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Protestation d'activistes à Londres, contre la perspective d'un Brexit "dur", tel qu'envisagé par le gouvernement.

Un Brexit décidément de plus en plus imprévisible

5 min
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L’issue des législatives a ébranlé l’autorité de Theresa May et donné des ailes aux partisans d’un Brexit « doux ». Aujourd’hui, la Première ministre joue son va-tout lors de sa rencontre avec la dirigeante du DUP, dont le soutien est indispensable pour qu'elle puisse gouverner tant bien que mal.

Protestation d'activistes à Londres, contre la perspective d'un Brexit "dur", tel qu'envisagé par le gouvernement.
Protestation d'activistes à Londres, contre la perspective d'un Brexit "dur", tel qu'envisagé par le gouvernement. Crédits : ALEX MCNAUGHTON / SPUTNIK

Le fiasco électoral enregistré, jeudi dernier, par la Première ministre britannique va-t-il rebattre les cartes s'agissant de la sortie de l'UE du Royaume-Uni ? A peine le résultat des élections tombé, le ministre des Finances, lui-même, avait appelé Theresa May à penser aux « emplois d'abord ». De son côté, la dirigeante du parti conservateur écossais a également appelé Mme May à envisager le Brexit autrement. Enfin, à en croire THE TELEGRAPH, ce matin, des discussions secrètes se tiendraient, actuellement, entre plusieurs ministres du gouvernement et des membres des travaillistes. Objectif : forcer Theresa May à faire des compromis sur un certain nombre de sujets, en particulier, l'union douanière et le marché unique. Ces tractations impliqueraient certains des membres les plus importants du cabinet de la Première ministre. Il serait également question de mettre en place une commission pluripartite sur le Brexit. Ou quand les tenants d'un Brexit « doux » espèrent, désormais, l'emporter sur la ligne « dure » qui, jusque-là, paraissait prévaloir au sein du gouvernement.

Toujours selon le journal, Theresa May, elle, serait « consciente » de l'existence de ces négociations en sous-main et n'aurait rien fait pour y mettre un terme. Reste que la nouvelle dame de fer n'a donné, pour le moment, aucuns signes d'éventuel adoucissement de sa stratégie. Bien au contraire. Hier, le ministre chargé du Brexit a de nouveau rejeté l’idée selon laquelle la contre-performance de jeudi dernier pourrait contraindre les conservateurs à revoir leur copie. Et c'est également, d'ailleurs, ce que laissait entrevoir, un peu plus tôt dans la journée, la réunion du nouveau gouvernement de Theresa May, marqué par la reconduction de ses principaux ministres, mais aussi par le retour de l’ex secrétaire à la justice, Michael Gove, au poste de ministre de l'Environnement. Or toujours selon THE TELEGRAPH, la nomination de cet homme, l’un des principaux artisans de la campagne du Brexit est l'occasion pour Mme May de faire d'une pierre deux coups : d'une part éviter un « putsh », en calmant les ardeurs de ce concurrent potentiel (connu pour son ambition au poste de Premier ministre) et d'autre part envoyer un message à l’aile droite de son parti pour lui prouver qu’elle est toujours déterminée à mener à bien le divorce, coûte que coûte.

A l'inverse, THE GUARDIAN estime lui que ce remaniement n’est pas une démonstration de puissance, mais de faiblesse. Ce remaniement a minima, dit-il, n'est rien d'autre qu'une piètre tentative de Mme May de s’accrocher au pouvoir. De manière générale, d'ailleurs, la presse britannique a plutôt tendance à considérer que Theresa May ne pourra pas conserver les clés du 10 Downing Street au-delà de quelques mois. Quand THE TIMES parle d'une femme en sursis, THE DAILY TELEGRAPH estime pour sa part que Theresa May est fini, du moins, précise son confrère germanique HANDELSBLATT, jusqu'à ce que les Tories se trouvent un nouveau chef de file et que s'effondre la fragile construction que May considère comme un gouvernement. Quant au journal estonien POSTIMEES, il se montre encore plus tranchant. May incarne l'échec et dans la culture politique britannique (marquée par la concurrence) cela ne pardonne pas, dit-il, avant d'ajouter : le Parti conservateur est une monarchie absolue dirigée par des régicides, ce qui signifie que le prochain prétendant ne tardera pas à venir braver l'actuelle Première ministre.

Sauf que Theresa May, elle, n'a pas encore dit son dernier mot. Elle aurait même trouvé une possible faiseuse de reine en la personne d'Arlene Foster, la patronne du premier parti d’Irlande du Nord, qu'elle a décidé de convoquer aujourd'hui à Londres, pour tenter de trouver un accord électoral. Avec dix députés dans ses rangs, la cheffe des unionistes pourrait, en effet, apporter à son hôte les voix nécessaires pour obtenir une majorité absolue à la Chambre des communes. Theresa May dispose aujourd'hui de 318 sièges. Or il ne lui en manque que six de plus. Foster détiendrait, donc, la clé du pouvoir.

Sauf que cette situation inquiète beaucoup les spécialistes de l’Irlande du Nord, note LE TEMPS. Car la province est un cas à part, loin des jeux politiques habituels. Si depuis les accords du Vendredi-Saint (en 1998) la paix y est bien établie, les tensions entre les républicains (ceux qui veulent s’unir avec la République d’Irlande, catholiques) et les unionistes (ceux qui veulent rester dans le Royaume-Uni, protestants) restent, là-bas, à fleur de peau.

Pour preuve, depuis janvier, faute d’accord entre les deux camps, il n’y a plus de gouvernement en Irlande du Nord. Or hier, justement, les discussions pour créer un nouveau gouvernement ont repris sous la supervision de deux arbitres : les gouvernements britannique et irlandais. Depuis trente ans, Londres et Dublin pilotent, en effet, le processus de paix. Ils sont, en somme, les médiateurs. Seulement voilà, comment pourraient-ils le rester si les unionistes entraient au gouvernement britannique ? Sans compte que le Brexit pose un défi majeur. Aujourd’hui, il n’y a plus aucune frontière visible entre l’Irlande du Nord et la République d’Irlande. Or quand le Royaume-Uni sortira de l’Union européenne, le rétablissement d’une frontière pourrait être nécessaire. Il faudra, dès-lors, pouvoir contrôler l’immigration et le commerce si, par exemple, le pays décide de quitter le marché unique. Et il y a fort à parier que les républicains, eux, n’apprécieront pas du tout de voir l’île de nouveau morcelée. Autant de facteurs qui rendent le rapprochement de Theresa May avec les unionistes, particulièrement périlleux. Enfin la perspective fait également l'objet de fortes critiques au Royaume-Uni, à cause du conservatisme social du parti nord-irlandais, farouchement homophobe, anti-IVG et aux tendances climato-sceptiques. Autant dire que la béquille sur laquelle Theresa May entend s'appuyer pour rester aux affaires apparaît, aujourd'hui, plus que jamais fragile.

Par Thomas CLUZEL

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