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Tensions entre l'Allemagne et la Turquie, risques d'escalade sur l'esplanade des mosquées

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Les tensions qui ont encore monté d'un cran entre l'Allemagne et la Turquie, avec l'ire de Berlin après le maintien en détention à Istanbul de 6 défenseurs des droits de l'homme parmi lesquels un Allemand début juillet.

Le ministre des affaires étrangères a annoncé une "réorientation" de sa politique vis-à-vis de son partenaire historique. Sigmar Gabriel met en garde les touristes allemands contre le risques de se rendre en Turquie et menace de mettre fin aux garanties publiques d'investissement pour les entreprises allemandes en Turquie. Ses propos sont repris par l'ensemble de la presse allemande. "Comment, s'indigne-t-il, leur conseiller d'investir dans un pays où même des entreprises parfaitement innocentes sont jugées proches des terroristes". Selon Die Zeit, en effet, le gouvernement turc aurait remis à Berlin une liste de 68 entreprises allemandes ayant des lien avec Fetullah Gülen le prédicateur en exil qu'Ankara accuse d'avoir fomenté le coup d’État raté il y a un an. Le géant de l'industrie chimique BASF serait sur la liste tout comme Daimler.

Le Spiegel croit de son côté savoir qu'Ankara aurait tenté un chantage : Erdogan, écrit le journal, aurait offert de libérer le journaliste allemand Deniz Yücel, le correspondant de Die Welt en Turquie (emprisonné depuis plus de 150 jours), si Berlin lui livrait deux généraux qui ont demandé l'asile en Allemagne et sont accusés par la Turquie de faire partie des putchistes. Ainsi donc, s'indigne le Spiegel, Erdogan emprisonne des citoyens Allemands pour les utiliser comme otages et forcer l'extradition de ses opposants politiques? Die Welt fustige "l'ambition totalitaire" d'Ankara quand la Frankfurter Allgemeine Zeitung dénonce "un partenaire devenu étranger, mû par un esprit d'hostilité et de vengeance". Enfin, s'exclame de son côté la Deustche Welle, enfin l'Allemagne adopte une attitude plus ferme envers le président Erdogan. Ce ne sont plus des mots seulement mais des mesures concrètes. "Cela fait des mois que la Turquie traite des citoyens allemands emprisonnés d'une manière inimaginable dans n'importe quel pays européen. Le respect des valeurs européennes a un prix. Nous n'avons que trop tardé mais rien ne garantit des résultats, estime toutefois la Deustche Welle tant Erdogan a pris un chemin qui l'éloigne de l'Europe.

La presse turque n'est pas en reste. L'agence de presse Anadolu promet que la Turquie répondra à de telles menaces et accuse l'Allemagne d'abriter des terroristes liés au coup d’État ou aux séparatistes kurdes du PKK. Le Daily Sabah estime que Berlin sacrifie les relations bilatérales sur l'autel d'une rhétorique populiste à l'approche des élections générales. En tout cas, estime Al Jazeera, l'industrie touristique turque pourrait souffrir. Cette année, les réservations hôtelières par des Allemands représentent déjà 10% du total, l'Allemagne est la première destination des exportations turques et arrive au 2ème rang des pays importateurs en Turquie, seule la Chine a fait mieux en 2016.

"Berlin veut frapper la Turquie là où ça fait mal, à savoir financièrement", estime aussi Le Temps, ajoutant, l'Allemagne a longtemps espéré que la Turquie calme le jeu. Il importait aussi de ne pas froisser Ankara en raison de l'accord sur les réfugiés. Pas question à l'approche des élections de risquer une nouvelle arrivée massive comme il y a deux ans. Visiblement, conclut le journal, ce risque est jugé aujourd'hui moins important.

En Israël, en ce vendredi jour de prière, tous les yeux se tournent vers l'esplanade des moquées

C'est l'installation de portiques de sécurité aux entrées de l'esplanade après le meurtre de deux policiers israéliens la semaine dernière qui fait redouter une escalade. Entre 20 et 30 000 fidèles musulmans se pressent d'ordinaire le vendredi sur l'esplanade des moquées mais les mesures de sécurité pourraient entraîner de nouvelles tensions alors qu'il y a encore eu des heurts hier soir. "Netanyahou est sous pression pour retirer les détecteurs de métaux", titre le Jerusalem Post, poursuivant : "Depuis cinq jours, les fidèles musulmans qui refusent de passer par les portiques organisent des prières de rue. Les tensions s'exacerbent en ce vendredi". Le journal rapporte les réunions d'urgence tenues par le Premier ministre dès son retour de Hongrie avec des responsables de la défense et son cabinet de sécurité. L'armée, écrit le Jerusalem Post, estime qu'il faut retirer les portiques alors que la police soutient le contraire.

C'est un autre appel que lance Haaretz au Premier ministre israélien. Dans son éditorial titré "Une ville sans frontières", le journal dénonce le projet de construction de nouveaux logements à Jérusalem, qui couperaient la ville de Ramallah de Jérusalem est. Netanyahou doit agir maintenant pour stopper tout cela, exhorte Haaretz.

Officiellement, poursuit l'éditorial, il s'agit juste de construire un nouveau quartier dans le nord est pour répondre au manque de logements mais en fait ce quartier va couper la ville des communautés palestiniennes qui résident dans l'est et empêcher toute continuité territoriale avec Ramallah, en Cisjordanie.

Et Haaretz d'expliquer que Jérusalem est, dans sa géographie, l'incarnation d'un pouvoir politique qui s'en sert de moyen de pression pour saboter toute tentative diplomatique, toute chance de parvenir à une solution à deux États.

Aux États-Unis, la décision de Donald Trump de mettre un terme aux livraisons d'armes aux rebelles syriens qui luttent contre le président syrien Bachar el Assad continue à faire couler beaucoup d'encre

Des livraisons secrètes organisées par la CIA. C'est le Washington Post qui a annoncé que le président américain entend y mettre un terme. Le magazine US News juge qu'il s'agit d'un coup fatal porté à l'opposition à Bachar el Assad. Depuis 5 ans, rapporte le magazine, ce programme a coûté des centaines de millions de dollars en entraînement et livraisons d'armes et même ses plus fervents soutiens ont reconnu qu'il n'avait pas porté ses fruits. La presse américaine remarque toutefois que cette décision, c'est exactement ce que voulait la Russie. Plusieurs journaux reprennent les propos cinglants de John McCain qui accuse l'administration américaine d'être une marionnette dans les mains de Poutine. Mais le Washington Post remarque que ce programme "est arrivé trop tard, il était trop limité et trop dépendant d'alliés douteux comme la Turquie et l'Arabie saoudite". "Il a été assez puissant pour menacer Assad, écrit le Post, mais pas assez pour l'emporter. En fait, il a eu l'effet inverse de celui recherché et a sans doute contribué à l'entrée en guerre de la Russie en 2015 pour soutenir le président syrien".

Marie-Pierre Vérot

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