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L'ex chancelier autrichien Werner Faymann

Triste Europe

5 min

Chaque matin, l’actualité vue au travers de la presse étrangère. Aujourd’hui : la Grèce et ses créanciers ont conclu un accord en vue d’un allègement de dette, en échange de nouvelles mesures d'urgence ; le Chancelier autrichien a jeté l'éponge, face à une extrême droite portée par les urnes.

L'ex chancelier autrichien Werner Faymann
L'ex chancelier autrichien Werner Faymann Crédits : Heinz-Peter Bader

Hier avait lieu la fête de l’Europe, l’occasion, a priori, de réaffirmer les valeurs fondamentales de l'Union Européenne et de défendre l’idée d’une intégration plus profonde. Or cette journée aura été marquée, essentiellement, par deux nouvelles. D'une part, une sorte de flirt avec l'impasse en Grèce, ainsi que l'écrit le quotidien NAFTEMPORIKI. Et d'autre part la démission en Autriche du chancelier, preuve écrit cette fois-ci LE TEMPS, que la droite nationale-populiste dicte désormais le rythme politique du pays.

S'agissant de la Grèce, tout d'abord, les ministres des Finances de la zone euro ont donc proposé hier un allègement de la dette du pays, qui reposerait notamment sur des délais de grâce et des échéances rallongés à partir de 2018. A la condition, toutefois, que la Grèce accomplisse, d'ici là, toutes les réformes convenues dans le cadre de son dernier programme de renflouement. Et de fait, pour arriver à ce compromis, c'est peu de dire que le gouvernement de gauche radicale avait mis les bouchées doubles en faisant adopter, la veille, un nouveau train de rigueur, comprenant une réforme des impôts et une autre sur les retraites. D'où ce titre à la Une du journal TA NEA : Les otages de la rigueur de Syriza, illustré par une photo, pleine page, de retraités désenchantés, regardant devant eux comme s’ils attendaient un miracle qui ne se produira jamais. Car malgré ce vote, les créanciers insistent pour qu’il y ait davantage de mesures d’austérité et toujours plus de coupes, prévient le journal. En d'autres termes, ces nouvelles réformes ne sont, en réalité, que le début d’une longue liste qui approche à grand pas.

A présent, le choix est clair : le gouvernement a décidé d’accepter la requête de créanciers à la fois unis et impitoyables, et ce faisant il a choisi de continuer à plonger le pays dans l’abîme, regrette à son tour le portail de gauche TVXS. Même le quotidien économique conservateur NAFTEMPORIKI semble dépité. On va droit dans le mur, dit-il. L’unique perspective de relance de l’économie, c’est l’augmentation de la production. Or les multiples hausses d’impôts et de recettes rendent désormais cet objectif hors d’atteinte.

Après toutes ces années de dure austérité, il paraît pourtant de plus en plus évident que, seule une remise de dette pourra permettre de sauver la Grèce, insiste un économiste interrogé dans les colonnes du quotidien italien Il SOLE. Une telle approche renforcerait considérablement, dit-il, les perspectives de croissance de la Grèce. Et si une logique économique claire ne suffit pas encore à motiver les partenaires européens de la Grèce à réduire la dette, alors le rôle de première ligne assumé par ce pays dans la crise historique des réfugiés de l'Europe devrait être suffisant à lui seul.

Seulement voilà, la volonté de la troïka s’est donc à nouveau imposée, conclue pour sa part le journal PHILELEFTHEROS. En clair, les souffrances des Grecs se poursuivront et leur niveau de vie continuera de chuter. De quoi porter l’humiliation nationale à son paroxysme.

Autre nouvelle marquante de cette journée de l'Europe, hier, la démission du chancelier autrichien.

La poussée de la droite populiste au premier tour de la présidentielle a fait une première victime, prévient LE TEMPS de Lausanne, le socialiste Werner Faymann, lequel dirigeait le gouvernement de coalition depuis huit ans. En réalité, les rumeurs d’un départ circulaient depuis déjà plusieurs mois, depuis que son parti enchaînait les défaites électorales face aux nationalistes. Jusque-là, il avait encaissé 18 défaites sans vaciller, explique dans les colonnes du journal l'ancien correspondant de la NEUE ZÜRCHER ZEITUNG à Vienne. C’était un artiste de la survie politique, dit-il, et longtemps on a cru au sein de son parti qu’il n’y avait pas d’alternative. Mais là, il fallait donner un signal très clair. Ou dit autrement, le dernier espoir de freiner l’érosion de l’électorat passait par un renouveau de ses instances dirigeantes.

Reste qu'à présent, il faudrait un miracle pour que Norbert Hofer, le candidat de l'extrême droite ne soit pas élu président le 22 mai prochain. Or la probable réussite du candidat FPÖ donnera, à coup sûr, des ailes aux autres partis eurosceptiques et islamophobes en Europe, redoute déjà THE IRISH TIMES.

Et d'ailleurs, en Irlande justement, autre signe de l'instabilité européenne, les électeurs ont, eux aussi, remis récemment en question le système politique de leur pays. Emboîtant le pas aux Portugais, aux Espagnols et à tant d’autres Européens, les Irlandais ont refusé d’offrir une majorité à un quelconque parti. Ils ont puni, en somme, les forces de l’establishment et ainsi renforcé la voix des formations indépendantes, antisystèmes ou populistes. Ce faisant, renchérit le journal grec NAFTEMPORIKI, les Irlandais ont à leur tour confirmer le fait que l’instabilité politique est devenue, aujourd'hui, la norme en Europe. Dans cette Europe désemparée face à la multiplication des crises, déboussolée et sans feuille de route, et qui laisse de surcroît se creuser les failles qui la divisent, la perspective d’un séisme politique ne devrait donc étonner personne.

Mais si la vieille politique ne comprend pas rapidement que les partisans des populistes de droite, d’un côté, et les jeunes électeurs qui raisonnent à la scandinave de l’autre, exigent et imposeront un changement profond dans la politique, le style et le pays, alors on risque de vivre les derniers moments d’une ère, note pour sa part le quotidien de Vienne DIE PRESSE. Or nul ne sait, dit-il, ce qui viendra après. Seule certitude, conclue le journal suisse FINANZ UND WIRTSCHAFT, les moins bien parés pour relever aujourd'hui nos défis sont ceux qui mélangent précisément nationalisme et socialisme, à l’instar du Front National de Marine Le Pen. En clair, si des partis dilettantes prennent à présent le relais des partis en fin de vie, cela signifie que la démocratie représentative européenne est en bien fâcheuse posture.

Par Thomas CLUZEL

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