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Les enquêteurs du FBI devant le restaurant de la famille de Ahmad Khan Rahami

Stupeur dans le New Jersey

5 min

Chaque matin, l’actualité vue au travers de la presse étrangère. Aujourd’hui : la police américaine a arrêté le principal suspect d'attentats à New York et dans le New Jersey : un Américain d'origine afghane.

Les enquêteurs du FBI devant le restaurant de la famille de Ahmad Khan Rahami
Les enquêteurs du FBI devant le restaurant de la famille de Ahmad Khan Rahami Crédits : Jewel SAMAD - AFP

Les images sont partout ce matin dans la presse. Derrière un cordon jaune de police, on y voit des agents du FBI inspecter un petit restaurant familial, dans le quartier populaire d'Elizabeth, petite ville du New Jersey. La devanture bleue du fast-food, le "First American Fried Chicken", était ici bien connue des habitants du quartier. En revanche, on en savait peu sur Ahmad Khan Rahami, l'un des fils du propriétaire et qui selon le maire de la ville, n'était pas dans les radars de la police locale. Et pourtant, selon toute vraisemblance, c'est bien lui qui, samedi soir, a posé une dizaine de bombes, faisant 29 blessés légers. Et c’est ainsi que ce matin, encore, à l’instar du WALL STREET JOURNAL, les images de l'homme barbu, vêtu d'un t-shirt et le bras ensanglanté (après un échange de tirs avec la police), monopolisent toutes les Unes de la presse américaine.

En réalité, hier déjà, son visage était apparu à 7h55 du matin, très exactement, sur les téléphones portables des New-yorkais. Comme l’explique le site MASHABLE, la police de New York a, en effet, envoyé un message géo localisé aux personnes habitant dans la zone des attaques. Et sur le dit message, on pouvait lire ceci : «Recherché: Ahmad Khan Rahami, homme de 28 ans. Voir les médias pour la photo. Appelez le 911, si vous le voyez.» Ou comment les New-yorkais ont découvert le poseur de bombe, directement, sur leur téléphone.

Passons rapidement sur la polémique qui s'en est suivie : Ce service d’alerte d’urgence sert généralement à informer les populations sur les catastrophes climatiques. C’est la première fois, en revanche, qu'il est utilisé pour une enquête autour d’un acte de terrorisme présumé. D'où ce commentaire signé du NEW YORK MAGAZINE et relevé par Slate : cette nouvelle utilisation de l’application sort complètement de son rôle. En diffusant une telle information, sans photo (puisqu'il fallait faire la recherche soi-même), sans contexte, ni avertissement, cela pousse les gens à instaurer un climat de suspicion, où chaque homme de 28 ans, ayant l’air d’être musulman, pourrait être désigné comme suspect.

Et d’ailleurs, on ne sait pas dans quelle mesure cette application a permis ou non de retrouver Ahmad Khan Rahami. Selon THE NEW YORK DAILY NEWS, les enquêteurs auraient d'abord identifié le suspect grâce à la vidéosurveillance. D'après la chaîne de télévision CNN, les enregistrements obtenus par les autorités montrent un même homme près du lieu de l'explosion à Chelsea, puis à quatre pâtés de maison de là, près de l'autre bombe (une cocotte minute qui, elle, n'a pas explosé). La police scientifique a par ailleurs décelé des empreintes du suspect sur la dite cocotte-minute et glané également des informations sur l’individu grâce au téléphone portable connecté à la bombe artisanale. Enfin, le suspect serait aussi lié à la bombe qui a explosé samedi, à Seaside, le long du parcours d’une course à pied organisée par les Marines. Et puis fait insolite, cette fois-ci : un responsable de la police de New York a indiqué que deux voleurs avaient contribué, incidemment, à récupérer les engins non explosés. Par ailleurs, dans la petite ville d'Elizabeth, là ce sont deux sans-abri qui ont apporté à la police des engins récupérés dans une poubelle.

Comme souvent lors de ce genre d'évènements, dans le quartier où vivait le suspect des attentats, c'est surtout la stupeur qui domine

Interrogé par le WASHINGTON POST, Flee, un ami d'enfance d'Ahmad se souvient qu'il avait l'habitude de jouer au basket avec lui. Dans le restaurant, où il passait le plus souvent très tard le soir, ils improvisaient ensemble du rap. «Aujourd'hui, je n'en reviens toujours pas de voir sa photo. Je me dis : Non, pas lui, pas le fils de Mohammed. Ils étaient vraiment sympas, vous savez. Souvent ils me donnaient même de l'eau et de la nourriture. Gratuitement». Toujours dans les colonnes du journal, un voisin, Alemeida, habitué à venir dîner dans le restaurant familial, raconte à son tour : «Ahmad, son père et ses frères, semblaient plutôt occidentalisés». Même si il y a trois ou quatre ans, il dit avoir remarqué que tous avaient commencé à porter l'habit religieux, jamais il n'avait senti, en revanche, la moindre animosité de leur part, envers qui que ce soit.

De son côté, THE NEW YORK TIMES insiste lui aussi sur le changement de comportement de ce citoyen américain de 28 ans, d'origine afghane, après ce que certains de ses amis croient avoir été un voyage en Afghanistan. Dès-lors, «il est devenu sérieux et s'est complètement renfermé», explique un habitant du quartier. En revanche, dans les mosquées de la ville, aucun des fidèles ou des responsables interrogés ne se souvient avoir vu Ahmad Rahami à la prière.

Enfin toujours selon le NEW YORK TIMES, la famille d'Ahmad Khan Rahami s'était plainte d'avoir été victime de discrimination. Le frère du suspect, qui travaillait lui aussi dans le restaurant, s'est notamment battu avec des policiers venus contraindre l'établissement à fermer pour la nuit, en raison du bruit. Il se serait alors enfui en Afghanistan avant d'être jugé.

Hier soir, le suspect des attaques à la bombe à Manhattan et dans le New Jersey a été formellement inculpé pour tentatives de meurtre et possession d'une arme à feu

Ces chefs d'accusation sont liés, en réalité, à la fusillade qui a conduit à son arrestation mais non aux attentats eux-mêmes. A ce stade, les autorités n'ont trouvé, par exemple, aucun lien entre ces attentats et l'attaque perpétrée, samedi, dans un centre commercial du Minnesota (la seule attaque, d'ailleurs, qui ait été revendiquée jusqu'à présent par Daech).

En d'autres termes, les autorités ne voient pour l'instant aucune preuve d'une coordination entre les différents attentats ou tentatives. Mais le fait qu'ils soient tous survenus en moins de 24 heures relance, évidemment, le débat sécuritaire. D'où cet avertissement, lancé par THE NEW YORK TIMES et relevé par le Courrier International : Il n’y a pas de réconfort absolu dans cette époque troublée. Pas plus qu’il n’y a d’honnêteté dans les promesses de ceux qui veulent détruire d’autres gens pour nous venger et nous mettre en sécurité. Dans un tel climat de violence latente, la bonne réaction, écrit l'éditorialiste, consiste à rester vigilant et à garder son sang-froid. Et surtout, éviter une surenchère policière potentiellement catastrophique, car elle ne ferait qu’ajouter à l’intolérance et au soupçon, dont on sait combien ils nourrissent la haine, l’isolement et la radicalisation.

Par Thomas CLUZEL

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