LE DIRECT

Scandales en série aux Etats-Unis.

5 min

Chaque matin, l’actualité vue au travers de la presse étrangère. Aujourd’hui : Martin Shkreli l’homme le plus détesté des Etats-Unis, le Pentagone complice d’abus sexuels sur des enfants afghans et une extradition pour favoriser de meilleurs relations sino-américaines.
Comment perdre 15 milliards d'euros en seulement quelques heures ?
Pas besoin pour cela de convoquer l'agence américaine de protection de l'environnement, un simple tweet suffit. En réalité, il vous faudra tout de même justifier d'un certain statut. En l'occurrence, avoir été la première dame des Etats-Unis et vous présenter à l’investiture démocrate pour la prochaine présidentielle.

Mardi, réagissant à un article du NEW YORK TIMES, lequel dénonçait l'augmentation vertigineuse du prix d'un traitement pour les patients atteints de VIH, Hillary Clinton a

: «De tels prix abusifs sur le marché des médicaments spécialisé sont scandaleux. Demain, j’annoncerai un plan pour m’y attaquer.» Et aussitôt, l’indice biotech du Nasdaq a en effet chuté de plus de 5%, lui faisant perdre l’équivalent de 15 milliards de dollars en quelques heures.
U.S. Democratic presidential candidate Hillary Clinton.
U.S. Democratic presidential candidate Hillary Clinton. Crédits : Faith Ninivaggi - Reuters

Et même s'il ne faut pas sur interpréter les propos d’Hillary Clinton, en clair il s'agit là d'un message adressé en pleine campagne préélectorale et qui, en réalité, n’aura que peu ou pas d’impact car la loi américaine laisse le marché libre, précise LE TEMPS de Genève, l'affaire n'en fait pas moins polémique outre atlantique. Pourquoi ? Parce que le patron d’un fonds d’investissement, Martin Shkreli, vient de racheter une entreprise pharmaceutique laquelle produit le Darapim utilisé par les personnes souffrant d’un affaiblissement du système immunitaire. Or ce faisant, il a décidé de multiplier aussitôt le prix de ce traitement par … 55. Le Daraprim est passé de 13,50 dollars initialement à 750 dollars désormais, rapporte THE INDEPENDENT, soit une augmentation de 5.500%. Et même si son confrère du WASHINGTON POST affirme pour sa part que le prix était initialement, en réalité, de 18 dollars, cela n’en ferait pas moins une augmentation substantielle de quelque 4.100%.

Bien évidemment, la décision de la firme a fait réagir les associations de santé, lesquelles ont écrit à son responsable, en jugeant injustifiable cette hausse, au regard de la vulnérabilité des patients. Sauf que l'intéressé n’a visiblement cure de la réaction outragée que sa décision a suscitée, précise le magazine Slate. L'homme s'est contenté de poster sur son compte Twitter, lui aussi, un extrait moqueur d’une chanson du rappeur Eminem intitulée «The Way I am», que l’on pourrait traduire par «C’est ma façon d’être», avec en guise d'explication de texte ces mots d'une élégance rare : "j’ai l’impression que les médias me pointent du doigt. Alors je les pointe à mon tour, mais pas avec l’index ni l’auriculaire."

Toujours aux Etats-Unis, un autre scandale touchant cette fois-ci l'administration américaine.
Dans les colonnes du NEW YORK TIMES, plusieurs GI's ont décidé de briser le silence. Le ministère de la Défense aurait empêché des militaires américains de dénoncer les viols d’enfants commis par leurs alliés afghans et ce jusque sur les bases militaires américaines. Lorsque les États-Unis décident d’envahir l'Afghanistan, c'était en 2001, de nombreux soldats américains sont en effet témoins de scènes de viols sur des enfants commis par des policiers afghans. Or contrairement à ce que l’on pourrait imaginer, leurs supérieurs leur ont interdit d'intervenir ou d'empêcher ce genre de crime.

A United States flag is unfurled at sunrise at the Pentagon.
A United States flag is unfurled at sunrise at the Pentagon. Crédits : Gary Cameron - Reuters

Le journal américain cite, notamment, le témoignage du père d’un soldat tué au combat en 2012 et qui lui avait raconté, à l’époque, que ses supérieurs lui avaient dit, je cite, de détourner le regard ailleurs car il s’agit de leur culture. Toujours dans les colonnes du NEW YORK TIMES, Dan Quinn un ancien capitaine des forces spéciales se souvient lui d'un chef de milice afghan, soutenu par les États-Unis, qui avait fait d’un enfant son esclave sexuel, en l’enchaînant à un lit. Or lorsque Quinn a décidé de se révolter et de se battre avec le tortionnaire, ses supérieurs l'ont aussitôt relevé de son commandement.

Plusieurs années après, l’armée américaine refuse toujours de répondre à ces accusations et continue de pousser ceux qui parlent vers la sortie. D'où cet éditorial du NEW YORK TIMES, repris sur le site du Courrier International et qui juge scandaleuse l'attitude du Pentagone qui a contraint les militaires américains à fermer les yeux sur ces sévices, y compris lorsque ces abus ont eu lieu sur des bases américaines. Et d'ajouter, en intimant aux soldats américains de ne pas réagir et en les blâmant lorsqu’ils ont osé le faire, le Pentagone s’est lui-même rendu complice. Il a choisi de sacrifier des enfants vulnérables afin de conserver de bonnes relations avec ses alliés afghans, dont il a besoin pour lutter contre les talibans. Une politique indéfendable, conclut le journal et surtout aux antipodes, dit-il, des valeurs américaines et des lois internationales.

Enfin tandis que le président chinois est arrivé hier aux Etats-Unis, pour une visite que chacun s'accorde à présenter comme "sous tension", on a appris que Washington vient d’extrader une personne recherchée par la Chine pour corruption.
Un geste étonnant, dans la mesure où les deux pays n’ont pas de traité d’extradition. Et surtout parce que Washington répugne, généralement, à remettre des fugitifs à Pékin, de crainte de mauvais traitements à leur endroit. Sauf que la semaine dernière, 4 jours plus précisément avant la visite de Xi Jinping, l'administration américaine a remis aux autorités chinoises un homme de 57 ans, qui s’était enfui aux Etats-Unis en 2001 et qui figurait sur la liste des personnes les plus recherchées à l’étranger par Pékin.

Chinese President Xi Jinping.
Chinese President Xi Jinping. Crédits : Jason Redmond - Reuters

L'homme est accusé d’avoir aidé sa sœur, elle-même actuellement incarcérée aux Etats-Unis pour violation des lois sur l’immigration, à effectuer du blanchiment d’argent. Toujours est-il que c’est la première fois, précise THE SOUTH CHINA MORNING POST que Washington rapatrie ainsi de force quelqu'un en Chine. Un geste sans doute destiné à placer la visite du président chinois sous de meilleurs auspices.

Par Thomas CLUZEL

L'équipe

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......