaire de la présidente Dilma Rousseff. Dans un communiqué diffusé peu après, celle-ci a rejeté avec véhémence et indignation la tentative de l'impliquer dans l'initiative personnelle du ministre. Toujours est-il que l'issue à la crise recherchée avec l'entrée éventuelle de Lula au gouvernement semble désormais encore plus difficile.

Les accusations portées contre la présidente se multiplient.

Les médias brésiliens multiplient les révélations chocs. Après avoir affirmé en début de mois que la présidente avait manipulé l'enquête contre Petrobras, l'hebdomadaire ISTOE est revenu à la charge ce week-end en assurant qu'elle avait reçu des pots-de-vin liés au barrage de Belo Monte pour financer ses campagnes électorales. Il n’y a plus de doute, le gouvernement de Dilma est fini, peut-on lire notamment dans les colonnes du magazine VEJA. C’est aussi le sens du message véhiculé par quelques 3 millions de Brésiliens, qui ont manifesté dans tout le pays, dimanche : Dilma dehors ! Des manifestations d'une ampleur historique et dont l'opposition espère qu'elles finiront par décider les députés qui hésitent encore à voter contre la destitution de la présidente.

Seulement voilà, le peuple dans la rue ne suffit pas à faire exister le crime, écrit le site BRASIL 247, qui reste lui favorable au gouvernement. Indépendamment de l’ampleur des manifestations, l’opposition et les médias qui s’attellent à faire tomber Dilma Rousseff ont toujours un problème, dit-il, au nom de quel délit vont-ils justifier une éventuelle destitution ? Pour l'heure, l'opposition accuse le gouvernement d'avoir sciemment maquillé les comptes publics de l'État en 2014 pour minimiser l'impact de la crise économique et favoriser ainsi la réélection de la présidente. Une procédure freinée depuis par le Tribunal suprême mais qui pourrait rebondir, dès aujourd'hui, quand la haute juridiction aura fixé les règles de son cheminement.

Un véritable séisme secoue aujourd'hui le Brésil, mis à mal non seulement par la défiance vis-à-vis du gouvernement mais aussi la crise économique.

Le pays traverse ce que certains considèrent comme la crise économique la plus grave du dernier quart de siècle, tandis que le chômage et l’inflation menacent de croître. A ce titre, le journal de Lausanne LE TEMPS estime lui que le Brésil est aujourd'hui le symbole de cette crise que traverse toute l'Amérique latine. Une grande partie du sous-continent souffre notamment de la chute des matières premières et du ralentissement chinois. Or le Brésil, qui vit sa récession la plus sévère en un siècle, symbolise ce marasme économique plus que tout autre pays.

En 2015, le produit intérieur brut du Brésil a reculé de 3,8%, le pire résultat en vingt-cinq ans. Et 2016 ne s’annonce guère plus favorable : selon les prévisions, le niveau d’activité pourrait chuter d’au moins autant cette année. Deux années consécutives de récession, le Brésil n’avait pas vu cela depuis les années 30. Et pourtant en 2003, l’arrivée de la gauche au pouvoir, avec Lula, chef historique du Parti des travailleurs, semblait inaugurer un cercle vertueux. La croissance économique avait permis de sortir 40 millions de Brésiliens de la pauvreté. Seulement voilà, avec sa protégée, Dilma Rousseff qui lui a succédé en 2010 et a été réélue en 2014, la machine s’est grippée. La consommation, qui tirait l’activité pendant les années fastes, est désormais en repli. En un an, le nombre de chômeurs (plus de 9 millions au total) a bondi de 43%.

Comment en est-on arrivé là ? La chute du cours des produits de base dont le Brésil est un grand exportateur, n’explique pas tout. Dilma Rousseff aura tenté, en vain, d’encourager l’investissement, à coups de généreuses exonérations fiscales aux entreprises, dont le seul résultat fut d’aggraver encore la crise budgétaire. En décembre dernier, l’ex-ministre des Finances qui servait de caution libérale à Dilma Rousseff a jeté l'éponge, n'ayant pas réussi à redresser les comptes. Et depuis, les milieux d’affaires semblent convaincus qu’une sortie de crise passe par le départ de la Présidente. Chaque mauvaise nouvelle pour elle est, d'ailleurs, saluée par une remontée de la bourse de São Paulo.

Par Thomas CLUZEL

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