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Surprenant, inutile, pénible et compliqué

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Chaque matin, l’actualité vue au travers de la presse étrangère. Aujourd’hui : plan de défense civile en Allemagne, mini sommet européen, Sarkozy candidat et opération turco-américaine contre l’EI.

Et pour commencer, un sujet qui prête autant à la polémique qu'au sourire. Le gouvernement d'Angela Merkel s'apprête à présenter, ce matin en conseil des ministres, un plan de défense civile aux relents de guerre froide. C'est le quotidien FRANKFURTER ALLGEMEINE ZEITUNG qui, le premier, a révélé ce projet : un document long de 69 pages, qui envisage dans le détail les mesures à adopter pour faire face à une catastrophe de grande ampleur. Car même si une attaque de l’Allemagne est aujourd'hui peu vraisemblable, reconnaît le ministre de la Défense, pour autant il est nécessaire, dit-il, de se préparer en vue d’un événement menaçant qu’on ne peut définitivement exclure pour l’avenir. D'où cette recommandation, notamment, écrite noir sur blanc : la population doit constituer des stocks de vivres et d’eau, plus exactement 10 litres d’eau par personne et des réserves de nourriture pour une durée de 10 jours.

L'initiative a, bien entendu, de quoi surprendre. C’est la première fois qu’un gouvernement d’Europe de l’Ouest révèle un projet de défense de ce calibre depuis la fin de la guerre froide, précise DIE TAGESZEITUNG. Et d'ailleurs, les autorités allemandes pointent, notamment, la menace potentielle que constitue aujourd'hui la Russie, qui selon elle remet ouvertement en question la paix en Europe. La FRANKFURTER ALLGEMEINE ZEITUNG cite par ailleurs le risque de conflits hybrides, type attaque informatique ou sabotage. En clair ce plan n’est pas uniquement destiné à parer à la menace terroriste. Et pour cause, puisque ce texte avait été commandé en 2012, par la commission budgétaire du Bundestag. Son élaboration aura donc duré quatre ans. Ce document rappelle également la nécessité pour l’État de prendre un certain nombre d'autres mesures, en particulier d’augmenter les réserves d’essence, de vaccins, d’antibiotiques, de tablettes d’iodure de potassium, ou bien encore d’installer des zones de décontamination devant les hôpitaux, pour y soigner les blessés en urgence.

Quoi qu'il en soit cette initiative, accusée de semer la panique, s’est aussitôt trouvée sous le feu des critiques mais aussi des moqueries. La TAGESZEITUNG de Berlin, en particulier, a visiblement du mal à prendre au sérieux la demande du gouvernement de constituer ainsi des réserves de nourriture. Et c'est ainsi qu'hier le journal avait choisi d'ironiser sur le sujet avec à sa Une un hamster, et ce titre : la fin est proche. La TAGESZEITUNG qui explique à ses lecteurs : pourquoi vous ne devez pas paniquer ; ce que vous devez acheter ; et pourquoi il n’y a plus de hamster.

Décidément l'Allemagne n'est pas à la fête cette semaine, notamment, après le mini sommet européen de lundi jugé par beaucoup inutile et coûteux. Angela Merkel mais aussi François Hollande se sont rendus lundi sur un navire de guerre au large de Naples, à l'invitation de Matteo Renzi, pour un mini-sommet sur l’avenir de l’Europe. Une rencontre, note le Courrier International, perçue dans les médias italiens comme purement symbolique. Et de fait, rien de concret n’en est sorti, estime IL CORRIERE. Même analyse pour son confrère communiste IL MANIFESTO, qui raille notamment la mise en scène de ce “Love boat” (le bateau de l’amour) où trois leaders en difficulté ont essayé d’exorciser le “Brexit”. Enfin IL FATTO QUOTIDIANO dresse, là encore, un bilan sans appel de cette bataille navale jugée inutile et coûteuse. Le quotidien indépendant, rappelle en effet que pour l'occasion tout un navire et son équipage ont été mobilisés, que 250 journalistes européens ont par ailleurs été invités, sans compter les forces de l’ordre, les sous-marins et les hélicoptères assignés à la sécurité. Et tout ça pour quoi ? Pour permettre aux trois leaders de réciter leur texte et jouer les sauveurs de l’Europe.

Lui se présente en sauveur de la France, lui, c'est Nicolas Sarkozy. Avec la détermination d’un maréchal face à une division blindée, Sarkozy a empoigné le drapeau français et se présente comme le sauveur providentiel d’une patrie menacée, peut-on lire dans les colonnes du quotidien conservateur espagnol ABC. Reste, à en croire le site de la BBC, que la victoire est loin d'être acquise. Si son énergie ne fait aucun doute, en revanche, Nicolas Sarkozy devra faire face à plusieurs obstacles, à commencer par l’héritage du premier mandat, mais aussi ses concurrents à droite, car comme l'écrit l'éditorialiste, malheureusement pour lui, il n’est pas le seul à avoir eu l'idée de se présenter. Sans oublier, la liste longue et complexe des affaires dans lesquelles l’ancien président est impliquée. Le "bling bling", même si cette expression ne veut rien dire estime la BBC, il n’empêche que lors de son mandat de nombreux Français n’aimaient pas le style de Sarkozy et ne l’aiment toujours pas. Enfin dernier obstacle : le facteur de déjà vu : l’élection de 2017 risque de voir une réédition du match Hollande-Sarkozy. Un danger pour la BBC, qui qualifie ce cas de figure comme le pire réquisitoire contre la politique française et un terrain fertile pour Marine Le Pen. Bref, dans neuf mois, les Français auront un nouveau président mais la grossesse s’annonce pénible, conclue le journal belge DE MORGEN.

Enfin pour terminer, direction à présent la Turquie. Tôt ce matin l'armée turque, conjointement avec les États-Unis, a lancé une opération contre Daech à Jarablus, le dernier bastion de l’organisation État islamique sur la frontière turque, côté syrien, peut-on lire sur le site du WALL STREET JOURNAL. Et ce alors que Joe Biden, le vice président américain, est par ailleurs attendu aujourd'hui à Ankara.

La détermination de la Turquie est aujourd'hui motivée par une véritable course contre la montre, précise LE TEMPS de Lausanne : prendre Jarablus avant les combattants kurdes. Car si ces derniers prenaient pied dans la ville, ils pourraient réaliser une continuité territoriale avec le reste de la région, ce qui favoriserait grandement leurs ambitions nationalistes. Un cauchemar, autrement-dit, pour le président Erdogan. Depuis lundi, les mortiers turcs tirent d'ailleurs aussi bien sur les positions de l’EI que sur celles des YPG, les Unités de protection du peuple kurdes, pour freiner leur progression. Problème : les États-Unis, eux, soutiennent militairement les combattants kurdes qu’ils voient comme un atout de taille contre Daech. Dès-lors, choisiront-ils de les soutenir contre leur allié turc ? Une chose est sûre, conclue le journal, en recevant aujourd’hui Joe Biden, Erdogan, lui, sera intransigeant sur cette question.

Par Thomas CLUZEL

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