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Donald Trump (g) et Hillary Clinton (d)

Ultime coup de théâtre dans la campagne américaine

6 min

Chaque matin, l’actualité vue au travers de la presse étrangère. Aujourd’hui : Hillary Clinton cherche à dépasser le choc de la relance surprise de l'affaire de ses e-mails par le FBI, alors que les sondages se resserrent, à un peu plus d'une semaine de l'élection présidentielle américaine.

Donald Trump (g) et Hillary Clinton (d)
Donald Trump (g) et Hillary Clinton (d) Crédits : Timothy A. CLARY Jewel SAMAD - AFP

À un plus d'une semaine du scrutin et alors que plus de six millions d’Américains ont déjà voté par anticipation, voilà que le FBI vient de secouer, ce week-end, une course à la Maison Blanche déjà ô combien turbulente et parsemée de scandales. Depuis quelques temps, l’horizon semblait enfin dégagé pour Hillary Clinton. Tout allait bien pour elle. Elle faisait la course en tête dans tous les sondages et avait même regagné en capital confiance, raconte THE NEW YORK TIMES, repéré par le Courrier International. Et puis, en vingt minutes à peine, le mois d’octobre a fini par livrer sa dernière grosse surprise. Le genre de rebondissement que l’on n’a rarement, voire jamais, vu à ce stade d’une élection présidentielle.

Dans une lettre envoyée au Congrès, puis publiée dans la presse, le directeur du FBI, James Comey, a annoncé la réouverture de l’enquête sur l’affaire dite “des e-mails”. Petit rappel, entre 2009 et 2013, alors qu’elle était secrétaire d’État, Hillary Clinton a utilisé pour sa correspondance une messagerie privée et non un serveur sécurisé, exposant donc, parfois, au piratage des informations confidentielles pouvant porter atteinte à la sécurité des États-Unis. Cette affaire a littéralement empoisonné pendant des mois la campagne de la candidate démocrate, jusqu'à ce qu'en juillet dernier, l’enquête soit finalement classée sans suite par la justice américaine. Seulement voilà, la découverte ce week-end d’un millier de messages, dont certains qualifiés de potentiellement pertinents par le FBI, a donc à nouveau relancé cette affaire.

Mais de quoi parle-t-on, au juste ? Selon la presse américaine, des e-mails provenant du département d’État ont été retrouvés sur un ordinateur portable appartenant à un certain Anthony Weiner, un ancien élu au Congrès, ex mari d'une collaboratrice très proche d'Hillary Clinton et qui fait aujourd'hui l'objet d'une enquête pour avoir envoyé des SMS équivoques (comprenez à caractère sexuel) à une mineure de 15 ans. C'est dans le cadre de cette enquête que ces e-mails ont été découverts. Sauf que l'on ne sait rien, pour l'instant, du contenu de ces e-mails. Le FBI ne les a même pas regardés. Pourquoi ? Parce que pour pouvoir le faire, il a besoin d'un mandat différent de celui qui est le sien actuellement pour l'enquête portant sur les SMS. Mandat qu'il a finalement obtenu hier soir, selon NBC. Toujours est-il que dans cette fameuse lettre adressée ce week-end à des responsables du Congrès, le directeur du FBI ne donne aucun détail et souligne même qu’il est encore trop tôt pour savoir si cette découverte sera ou non significative.

La lettre a fait l’effet d’une bombe

En réalité, il est déjà trop tard, puisque la lettre a fait l'effet d'une bombe. Selon THE WASHINGTON POST, ce rebondissement pourrait même changer la donne de la course à la Maison Blanche. Il faut dire que cette annonce a non seulement semé la panique dans les rangs d’Hillary Clinton mais surtout, les Républicains, de leur côté, se sont bien entendu rués sur l’aubaine pour tenter de reprendre l’avantage, note THE NEW YORK TIMES. “C’est la plus grosse affaire depuis le Watergate”, a notamment immédiatement réagi le milliardaire. Il faut dire que pour le candidat républicain, lequel se débat depuis plusieurs semaines maintenant avec un scandale d’agressions sexuelles et de harcèlement, cette annonce a des airs de pain bénit. Déjà, tout au long de sa campagne, Donald Trump n’avait eu de cesse d’évoquer cette affaire des e-mails, embarrassante pour le camp démocrate. Et voilà que l'occasion lui ait offerte, sur un plateau, de recommencer.

De son côté, l’équipe de campagne de la démocrate est en mode de crise depuis ce week-end. Elle dénonce l'attitude du directeur du FBI. En clair, elle ne comprend pas que James Comey ait pu accepter de lâcher une bombe à moins de deux semaines de l'élection, sans pour autant donner véritablement de faits, ouvrant ainsi la porte à toutes les interprétations. Sans compter, précise à nouveau THE NEW YORK TIMES, que la veille de la publication de la fameuse lettre, de hauts responsables du ministère de la Justice avaient ardemment tenté de décourager le directeur du FBI, afin de ne pas rompre avec une tradition, le «Hatch Act», qui interdit d'utiliser une fonction publique pour influencer une élection. Par ailleurs et selon la chaîne CNN, la découverte de ces emails daterait déjà de plusieurs semaines. D'où la remarque lancée, sur la chaîne de télévision américaine, par le président de la campagne d’Hillary Clinton : «Le directeur du FBI aurait pu commencer par regarder ces e-mails avant de faire ça au milieu d’une campagne présidentielle, si près du jour du vote».

D'autant que selon le magazine NEWSWEEK, lequel cite une source au sein de l'enquête, la vérité serait en fait beaucoup moins explosive que ce qu'on a pu croire dans un premier moment. Et de préciser : il n'y a pas d'indice que les e-mails en question aient été dissimulés par Clinton durant l'enquête, pas plus que cette découverte ne suggère qu'elle a fait quoi que ce soit d'illégal.

Dans la dernière ligne droite de la présidentielle, c’est un coup de théâtre dont il est difficile de mesurer les conséquences

Selon THE BOSTON GLOBE qui, il y a moins d'une semaine, écrivait que le côté sauvage de cette campagne présidentielle devenait lassant, il est à présent difficile de dire quelles conséquences la nouvelle aura sur la course à la Maison Blanche. En revanche, il est d'ores et déjà certain qu’elle a donné des munitions toutes neuves à la campagne chancelante de Donald Trump. Même si ce nouvel épisode devait finir par se dégonfler, l'ensemble de l'affaire est si compliqué et les derniers détails si juteux que le simple fait de répéter «FBI», «sextos» et «e-mails» permet à l'équipe Trump de laisser entendre que Clinton est une criminelle. Le tabloïd conservateur NEW YORK POST parle lui déjà de «Dickileaks» (soit Wikileaks mais avec pénis au lieu de wiki). Ou dit autrement, reprend le quotidien canadien, étant entendu que le FBI reste aujourd'hui suffisamment vague pour qu'on puisse inventer tous les détails possibles et imaginables, c'est un peu la théorie du complot rêvée pour Donald Trump.

Hier, Hillary Clinton est retournée en Floride, État clé dans la course à la Maison Blanche. Son avance y a fondu dans la moyenne des derniers sondages, désormais à 0,8%, selon REAL CLEAR POLITICS. Une nouvelle enquête d’opinion publiée hier y donnait même son adversaire républicain vainqueur à 46 contre 42%. Enfin l’avance de la candidate démocrate s’est aussi légèrement tassée au niveau national, désormais à 44,9% des intentions de vote contre 41,1% pour Donald Trump, selon la moyenne des récents sondages.

Par Thomas CLUZEL

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