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Le président américain Donald Trump

Un corps étranger à la Maison-Blanche

5 min
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Chaque matin, l’actualité vue au travers de la presse étrangère. Aujourd’hui : Bien que heurté à une opposition au sein du Parti Républicain, le Président américain reste obstinément défiant. Ou quand le chaos de Trump paralyse l'administration de la première puissance mondiale.

Le président américain Donald Trump
Le président américain Donald Trump Crédits : NICHOLAS KAMM - AFP

Décidément, plus les semaines passent et plus le slogan de campagne de Donald Trump, « America First », semble illustrer, d'abord et surtout, l'échec monumentale du président de la première puissance mondiale. Après seulement dix semaines au pouvoir, le chef de la Maison Blanche enregistre à présent une impopularité record pour un début de mandat. Selon un récent sondage, seuls 37% des Américains interrogés approuveraient les faits et gestes du milliardaire. Preuve, sans doute, commente LA LIBRE BELGIQUE, qu'un homme d'affaires ne fait pas nécessairement un homme d'Etat. Lui qui n'a cessé, pourtant, de mettre ses talents de négociateur en avant peine, aujourd'hui, à rassembler. Mais pour Donald Trump, le constat est encore plus cruel : disposer d'une majorité républicaine au Sénat, à la Chambre des représentants et à la Maison Blanche ne garantit pas de faire passer des projets concoctés dans la cuisine républicaine.

Bien sûr, après le pétard mouillé du « Muslim Ban », après le fiasco sur l’« Obamacare », nombre de commentateurs se réjouissent à présent de l'échec colossal de Donald Trump. Quand le journal DE VOLKSKRANT y voit une bonne nouvelle, la démonstration en somme que les Américains ne se laissent pas intimider par les menaces d'un roquet, son confrère LE TEMPS estime que c'est là une vraie leçon de démocratie pour un président mégalomane, qui se sentait jusqu'ici tout puissant. Sauf que Trump, lui, ne l'entend pas tout à fait de la même oreille. Après ses récentes déconvenues politiques, le président américain s'est aussitôt lancé, cette semaine, dans une nouvelle croisade contre la politique climatique internationale, rappelle EL MUNDO. Une manœuvre politique qui, tout en remettant en cause rien de moins que le sort de la planète toute entière, montre une fois de plus toute l'irresponsabilité du nouveau président américain. Et puis Donald Trump a fait mine encore de tourner la page, en se concentrant sur une autre réforme majeure, la réforme fiscale qui prévoit, notamment, des baisses d’impôts et de lourdes taxes sur les produits importés. Sauf que d’ici là, le président aura d’autres obstacles à franchir, précise THE FINANCIAL TIMES. À commencer par la redéfinition du plafond de la dette publique (une bataille dans laquelle le Tea Party a déjà bloqué l’État fédéral à deux reprises, au cours des cinq dernières années) et l’adoption d’une résolution sur le budget (qui continue de diviser le comité électoral républicain).

En ce sens, toutes ces affaires mettent, donc, en exergue les scissions au sein de son propre parti, ses divisions à la fois stratégiques et idéologiques. A ce titre, le revers subi à propos de l"« Obamacare » n'a rien d'anodin. Bien sûr, les 193 démocrates de la Chambre, horrifiés par le détricotage de l'héritage Obama, étaient tous contre le projet. Et le président a, d'ailleurs, rejeté la faute sur les démocrates. Un parfait exemple de mauvaise foi, puisque leur seule opposition n'aurait pas empêché le « Trumpcare » de passer. En réalité, ce sont bien les républicains qui sont responsables de ce qui est devenu une tragédie pour le président américain. Non seulement des modérés du parti ne pouvaient se résoudre à voter en faveur d'une réforme censée priver 24 millions d'Américains supplémentaires d'assurance-maladie sur dix ans, mais ce sont surtout des membres du « Freedom Caucus », des ultraconservateurs (héritiers du Tea Party), qui ont mené la fronde. Ce qui en dit long sur la déconfiture du Parti Républicain.

Aux élections de novembre, les électeurs avaient investi le parti de tout le pouvoir. Les républicains contrôlaient la Maison-Blanche, les deux chambres du Congrès, les juges conservateurs étaient au garde-à-vous et les républicains étaient au pouvoir dans la plupart des Etats. Or que dans cette configuration, Trump ne réussisse pas à tenir l'une de ses principales promesses de campagne atteste non seulement de son amateurisme, écrit POLITIKEN, mais aussi à quel point le chef de la Maison Blanche n’a pas aujourd'hui le contrôle de ses troupes. Pourquoi ? Réponse du CORRIERE DEL TICINO : parce que le Parti républicain tend à considérer le président comme un organisme étranger à ses mécanismes traditionnels. Dès-lors, il n'y a rien d’étonnant à ce que l'on assiste à des accidents de parcours récurrents.

Et c'est aussi la raison pour laquelle l'heure est désormais à la recherche des fautifs, une tradition à Washington, écrit THE NEW YORK TIMES. Hier, il aura suffi d'un Tweet matinal pour apprécier tout l'étendue de la soif de vengeance du président : Trump a appelé à mener le combat contre les ultra-conservateurs, lors des élections parlementaires de 2018. Une déclaration menaçante envers des élus de son propre camp et qui pourrait raviver la guerre civile qui avait dévoré le parti ces dernières années.

Enfin Donald Trump pourrait encore essuyer un nouvel échec avec, cette fois-ci, la nomination du juge Neil Gorsuch à la Cour suprême. Hier, le chef des sénateurs démocrates a promis de recourir à l'obstruction pour empêcher l'intronisation du magistrat choisi par Donald Trump. C'est ce qu'on appelle la menace de la flibuste ou «filibuster», un mot qui renvoie aux pirates des Caraïbes, une technique d’obstruction parlementaire, pour empêcher ou retarder (grâce à des moyens réglementaires) l’adoption d’une loi ou d’une nomination. Concrètement, précise LE TEMPS, si le chef des sénateurs démocrates met ses menaces à exécution, cela signifie que le magistrat aura besoin de 60 voix sur 100 pour que sa nomination passe, au lieu des 51 habituelles. Or bien que majoritaires, les républicains étant 52 au Sénat, Neil Gorsuch devra, le cas échéant, pouvoir compter sur les voix de 8 démocrates. De quoi rendre, évidemment, le pirate en chef Donald Trump encore un peu plus nerveux. Et pour cause, cette nomination n’a rien d’anodin puisque si Neil Gorsuch était confirmé, la plus haute instance judiciaire des Etats-Unis serait officiellement composée de 5 juges conservateurs et de 4 juges progressistes, une majorité qui aura inévitablement des conséquences sur des sujets de société cruciaux comme les droits des homosexuels ou l’avortement.

Par Thomas CLUZEL

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