LE DIRECT

Stupeur et colère après le décret anti-immigration de Trump

6 min
À retrouver dans l'émission

Chaque matin, l’actualité vue au travers de la presse étrangère. Aujourd’hui : Le décret anti-immigration signé vendredi par Donald Trump a déclenché une levée de boucliers sur la scène internationale et dans de nombreux tribunaux américains.

Enivré par le pouvoir et après avoir traversé rageusement sa première semaine à la présidence, écrit la NEUE OSNABRÜCKER ZEITUNG, Trump a provoqué l'effroi ce weekend, renchérit son confrère MANNHEIMMER MORGEN, avec la signature de son décret anti-immigration durcissant les conditions d’accueil des étrangers aux Etats-Unis et interdisant de fait l’entrée (pour 90 jours) sur le territoire aux ressortissants de sept pays musulmans jugés dangereux : L'Irak, l'Iran, le Yémen, la Libye, la Syrie, le Soudan et la Somalie.

Aussitôt signé, ce décret immédiatement appliqué a provoqué une véritable pagaille dans les aéroports du monde entier. Dans la presse, partout les mêmes scènes de chaos et de confusion : Des voyageurs refoulés, interdits d'embarquer dans des vols à destination des Etats-Unis, mais aussi des expulsions du territoire américain pour tous ceux qui ont atterri depuis vendredi. THE NEW YORK TIMES, en particulier, raconte comment des réfugiés qui étaient dans l’avion au moment de la signature du décret ont été placés en détention à leur arrivée à l'aéroport Kennedy. C’est le cas de deux Irakiens. Le premier a notamment travaillé comme interprète, au sein de l’armée américaine à Bagdad et disposait d’un visa valable obtenu, ironie de l’histoire, le 20 janvier dernier soit le jour de l’investiture de Donald Trump. Quant au second, il venait aux Etats-Unis pour rejoindre sa femme qui vit au Texas avec leur enfant de 7 ans. « Il a donné son passeport à un officier des douanes qui ne lui a pas parlé et l’a immédiatement placé dans une cellule », raconte son épouse. « Il a ensuite demandé un avocat et expliqué vouloir faire une demande d’asile. On lui a répondu qu’il ne pouvait pas faire cela, qu’il fallait qu’il rentre dans son pays, que c’était une décision du président ». Sur Facebook, un journaliste irakien vivant aux États-Unis raconte, lui, comment son père a été empêché de monter à bord d’un vol partant du Qatar, en direction de Los Angeles. Enfin dans les colonnes du NEW YORK DAILY NEWS, là ce sont six voyageurs (cinq originaires d'Irak et un du Yémen) dont on nous explique comment ils se sont vus interdire d’embarquer dans un avion à destination des États-Unis, alors même qu'ils possédaient des visas valides.

Tout le weekend, tandis que Donald Trump se justifiait à coup de tweets et se félicitait de ce que sa mesure soit appliqué partout dans les aéroports (« Ca marche super bien », a-t-il notamment lancé, s'étrangle THE WASHINGTON POST), dans le même temps, sa décision provoquait une vague d'indignation générale, ainsi que le relève THE LOS ANGELES TIMES avec ce titre : Stupeur et colère à travers le monde. Et en particulier, dans le monde musulman. L’Iran est le pays qui a réagi le plus vivement à cette décision jugée insultante. Les Etats-Unis coupent leurs relations avec le peuple iranien, titre le grand quotidien HAMSHAHRI.

En d’autres termes, la promulgation de ce décret a provoqué une véritable levée de boucliers. « Laissez-les entrer! », « Les immigrés sont l'Amérique », « L'amour pas la peur ». Voilà quelques uns des slogans entendus, hier, aux abords de la Maison Blanche. Des slogans scandés par des milliers de manifestants. Beaucoup soulignent avec amertume, également, que ce document a été signé lors de la journée internationale de commémoration de l'Holocauste. Un compte Twitter avec le hashtag #RefugeesWelcome a ainsi posté les noms des 254 juifs tués par les nazis après que leur navire ait été repoussé en 1939 par les autorités américaines, qui avaient refusé de leur accorder le statut de réfugié. Enfin THE NEW YORK TIMES note que si ce décret vise officiellement à « protéger la nation contre l'entrée de terroristes étrangers aux Etats-Unis », curieusement, ni le Pakistan, ni l’Afghanistan, ni l’Arabie Saoudite (le pays d’origine pourtant de 15 des 19 terroristes du 11 septembre 2001) n’appartiennent aujourd’hui à cette liste noire. Une exception qui s'explique, probablement, par des intérêts économiques.

Et puis alors qu’incompréhension, stupeur et colère entourent la promulgation de ce décret, une question demeure : ces mesures sont-elles légales et constitutionnelles ? Des armées de juristes se mobilisent désormais pour répondre à cette question. Et combattre certains points du décret. Les ministres de la Justice de seize Etats fédérés (tous démocrates), représentant près d'un tiers de la population américaine, ont condamné hier ce décret anti-immigration. Pour les associations de défense des migrants qui saisissent la justice, en plus d’être discriminatoires, ces mesures sont clairement anticonstitutionnelles si elles s’appliquent à des ressortissants qui ont des papiers en règle. Elles invoquent, en particulier, le 5ème amendement de la Constitution américaine. La loi de 1965 sur l’immigration et la nationalité est également citée : le texte condamne, en effet, toute discrimination contre les migrants sur la base de leur origine. L’affaire pourrait même remonter à présent jusqu’à la Cour suprême, note LE TEMPS. De son côté, THE WALL STREET JOURNAL note qu'après deux jours d’informations contradictoires, le secrétaire général de la Maison Blanche a précisé que les ressortissants des pays interdits de séjour détenteurs de la fameuse « green card » pourront se rendre en Amérique. Ce qui constitue déjà un premier recule.

Reste que, pour l'instant, les républicains sont peu nombreux à oser contester publiquement ces interdictions. L'exemple le plus symptomatique est sans doute celui du vice-président Mike Pence. En décembre 2015, comme l’atteste un tweet effacé depuis, il déclarait clairement qu’une interdiction d’entrée sur sol américain visant les musulmans serait « offensante et anticonstitutionnelle ». Désormais, il affirme que l’interdiction ne vise pas une religion mais certaines nationalités.

Quoi qu'il en soit, l'hebdomadaire de gauche THE NATION conseille aux Américains de ne pas baisser les bras et de s’engager, en militant, mais aussi en faisant pression sur leurs élus locaux. Les mesures clivantes et douloureuses prises par Trump sont aujourd'hui destinées à distiller la peur parmi nous, dit-il, avant d'en conclure qu’elles ont jusque là plutôt inspiré la défiance, se félicite finalement le journal, en référence aux dernières manifestations à travers le pays.

Par Thomas CLUZEL

L'équipe
Production

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......