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La chancelière allemande, Angela Merkel

Un camouflet pour Angela Merkel ?

5 min

Un an après la décision d'Angela Merkel d'ouvrir l'Allemagne aux réfugiés, le parti populiste anti-migrants AfD a remporté hier un succès électoral important, infligeant un camouflet au parti de la chancelière à un an des prochaines législatives.

La chancelière allemande, Angela Merkel
La chancelière allemande, Angela Merkel Crédits : Johannes Eisele - AFP

En temps normal, le scrutin local organisé hier en Allemagne n’aurait dû intéresser absolument personne, mis à part, peut-être, les vrais passionnés de science politique. Pourquoi ? Parce que le Land de Mecklenburg est ridiculement petit, qu'il est par ailleurs le plus pauvre du pays et ne compte que 1,6 million d’habitants. Bref, une région sans histoire, en somme, à telle point d'ailleurs qu’on prête à Bismarck la remarque suivante, rappelle la correspondante du TEMPS : "Si le monde s’écroulait, j’irai dans le Mecklenburg parce que, là-bas, tout arrive avec cinquante ans de retard". En clair, c'est un trou perdu, commente à son tour ce matin la SÜDDEUTSCHE ZEITUNG, mais c'est vrai un trou joli, précise aussitôt l'éditorialiste, où le bleu lavande de la mer Baltique n'a rien a envié à celui de la Méditerranée et où les avenues sont si magnifiques qu'elles ne doivent pas craindre, non plus, la comparaison avec les routes côtières de la Côte d'Azur.

Sauf que les similitudes entre la belle Provence et la belle province ne se limitent pas à la seule beauté des lieux. Le paysage politique y est également aussi comparable que détestable. De la même manière que la Côte d'Azur est aujourd'hui un bastion du Front national, Mecklenburg est un fief de l'extrême droite allemande. C'est là, en particulier, qu'en 2006, grâce à une campagne agressive, le parti néo-nazi NPD avait refait surface en décrochant un peu plus de 7% des voix. Ce qui lui avait permis de faire son entrée au Parlement régional.

10 ans plus tard, le NPD a laissé la place à son cousin plus consensuel, le parti eurosceptique AfD, fondé par des dissidents du parti chrétien-démocrate, il y a à peine 3 ans rappelle la DEUTSCHE WELLE. Sauf que la formation, créée initialement contre les plans de renflouement financier dans la zone euro, se définit désormais avant tout par ses attaques anti-migrants. Et c'est ainsi qu'hier ce qui ne devait être qu'une petite élection locale, peut-on lire sur le site du SPIEGEL ONLINE, a tourné au vote-sanction contre la politique d'accueil des réfugiés décidée par Angela Merkel. Même si elle n’était pas sur le bulletin de vote, sa politique était au centre de la campagne. Et le résultat est un revers sans précédent pour la chancelière. Une véritable débâcle, commente encore l'hebdomadaire, un an jour pour jour après sa décision d'ouvrir les frontières de l'Allemagne aux réfugiés bloqués en Hongrie.

Hier, la CDU a enregistré son plus mauvais score dans la région avec 19% voix, derrière les populistes de l’AfD (22%) et le SPD (30%). Un résultat historique à deux niveaux. Tout d'abord, parce que pour la première fois dans l’histoire politique de l’Allemagne d’après la réunification, un parti de droite supplante la démocratie chrétienne, ce parti du peuple tout entier. Mais aussi parce que désormais, regrette DIE WELT, l'Allemagne dispose de ce qui n'avait jamais existé depuis la fin de la seconde guerre mondiale : un parti d'extrême droite.

A présent, reprend la correspondante du TEMPS, l’AfD s’implante partout dans le pays. Généralement plus à l’est qu’à l’ouest. Dans tous les nouveaux Länder issus de la RDA, elle tend à supplanter la gauche radicale, héritière du Parti communiste. Même si elle n’aspire pas (du moins pas encore) à participer au pouvoir, et d’ailleurs personne ne songe à s’allier avec elle, cette formation protestataire, particulièrement représentée chez les ouvriers et les chômeurs, profite de toutes les frustrations et tous les ressentiments, ce qui est aujourd'hui l'une des caractéristiques de tous les partis populistes de droite en Europe.

C’est dans cette province qu'Angela Merkel a sa circonscription de députée du Bundestag

Pour tenter de sauver son parti du désastre, Angela Merkel avait elle-même participé à la campagne électorale. En vain. Ce qui fait dire à un politologue de l'université Libre de Berlin, interrogé dans les colonnes du TEMPS : Pour un chancelier, c’est généralement le début de la fin lorsqu’il commence à perdre les régionales les unes après les autres. Il existe une loi universelle en politique, dit-il, qui veut que 10 ans ça suffit. Quand les dirigeants restent plus longtemps, ils se mettent à faire des erreurs. Ce qui manifestement semble être le cas pour la prudente Merkel.

Aujourd’hui, la chancelière se trouve à des milliers de kilomètres du Mecklenburg, au sommet du G20 en Chine. Et nul ne sait encore comment elle réagira. Inversera-t-elle le cours de sa politique d’asile à l'issue de cette percée cinglante de l’extrême droite ? Rien n'est moins sûr, car Merkel a les nerfs solides et qu'elle a pris, concernant les réfugiés, une décision de conviction profonde.

Quant au fait de savoir si elle a encore une chance de sauver un éventuel quatrième mandat ? Seule certitude, la chance aujourd’hui d’Angela Merkel est que personne n’est en mesure de lui disputer le leadership sur la démocratie chrétienne. Et d'ailleurs, la puissante machinerie de la CDU exige d'elle qu'elle se représente, à nouveau, l'an prochain, relève le HANDELSBLATT. Au sein de sa formation, il n'y a pas d'autres candidats à prendre au sérieux, note à son tour la FRANKFÜRTER RUNDSCHAU. Sans compter que la social-démocratie, l’autre grande force politique allemande, ne parvient toujours pas à sortir d’une crise qui ronge aujourd'hui toute la gauche européenne. Or au pays des coalitions, Angela Merkel n’a pas besoin, en réalité, de la majorité absolue pour rester au pouvoir, il lui suffit d’un partenaire de coalition stable. En d’autres termes, gageons que l’élection d'hier ne restera dans l’histoire qu’un scrutin isolé dans un trou perdu de l’Allemagne.

Par Thomas CLUZEL

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