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Drapeau du Qatar

Séisme diplomatique au Moyen-Orient

6 min
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L'Arabie saoudite, les Emirats arabes unis et Bahreïn ont rompu, hier, leurs relations diplomatiques avec le Qatar, qu'ils accusent de promouvoir le terrorisme. S'en est suivie une crise diplomatique, sans précédent depuis plusieurs années, entre grandes puissances du monde arabe.

Drapeau du Qatar
Drapeau du Qatar Crédits : TIBOR BOGNAR / PHOTONONSTOP

La crise couvait depuis, déjà, plusieurs années sur l’un des fronts les plus sensibles de la planète. Et, hier, elle a ressurgi avec une violence sans précédent. Trois monarchies du Golfe, l’Arabie saoudite, les Emirats arabes unis et Bahreïn ont décidé de rompre leurs relations diplomatiques avec le Qatar, qu’ils accusent de « soutien au terrorisme ». Riyad, Abu Dhabi et Manama ont donc rappelé leurs diplomates en poste dans le petit émirat et ordonné, dans le même temps, aux diplomates qataris de quitter leurs territoires dans les 48 heures. Ils ont également pris des mesures de rétorsion, sans précédent, à l’encontre de leur voisin : la fermeture des espaces aériens, des accès terrestres et maritimes, mais aussi l’interdiction de voyager au Qatar pour leurs ressortissants et l’interdiction d’entrée pour les ressortissants qataris. Quelques heures plus tard, l’Egypte et le Yémen ont suivi le mouvement en annonçant, à leur tour, la rupture de leurs relations diplomatiques avec Doha. De son côté, le Qatar a réagi à ces mesures avec colère, en accusant ses voisins du Golfe de vouloir le mettre « sous tutelle » et l’étouffer économiquement. De fait, la bourse de Doha a clôturé en baisse, hier, de près de 8%. Quant aux habitants de la capitale qatarie, ils se sont, eux, rués sur les produits alimentaires, vidant des rayons entiers de supermarchés. Sans compter que cette crise menace, aussi, le prestige international du Qatar, qui doit organiser la Coupe du monde de football en 2022.

Comment expliquer ce développement spectaculaire ? Car après tout, les reproches adressés au Qatar ne sont pas nouveaux. L'Arabie saoudite, en particulier, les avaient déjà proférés au début de la décennie. L'une des raisons de la colère de Riyad, précise LE TEMPS, tient à la stratégie générale adoptée par Doha sur la scène internationale. Coincé entre deux Etats beaucoup plus puissants que lui, l’Arabie saoudite d'un côté et l’Iran de l'autre, le Qatar a souhaité comme la Suisse miser sur une certaine forme de neutralité. Mais, contrairement à la Suisse (qui ne veut de relations étroites avec personne), le Qatar, lui, a souhaité établir des relations étroites avec tout le monde. Et notamment, lors des Printemps arabes. A l'époque, pour entretenir ces bonnes relations, le Qatar a encouragé la force montante du moment, c'est-à-dire l’islam politique à la mode des Frères musulmans. Or, cette mouvance est très opposée aux monarchies du Golfe, lesquelles ont considéré que Doha favorisait ainsi la création de « cinquièmes colonnes » sur leur territoire. L’Arabie saoudite mais plus encore par les Emirats arabes unis craignaient, en effet, que les populations les plus pauvres des émirats ne soient perméables au discours des Frères musulmans.

L'autre raison essentielle de cette crise, précise toujours LE TEMPS, tient à ce qui distingue aujourd'hui le Qatar des autres monarchies de la région, en l'occurrence, la relation particulière que ce pays entretient avec Téhéran. Le Qatar partage, en effet, avec l’Iran le plus grand champ gazier au cœur du Golfe. Une réalité qui le rapproche, donc, de son grand voisin oriental, la République islamique d'Iran. Or, le régime saoudien, sunnite, considère que la première menace pesant sur son existence est l’Iran, chiite. Ce faisant, il ne supporte pas de voir le Qatar faire bande à part. Et d'ailleurs, c'est la raison pour laquelle sous l'administration Obama, face au rapprochement de son principal allié, les Etats-Unis, avec son principal rival, l'Iran, l'Arabie Saoudite avait fini par modérer ses ardeurs vis à vis du Qatar. De crainte de se retrouver subitement isolée, elle avait souhaité constituer, face à l’axe chiite dominé par Téhéran, l’alliance sunnite la plus large possible. Ce qui l’avait, notamment, conduite à y inclure le Qatar. Seulement voilà, le changement d’administration aux Etats-Unis a considérablement modifié la donne, puisqu’elle a installé à la Maison-Blanche un Donald Trump très opposé à la fois à l'Iran et à l'islam politique professé par les Frères musulmans. En cela, le nouveau président américain se montre, lui, totalement en phase avec l'Arabie Saoudite. Des dispositions confirmées, d'ailleurs, il y a deux semaines lors de sa visite à Riyad. De sorte que l’Arabie saoudite en a tiré comme conclusion qu’elle pouvait, à nouveau, se montrer intraitable avec le Qatar.

Mais la véritable raison de la colère des monarchies du Golfe, à l'égard du Qatar, se situe probablement encore ailleurs. A lire l'enquête du FINANCIAL TIMES, ce matin, il semblerait que le Qatar ait versé près d'un milliard de dollars à l'Iran, mais aussi à certaines milices proches d'al-Qaïda, pour obtenir la libération de 24 de ses ressortissants enlevés en Irak, fin 2015. A l'époque, 24 amateurs de chasse au faucon, dont plusieurs membres de la famille royale du Qatar, s'étaient rendus dans une zone chiite au sud de l’Irak, pour leur partie de chasse favorite. C'est là qu'ils seront finalement kidnappés et retenus en otage pendant près d'un an et demi, avant d'être libérés en avril dernier. Ce kidnapping n’a jamais été revendiqué, mais très vite les soupçons ont porté sur des milices chiites irakiennes, soutenues par l'Iran, qui accusaient le Qatar d’ingérence dans les affaires irakiennes et, notamment, de complicité avec les islamistes sunnites. Le Qatar est, en effet, un soutien de longue date des rebelles syriens contre le gouvernement de Bachar al-Assad.

Sauf que le Qatar ne se serait pas contenté de payer la rançon aux preneurs d'otages. Selon une source proche des négociations, cette transaction aurait également donné l'opportunité à l'Iran de négocier un accord ayant conduit, en avril dernier, non seulement à l'évacuation de plusieurs villes chiites assiégées par des rebelles en Syrie, mais aussi la libération de combattants chiites enlevés par un groupe radical proche d'al-Qaïda. Or selon THE GUARDIAN, le régime syrien, lui, n'a pas été impliqué dans ces transactions. La négociation s'est faite entre d'un côté l'Iran (principal soutien du régime de Bachar al-Assad) et de l'autre le Qatar (proche de la rébellion syrienne). Et voilà comment les 24 chasseurs qui étaient partis guetter le faucon en Irak auraient, in fine, servi de monnaie d'échange. En clair, la rançon faramineuse versée par le Qatar aurait servi tant à satisfaire les exigences des ravisseurs, qu’à faciliter des opérations d’évacuation de civils et de libération de prisonniers chiites en Syrie. D'où la colère aujourd'hui de l'Arabie Saoudite, conclue à nouveau THE FINANCIAL TIMES, Riyad reprochant au Qatar d'avoir versé près d'un milliard de dollars à deux des forces les plus fréquemment inscrites sur la liste noire du Moyen-Orient : l'une affiliée à Al-Qaïda et l'autre liée aux milices iraniennes.

Par Thomas CLUZEL

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